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BILLET : La loterie des taux — quand Trump tire au sort les destins commerciaux du monde
Crédit: Adobe Stock

Un hub mondial accusé de travail forcé sans preuve

Singapour est l’une des économies les plus réglementées, les plus transparentes et les plus intégrées au système commercial mondial. Ses normes du travail figurent parmi les plus strictes d’Asie. Son taux de pauvreté est structurellement bas, son modèle économique est fondé sur la compétitivité par l’excellence plutôt que par le dumping social. Et pourtant, selon le rapport de 98 pages du Bureau du Représentant américain au Commerce, Singapour figure parmi les 60 économies accusées de ne pas avoir imposé et effectivement appliqué une interdiction d’importation de biens produits par le travail forcé. Cette conclusion tient en deux ou trois paragraphes dans ledit rapport — après une enquête menée en trois mois.

Le résultat concret : environ un tiers des exportations domestiques singapouriennes vers les États-Unis pourraient être soumis à un tarif de 12,5 %. Le ministère du Commerce et de l’Industrie de Singapour a répondu avec une clarté qui tranche avec le flou de Washington : « Il n’existe aucune preuve de l’implication de Singapour dans des chaînes d’approvisionnement associées au travail forcé, et la République n’a connaissance d’aucun bien produit par le travail forcé exporté vers les États-Unis depuis Singapour. » Le problème n’est pas l’existence de travail forcé à Singapour. Le problème, selon Washington, est l’absence d’un texte formel d’interdiction — une nuance bureaucratique transformée en prétexte tarifaire.

Des experts stupéfaits par l’inclusion de la cité-État

William Reinsch, expert commercial au Center for Strategic and International Studies (CSIS), est catégorique : aucune preuve d’implication n’a été présentée par l’USTR contre Singapour. Il note avec amertume que l’administration semble avoir simplement ciblé « tous les pays avec lesquels elle a négocié un accord commercial ou avec lesquels les États-Unis ont des relations commerciales ». C’est-à-dire : tout le monde, sans discrimination, sans analyse, sans justice. Madeline Chalecki, analyste senior à l’Atlantic Council, qualifie l’usage de l’article 301 contre Singapour d’« argument alambiqué et d’utilisation sans précédent de l’article 301 ». Selon elle, l’article 301 n’a jamais été conçu pour traiter un problème global comme le travail forcé à l’échelle de 60 pays simultanément.

Manu Bhaskaran, économiste singapourien et associé au Centennial Group International, résume la situation avec une lucidité qui fait mal : « Les raisons sont mystifiantes puisque nous n’avons pas de travail forcé et que nos normes sont strictes. Mais les raisons n’ont pas d’importance. Ce n’est pas une affaire de faits ; c’est une affaire de ce que l’administration pense pouvoir imposer aux autres. » Il ajoute : l’administration a besoin de tarifs pour combler le gouffre fiscal créé par sa politique budgétaire. Singapour est pris dans le filet non pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle représente : un partenaire commercial suffisamment intégré pour être rentable à taxer.


Singapour est un miroir. Si même cette économie modèle, vitrine de la gouvernance asiatique, peut être accusée de complicité dans le travail forcé sur la base de deux paragraphes d’un rapport rédigé en trois mois, alors n’importe quel pays peut l’être. C’est précisément le problème : l’arbitraire institutionnalisé comme outil de politique étrangère.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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