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DÉCRYPTAGE : La green card depuis l’étranger, la machine à expulser les immigrants légaux
Crédit: Adobe Stock

Deux voies, une seule vient d’être barrée

Pour saisir la portée réelle de cette réforme, il faut comprendre la mécanique. Depuis 1952, la loi américaine sur l’immigration (INA § 245) prévoit deux voies pour obtenir la carte verte. La première, le traitement consulaire, exige que le demandeur quitte les États-Unis, se rende dans son pays d’origine, et y attend un entretien au consulat américain local. La seconde, l’ajustement de statut (Adjustment of Status, ou AOS), permet au demandeur déjà présent légalement sur le sol américain de compléter sa demande sans quitter le pays. Cette deuxième voie était, selon NPR, utilisée par plus de 600 000 personnes en 2023, représentant plus de la moitié de toutes les cartes vertes délivrées cette année-là.

Le mémo du 21 mai ne supprime pas formellement l’AOS — il ne peut pas, le Congrès ayant inscrit ce droit dans la loi. Mais il en change radicalement l’interprétation administrative : l’AOS devient la voie « extraordinaire », réservée à ceux qui peuvent justifier de « circonstances extraordinaires ». La norme redevient le départ. Pour les personnes légalement présentes depuis des années, cette inversion du raisonnement est un piège kafkaïen : elles ne sont pas en infraction, mais elles doivent désormais prouver pourquoi elles méritent de rester plutôt que pourquoi elles doivent partir.

Ce que signifie concrètement « rentrer au pays »

Les avocats en immigration sont formels : pour un grand nombre de demandeurs, « rentrer au pays » n’est pas une simple formalité. Anne Rowley, avocate à San Diego, a expliqué à NPR que les applicants pourraient perdre leur emploi, être contraints de vendre leur maison, et se retrouver à attendre « indéfiniment » à l’étranger le traitement de leur dossier. Le traitement consulaire implique en effet la collecte de certificats de police de tous les pays où l’on a résidé, des délais pouvant s’étaler sur douze à vingt-quatre mois selon les cabinets d’avocats spécialisés, et une incertitude totale quant au résultat — puisque tout se passe maintenant à la discrétion d’un officier consulaire, loin de toute procédure familière.

Pire encore, des ressortissants de 75 pays figurant sur la liste de suspension des visas immigrés du Département d’État n’auraient même pas accès au traitement consulaire — faisant d’eux une catégorie de personnes techniquement éligibles à une carte verte mais sans possibilité d’en obtenir une. Cette liste, révélée par le World Socialist Web Site, inclut l’Afghanistan, l’Iran, la Russie, Haïti, la Somalie, le Soudan, la Syrie, le Yémen, le Nigeria, le Pakistan, le Bangladesh, Cuba, le Liban, et des dizaines d’autres pays. Pour ces demandeurs, le mémo n’est pas une contrainte administrative : c’est une impasse absolue.


Ce que je trouve particulièrement troublant, c’est la logique de la double peine. On demande à quelqu’un de « rentrer chez lui » alors même que son pays figure sur une liste où les visas américains sont suspendus. C’est mathématiquement irréalisable. Et le gouvernement américain le sait.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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