Les 3,5 % : le noyau dur de la défense
Les 3,5 % de dépenses militaires de base — le cœur de l’engagement — sont définis selon la nomenclature standard de l’OTAN pour les dépenses de défense. Cela inclut les salaires et avantages des personnels militaires, l’acquisition d’équipements (avions, navires, véhicules blindés, systèmes de missiles), la recherche et développement dans le domaine militaire, les opérations et maintenance des forces existantes, et les infrastructures militaires. La règle du 20 % — selon laquelle au minimum 20 % des dépenses de défense doivent aller à l’acquisition d’équipements — reste en vigueur et s’applique dans ce cadre élargi.
Passer de 2 % à 3,5 % du PIB en dépenses militaires strictes représente une augmentation de 75 % des dépenses dans ce domaine pour un pays moyen. Pour un pays comme la France, dont le PIB est d’environ 3 000 milliards d’euros, cela signifierait passer de quelque 60 milliards à plus de 100 milliards d’euros de dépenses militaires annuelles. Pour l’Allemagne, dont le budget de défense a déjà doublé depuis 2021 pour atteindre plus de 150 milliards d’euros, l’objectif de 3,5 % du PIB impliquerait de dépenser environ 170 milliards d’euros par an d’ici 2029.
Les 1,5 % : l’assouplissement stratégique
Le volet des 1,5 % supplémentaires est plus flexible. Il peut inclure des dépenses en cybersécurité, en infrastructure nationale renforcée pour la résistance militaire (ponts, routes, ports), en préparation civile (abris, stocks stratégiques, communication d’urgence), en innovation et recherche duale (technologie applicable à la fois au civil et au militaire), et en soutien à l’industrie de défense. Cette catégorie plus large a été conçue pour permettre aux pays d’atteindre le chiffre global de 5 % même si certaines dépenses de sécurité nationale ne correspondent pas strictement à la définition traditionnelle des dépenses militaires.
Ce choix de conception reflète la nature moderne de la sécurité : dans un monde de guerre hybride, les frontières entre défense militaire et sécurité civile sont de plus en plus floues. Les câbles sous-marins endommagés, les réseaux électriques ciblés par des cyberattaques, les campagnes de désinformation — tous ces éléments font partie de l’arsenal de menaces russes contre l’Europe. Investir dans la résilience civile fait donc partie intégrante de la réponse à ces menaces.
La flexibilité du volet 1,5 % me préoccupe légèrement. Elle est nécessaire politiquement — sans elle, l’accord de La Haye n’aurait peut-être pas tenu. Mais elle permet aussi à des pays de comptabiliser des dépenses qui n’ont qu’un lien ténu avec la capacité militaire réelle. Une route remise en état pour permettre le déplacement de convois militaires est de la défense. Un programme de cybersécurité des entreprises privées, c’est plus discutable. Je compte sur la revue de 2029 pour clarifier et resserrer les définitions si nécessaire. La crédibilité de l’engagement dépend de la rigueur de sa mise en œuvre.
Le contexte qui a rendu cet accord possible
Trump, l’aiguillon américain
La décision de La Haye n’aurait pas été possible sans la pression constante de Donald Trump. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, le président américain a répété inlassablement que les alliés européens devaient contribuer davantage à leur propre défense. Il avait même évoqué, lors de sa campagne, l’idée de laisser la Russie « faire ce qu’elle voulait » avec les alliés qui ne payaient pas leur part — une menace qui, aussi irresponsable soit-elle dans sa formulation, a eu l’effet d’un électrochoc.
Sans cette pression, il est difficile d’imaginer des pays comme l’Allemagne, qui avait longtemps maintenu ses dépenses de défense bien en dessous de 2 % en dépit de tous les engagements, décider de les doubler en quelques années. La leçon de l’expérience est désagréable mais réelle : la menace de désengagement américain a réussi à faire bouger des situations qui des années de pression diplomatique n’avaient pas ébranlées. Rutte l’a reconnu à demi-mot en disant que l’accord « équalisait les dépenses de défense en Europe avec celles des États-Unis ».
La guerre en Ukraine : le facteur déterminant
Aussi importante qu’ait été la pression de Trump, le facteur réellement déterminant dans la décision de La Haye a été la guerre en Ukraine. En démontrant concrètement — avec des images satellites, des rapports de l’ISW, des témoignages de militaires — que la Russie était capable et désireuse de mener une guerre d’agression à grande échelle en Europe, l’invasion a rendu l’augmentation des dépenses de défense incontestable politiquement pour la majorité des gouvernements européens.
Le raisonnement est simple : si Kyiv n’a pu résister que grâce à une aide massive de l’Occident, et si cette aide a elle-même révélé les lacunes béantes des stocks européens de munitions et d’équipements, alors la question n’est plus de savoir si l’Europe doit investir davantage dans sa défense — mais combien, et à quel rythme. L’accord de La Haye a répondu à ces deux questions : 5 % du PIB, et une trajectoire annuelle crédible vers cet objectif d’ici 2035.
Je pense souvent à ce que l’Ukraine a dû endurer pour que l’Europe se réveille. Des milliers de morts, des villes détruites, une génération traumatisée — pour que les parlements européens finissent par accepter ce que les pays baltes répétaient depuis 2014 : la Russie est une menace existentielle et il faut se préparer sérieusement à y faire face. Le prix de l’insouciance européenne a été payé en sang ukrainien. C’est une dette morale que les nouveaux engagements de dépenses de défense commencent à reconnaître. Insuffisamment, sans doute. Mais réellement.
État des lieux : qui est en avance, qui est en retard
Les avant-gardes : Baltiques, Pologne, Lituanie en tête
À fin 2025, selon les chiffres publiés par l’OTAN, seuls trois pays avaient déjà atteint ou approché le seuil de 3,5 % de dépenses militaires de base : la Pologne, la Lettonie et la Lituanie. La Lituanie se distingue particulièrement : elle projette d’atteindre 5,38 % du PIB en dépenses totales de défense en 2026 — soit non seulement le niveau le plus élevé de l’Alliance, mais un niveau qui dépasse déjà l’objectif global de La Haye avant même la date butoir de 2035. Cette performance exceptionnelle reflète la proximité géographique avec la Russie et la détermination absolue du gouvernement lituanien à ne pas se retrouver dans la situation de l’Ukraine.
La Pologne est dans une trajectoire similaire, projetant de maintenir ses dépenses militaires à un niveau élevé avec des investissements massifs dans des équipements américains — avions F-35, systèmes d’artillerie K9 Thunder coréens, batteries Patriot. Les trois pays baltes sont dans des situations comparables, ajustant leurs budgets pour tenir compte de la menace russe perçue comme immédiate.
Les géants hésitants : France et Italie face à leurs promesses
À l’autre extrémité du spectre, des pays comme la France et l’Italie partent de niveaux bien inférieurs et doivent réaliser des ajustements budgétaires considérables. La France dépensait environ 2,1 % de son PIB en défense en 2025 — grâce notamment à sa force nucléaire indépendante, qui représente une part importante de ces dépenses. Atteindre 5 % d’ici 2035 représenterait un quasi-triplement des dépenses de défense françaises. C’est un défi politique colossal dans un pays où les arbitrages budgétaires sont déjà extrêmement tendus.
L’Italie est dans une situation encore plus difficile : elle partait de moins de 1,5 % du PIB et doit réaliser un ajustement encore plus important. Le gouvernement Meloni a pris des engagements formels à La Haye, mais la trajectoire budgétaire italienne reste sous pression en raison de la dette publique élevée du pays et des contraintes imposées par le Pacte de stabilité européen. La réconciliation entre les objectifs OTAN et les règles budgétaires européennes est l’un des défis pratiques les plus immédiats pour Rome.
La France a une excuse partielle qui mérite d’être mentionnée : sa force nucléaire indépendante lui confère une capacité de dissuasion que peu d’alliés possèdent, et dont les coûts sont significatifs. Mais même en tenant compte de cela, l’écart entre les ambitions françaises et ses dépenses de défense réelles reste trop grand. Macron parle souvent d’autonomie stratégique européenne — il est temps que les chèques suivent les discours. La France doit montrer l’exemple si elle veut être crédible comme leader militaire européen.
L'Allemagne : le cas le plus symbolique du réarmement
Le Zeitenwende : du discours aux milliards
L’Allemagne est probablement le cas le plus symbolique de la révolution des dépenses de défense en Europe. Pendant des décennies, la culture politique allemande avait érigé la retenue militaire en vertu cardinale — une réaction logique à l’histoire du pays au 20e siècle. Le discours du Bundestag du chancelier Olaf Scholz en mars 2022, proclamant un Zeitenwende (tournant historique) et annonçant un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la défense, avait semblé historique. Mais l’exécution avait été laborieuse.
Sous le chancelier Friedrich Merz, élu en 2025, l’Allemagne a accéléré sa transition. Elle a modifié ses règles d’endettement pour permettre des dépenses de défense plus importantes, et Merz a fait de la remontée en puissance militaire l’une des priorités de son gouvernement. Les chiffres sont là : l’Allemagne a plus que doublé ses dépenses de défense depuis 2021 pour atteindre plus de 150 milliards d’euros, et projette d’atteindre le seuil de 3,5 % d’ici 2029. C’est ambitieux. C’est insuffisant par rapport à l’objectif de 2035. Mais c’est un progrès réel.
La brigade en Lituanie : la plus symbolique des décisions allemandes
Au-delà des chiffres, c’est le déploiement d’une brigade blindée permanente en Lituanie qui illustre le mieux le changement de doctrine militaire allemande. Le 22 mai 2025, le chancelier Merz s’est rendu en Lituanie pour commémorer l’établissement du premier déploiement militaire permanent allemand à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale. La brigade — la 45e brigade blindée, quelque 4 800 soldats plus 200 civils, avec une pleine capacité opérationnelle prévue pour 2027 — est une réponse directe à l’invasion russe de l’Ukraine.
Symboliquement, ce déploiement marque la fin d’une ère dans la politique de défense allemande. L’Allemagne, qui avait refusé pendant des décennies d’avoir des bases militaires permanentes à l’étranger par scrupule historique, a finalement accepté que la défense collective de l’Europe exige une présence physique sur le flanc oriental. C’est un changement culturel autant que militaire — et il a été accueilli avec soulagement et gratitude par ses partenaires baltes.
Je suis profondément touché par le symbolisme de cette brigade allemande en Lituanie. Ce n’est pas seulement une décision militaire — c’est un acte de réconciliation avec l’histoire et une assomption de responsabilité collective. L’Allemagne du 21e siècle déploie ses soldats non plus pour conquérir, mais pour protéger ses plus petits alliés face à une menace russe. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ce retournement de l’histoire. Et quelque chose de rassurant : l’Europe peut apprendre de ses erreurs, même les plus graves.
Le rôle de la revue de 2029 : ajuster en cours de route
Un mécanisme de flexibilité prévu dans l’accord
L’accord de La Haye prévoit une revue de la trajectoire en 2029. Cette revue permettra d’ajuster les objectifs à la lumière de l’évolution de la situation sécuritaire — si la menace russe diminue (par exemple suite à un accord de paix en Ukraine) ou s’intensifie (si la Russie lance d’autres agression), les objectifs pourront être recalibrés. Cette flexibilité est une innovation importante dans la gouvernance de l’Alliance : plutôt qu’un objectif rigide fixé une fois pour toutes, l’accord de La Haye intègre une capacité d’adaptation.
La revue de 2029 évaluera également la répartition entre les 3,5 % et les 1,5 %. Si l’évolution de la menace hybride exige davantage d’investissements en cybersécurité et résilience civile, la part du 1,5 % pourrait être revue à la hausse. Si la situation militaire conventionnelle s’est dégradée, la cible de 3,5 % de dépenses de base pourrait être relevée. Ce mécanisme de révision confère à l’accord une adaptabilité que les précédents engagements de l’OTAN n’avaient pas.
Les plans annuels : la transparence comme outil de pression
Une autre innovation importante de l’accord de La Haye est l’obligation pour chaque pays de soumettre des plans annuels montrant une trajectoire crédible vers les objectifs. Ces plans sont examinés par le secrétariat de l’OTAN et discutés entre alliés. Ils créent un mécanisme de peer pressure qui n’existait pas auparavant : les pays qui s’éloignent de leur trajectoire prévue doivent s’en expliquer devant leurs alliés.
Ce mécanisme est directement inspiré de la critique récurrente que les objectifs précédents de l’OTAN — notamment le 2 % depuis 2014 — n’étaient pas assortis d’obligations de reporting suffisantes. Certains pays avaient pris l’engagement de les atteindre sans jamais en être tenus responsables. L’introduction des plans annuels change cette dynamique : la transparence devient un instrument de discipline collective. Et la pression de Trump pour des contributions équitables a contribué à rendre cette discipline politiquement acceptable pour tous.
Les plans annuels de dépenses de défense sont une excellente innovation. Ce qui m’inquiète, c’est leur vérification réelle. Les gouvernements sont capables de créer des plans ambitieux qui ressemblent à une trajectoire crédible sur papier mais qui ne se traduisent pas en capacités opérationnelles réelles. L’OTAN devra développer des mécanismes d’audit qui vont au-delà des chiffres comptables pour vérifier que les dépenses se traduisent effectivement en équipements opérationnels, en munitions stockées et en soldats entraînés. Sans cela, les plans annuels risquent de devenir des exercices de communication plutôt que des instruments de vérification réelle.
Les implications économiques pour les pays membres
Un choc budgétaire sans précédent depuis la Guerre froide
L’impact économique de l’augmentation des dépenses de défense vers 5 % du PIB est considérable et multidimensionnel. Pour les économies européennes qui devaient partir de niveaux de 1,5 à 2 %, il s’agit d’un ajustement budgétaire de l’ordre de 2,5 à 3,5 points de PIB. Sur un horizon de dix ans, cela représente des montants d’une ampleur qui n’a pas de précédent en temps de paix depuis la fin de la Guerre froide.
Des estimations du Royal United Services Institute cités dans des articles du Guardian en 2025 indiquaient que les dépenses de défense en Europe et au Canada passeraient de 500 milliards de dollars actuellement à 1,1 trillion de dollars d’ici 2035. C’est une augmentation de 120 % en dix ans. Pour financer ces dépenses, les gouvernements européens ont plusieurs options : augmenter les impôts, réduire d’autres dépenses publiques, emprunter, ou stimuler la croissance économique via les effets multiplicateurs des dépenses industrielles de défense.
L’industrie de défense : relance et effets multiplicateurs
Les dépenses de défense ont un effet multiplicateur économique que leurs critiques politiques négligent souvent. La construction d’avions de combat, de navires de guerre, de systèmes de missiles ou de drones crée des emplois hautement qualifiés, stimule la recherche et le développement, génère des exportations, et peut avoir des retombées civiles (technologies duales). L’Allemagne et la France, notamment, ont des industries de défense développées — Rheinmetall, Airbus Defence, Thales, MBDA — qui pourraient bénéficier massivement de ce boom d’investissements.
Les effets sont déjà visibles : l’action Rheinmetall a connu une appréciation spectaculaire depuis 2022, passant de quelques dizaines d’euros à plusieurs centaines. Les carnets de commandes des principaux industriels de défense européens sont pleins pour des années. La question est de savoir si les capacités de production industrielle pourront répondre à cette demande soudaine — ou si les goulots d’étranglement (main-d’œuvre qualifiée, matières premières, technologies critiques) limiteront la vitesse du réarmement.
L’argument des effets multiplicateurs des dépenses de défense est souvent utilisé pour justifier politiquement le réarmement. Il est partiellement valide : les dépenses de défense créent effectivement des emplois et stimulent certains secteurs industriels. Mais elles ne peuvent pas se substituer à d’autres formes d’investissement public — éducation, santé, infrastructure civile — qui ont également des effets multiplicateurs significatifs. Je soutiens le réarmement parce que c’est une nécessité sécuritaire, pas parce que c’est un stimulus économique optimal. La différence d’argument a son importance.
Le flanc Est et les ambitions dans les 5 % du PIB
Pologne et Baltiques : déjà en avance sur la cible
La Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont réalisé en quelques années ce que d’autres pays d’Europe occidentale peinent à envisager sur dix ans : un doublement ou un triplement de leurs dépenses de défense. La Lituanie, avec ses 5,38 % prévus en 2026, a déjà dépassé la cible globale de l’accord de La Haye. La Pologne s’y approche avec des dépenses atteignant les 4 à 5 %. Ces performances montrent que l’objectif est atteignable — mais elles révèlent aussi le fossé avec les partenaires d’Europe occidentale.
Pour les pays du flanc oriental, ces dépenses ne sont pas une contrainte politique — elles sont vécues comme une nécessité existentielle. Quand vous partagez une frontière avec la Russie et que vous avez été occupés par l’Union soviétique pendant un demi-siècle, l’investissement dans votre propre défense n’est pas une question de pourcentage du PIB — c’est une question de survie nationale. Cette différence d’expérience historique entre l’Est et l’Ouest de l’Europe explique largement les différences d’engagement.
Les contributions à l’Ukraine comptées dans les 5 %
Une disposition importante de l’accord de La Haye est que les contributions directes à la défense de l’Ukraine et à son industrie de défense pourront être comptabilisées dans les dépenses totales des 5 %. C’est une reconnaissance formelle de la valeur stratégique du soutien à l’Ukraine pour la sécurité collective de l’Alliance : si l’Ukraine tient, le flanc oriental de l’OTAN est moins exposé. Chaque char, chaque munition, chaque système de défense aérienne envoyé à Kyiv est un investissement dans la sécurité européenne.
Cette comptabilisation a une dimension politique importante : elle permet aux pays qui ont déjà fourni des quantités significatives d’aide à l’Ukraine de valoriser cet effort dans leur calcul de 5 %. C’est particulièrement pertinent pour des pays comme la Pologne, l’Estonie, le Danemark et la Grande-Bretagne, qui ont contribué proportionnellement à leur PIB des montants considérables à l’effort ukrainien.
La comptabilisation des aides à l’Ukraine dans les 5 % me semble être une bonne décision stratégique. Elle crée une incitation économique à soutenir l’Ukraine en plus de l’incitation morale et sécuritaire. Elle reconnait également que la défense de l’Europe commence en Ukraine. Si chaque euro dépensé pour aider Kyiv à résister compte pour la sécurité collective, alors les alliés auront toutes les raisons du monde de maintenir et d’intensifier ce soutien. C’est de la bonne ingénierie des incitations dans un système d’alliance complexe.
La dynamique transatlantique : Trump et les 5 %
Trump a gagné son pari — mais au prix de quoi ?
Donald Trump peut légitimement se vanter d’avoir obtenu ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi : forcer les alliés européens à augmenter massivement leurs dépenses de défense. Son insistance sur le burden-sharing, ses menaces de désengagement, sa rhétorique musclée — tout cela a contribué à créer l’urgence politique qui a rendu l’accord de La Haye possible. C’est une réalité qu’il serait intellectuellement malhonnête de nier.
Mais le prix de cette « victoire » Trump est potentiellement élevé pour l’Alliance. La méthode de coercition — menacer ses alliés, les décrire comme des « freeriders », conditionner les engagements américains aux dépenses des autres — fragilise la confiance mutuelle qui est le fondement de toute alliance. Une Alliance OTAN où les membres font leurs contributions par peur des représailles américaines plutôt que par conviction de l’intérêt commun est une Alliance structurellement plus fragile. Et la revue des troupes annoncée par Hegseth en juin 2026 rouvre cette blessure à un moment particulièrement délicat.
L’Europe qui prend en charge sa défense : le paradoxe trumpien
Il existe un paradoxe profond dans la politique de Trump sur l’OTAN. En insistant pour que l’Europe prenne davantage en charge sa propre défense, il crée les conditions d’une Europe qui pourrait, à terme, se passer des États-Unis. Si les pays européens atteignent leurs objectifs de 5 % et développent les capacités industrielles et militaires qui vont avec, ils deviendront progressivement moins dépendants du parapluie américain. C’est précisément l’autonomie stratégique que Trump, paradoxalement, accélère.
Ce résultat n’est peut-être pas souhaité par Washington, qui bénéficie de l’interdépendance avec ses alliés européens. Mais c’est une conséquence logique de la pression exercée. À mesure que l’Europe renforce ses capacités, la dynamique transatlantique changera. L’OTAN de 2035 sera différente de l’OTAN de 2022 — et pas seulement parce que ses membres dépenseront plus. Elle sera différente parce que l’équilibre des contributions, et donc du pouvoir, aura changé.
Le paradoxe trumpien de l’OTAN me fascine intellectuellement. En poussant l’Europe à se défendre elle-même, Trump crée les conditions d’une Europe moins dépendante des États-Unis. C’est peut-être l’un des héritages involontaires les plus importants de sa présidence pour la sécurité internationale. Une Europe qui peut se défendre seule est une Europe plus souveraine — et donc moins malléable aux pressions américaines. Je ne sais pas si c’est ce que Trump voulait. Mais c’est ce qu’il est en train de créer. Et pour l’Europe, c’est en définitive une bonne nouvelle.
Les défis de mise en œuvre : au-delà des pourcentages
La crise de recrutement dans les armées européennes
Augmenter les dépenses de défense ne suffit pas si les armées ne peuvent pas recruter et retenir les soldats nécessaires. Plusieurs pays européens font face à des crises de recrutement sérieuses : les armées professionnelles, qui ont remplacé les armées de conscription après la Guerre froide, peinent à attirer des candidats dans des marchés de l’emploi compétitifs. L’Allemagne a débattu du rétablissement du service militaire obligatoire. La France envisage des programmes de réserve renforcée.
Sans une base humaine suffisante, les dépenses d’équipement ne se traduisent pas en capacité militaire réelle. Un avion sans pilote, un char sans équipage, un système de missiles sans opérateur formé — tout cela représente de l’argent gaspillé. Les responsables militaires s’inquiètent que le boom d’investissements dans l’équipement ne soit pas accompagné d’un effort équivalent dans la formation et le recrutement du personnel.
La chaîne d’approvisionnement : le maillon faible du réarmement
Le réarmement rapide de l’OTAN se heurte également à des contraintes dans les chaînes d’approvisionnement en matières premières et en composants critiques. La fabrication de munitions nécessite des produits chimiques spécifiques dont les sources d’approvisionnement sont concentrées. Les semi-conducteurs, nécessaires pour les systèmes d’armes modernes, sont produits en grande partie en Asie. Les terres rares, essentielles pour de nombreux systèmes électroniques militaires, proviennent principalement de Chine.
Le sommet d’Ankara doit traiter ces vulnérabilités de chaîne d’approvisionnement comme des priorités stratégiques. Des programmes d’investissement pour diversifier les sources d’approvisionnement, développer des capacités de production européennes dans ces secteurs critiques, et constituer des stocks stratégiques de matériaux essentiels sont aussi importants que les contrats d’armes eux-mêmes. La sécurité de la chaîne d’approvisionnement est la condition nécessaire au succès de tout programme de réarmement.
La chaîne d’approvisionnement est le talon d’Achille du réarmement européen et personne n’en parle suffisamment. On annonce des milliards en contrats d’armes, mais si les composants critiques ne peuvent pas être produits en quantité suffisante — parce qu’on dépend de la Chine pour les terres rares ou de l’Asie pour les semi-conducteurs — les délais de livraison s’allongent et les coûts explosent. La vraie sécurité industrielle de défense exige une vision de bout en bout, de la matière première au système d’armes final. C’est un chantier de dix ans. Il fallait le commencer il y a cinq ans.
Simon Gros et la doctrine NATO 3.0 : un cadre analytique
Le concept de rééquilibrage transatlantique
L’analyste Simon Gros avait publié en juin 2026 une analyse sur ce qu’il appelait « NATO 3.0 » — un rééquilibrage transatlantique de l’Alliance vers un modèle où l’Europe prend davantage en charge sa propre sécurité conventionnelle tout en maintenant le lien avec les capacités de dissuasion américaines. Ce cadre analytique offre une grille de lecture utile pour comprendre ce que l’accord de La Haye et le sommet d’Ankara cherchent à réaliser.
Dans ce modèle, l’OTAN 1.0 était l’Alliance de la Guerre froide, dominée par les États-Unis qui fournissaient la grande majorité des capacités militaires. L’OTAN 2.0 était la période post-1991, où les dividendes de la paix avaient conduit à une désindustrialisation de défense en Europe et à une dépendance croissante vis-à-vis de Washington. L’OTAN 3.0 serait un nouveau modèle où l’Europe contribue à part quasi-égale aux dépenses militaires, développe ses propres capacités industrielles, et assume la responsabilité principale de sa défense conventionnelle, laissant les États-Unis se concentrer sur la dissuasion nucléaire et la projection dans d’autres théâtres.
Les implications pour la gouvernance de l’Alliance
Si l’OTAN évolue vers un modèle d’équilibre plus réel entre contributions américaines et européennes, sa gouvernance devra évoluer en conséquence. Une Alliance où l’Europe contribue à part égale en termes de dépenses ne peut pas être dirigée uniquement depuis Washington — les Européens réclameront et obtiendront une plus grande influence sur les décisions stratégiques. Cela pourrait se traduire par une évolution du rôle du SACEUR (commandant suprême allié en Europe), historiquement toujours américain, vers un rôle conjoint ou en alternance entre Américains et Européens.
Ces évolutions institutionnelles sont lentes et complexes, mais elles sont la conséquence logique du rééquilibrage en cours. L’OTAN de 2035, si les engagements de La Haye sont tenus, sera une Alliance structurellement différente de celle d’aujourd’hui. Elle pourrait être plus équilibrée, plus résiliente, et paradoxalement plus unie — parce que fondée sur des contributions réelles plutôt que sur une dépendance à sens unique.
Le concept de NATO 3.0 me semble être le cadre le plus utile pour penser l’avenir de l’Alliance. Pas une rupture avec le passé, pas un abandon du lien transatlantique, mais une évolution vers un partenariat plus équilibré. Si l’Europe réussit sa remontée en puissance — ce qui est loin d’être garanti — elle sera en mesure de partager le fardeau de la sécurité mondiale avec les États-Unis d’une manière qui renforcera les deux camps. C’est la vision optimiste. Elle mérite d’être défendue, même si le chemin vers elle est semé d’obstacles.
Les femmes et hommes en uniforme : l'enjeu humain du réarmement
La crise de recrutement dans les armées européennes
L’engagement financier vers 5 % du PIB se heurte à un obstacle humain que les graphiques de dépenses ne montrent pas : les armées européennes peinent à recruter. Après trois décennies de professionnalisation des forces armées et de réduction des effectifs, les armées de l’Alliance font face à des déficits de personnel significatifs. En Allemagne, où l’armée a longtemps souffert d’une image dégradée, des débats sur le rétablissement du service militaire obligatoire ont repris sous le gouvernement Merz. La Lituanie et la Lettonie ont déjà réintroduit la conscription. D’autres pays réfléchissent à des modèles de réserve renforcée.
Sans une base humaine suffisante, les dépenses d’équipement ne se traduisent pas en capacité militaire réelle. Un système de défense aérienne sans opérateurs formés est une infrastructure coûteuse mais inutile. Des chars sans équipages entraînés ne dissuadent personne. La montée en puissance humaine doit accompagner la montée en puissance matérielle — et elle prend encore plus de temps, car former un soldat opérationnel prend des années, pas des mois. L’objectif de 5 % du PIB d’ici 2035 doit donc être accompagné d’objectifs parallèles sur les effectifs et la disponibilité opérationnelle des forces.
La formation et la rétention : le défi invisible
Au-delà du recrutement, les armées européennes font face à un défi de rétention des talents. Dans des marchés du travail compétitifs, où les compétences technologiques des militaires — pilotes de drones, spécialistes en cyberdéfense, ingénieurs en systèmes d’armes — sont très demandées dans le secteur privé, les armées peinent à retenir leurs meilleurs éléments. Les salaires militaires, même en hausse, sont souvent inférieurs à ce que le secteur privé peut offrir pour les mêmes compétences.
Des pays comme le Danemark et les Pays-Bas ont adopté des approches innovantes : des programmes de double carrière permettant à des réservistes de maintenir leur expertise militaire tout en progressant dans leur carrière civile, des partenariats avec des universités pour des programmes de formation militaro-civile, et des avantages spécifiques pour les familles des militaires en déploiement. Ces approches devront être partagées et adoptées plus largement si l’Alliance veut résoudre son problème de capital humain.
Le capital humain des armées européennes est le chaînon manquant du débat sur les 5 % du PIB. On parle de milliards en équipements, de pourcentages du PIB, de graphiques de dépenses. Mais ce sont des hommes et des femmes qui devront opérer ces équipements, et les armées européennes n’en ont pas suffisamment. Augmenter les budgets sans recruter et retenir les bonnes personnes, c’est construire une armée de papier. Le sommet d’Ankara devrait aussi aborder ce défi essentiel.
La résilience civile : le 1,5 % qui change tout
Infrastructures, stocks stratégiques et préparation civile
Le volet des 1,5 % supplémentaires de l’accord de La Haye — consacrés à la sécurité élargie incluant les infrastructures, la cybersécurité et la préparation civile — représente une révolution dans la conception de la sécurité nationale. Traditionnellement, la défense était une affaire de soldats, d’armes et de frontières. Aujourd’hui, la résilience d’une société face à une agression — militaire, hybride ou économique — dépend autant de ses câbles sous-marins, de ses réseaux électriques, de ses stocks alimentaires stratégiques et de sa capacité à informer et mobiliser sa population.
Des pays nordiques comme la Suède et la Finlande ont développé des modèles de défense totale — totalförsvaret en suédois — qui intègrent la préparation civile dans la stratégie de sécurité nationale. Ils ont des stocks stratégiques de nourriture, de médicaments et de carburant. Ils ont des plans d’évacuation testés régulièrement. Ils ont des systèmes d’alerte précoce capables d’atteindre toute la population en quelques minutes. Ces modèles, développés pendant la Guerre froide et maintenus depuis, font de ces pays parmi les plus résilients d’Europe.
La cybersécurité comme priorité nationale et collective
La cyberguerre russe a démontré que les infrastructures numériques sont désormais des cibles militaires à part entière. Les attaques contre les réseaux électriques ukrainiens, les coupures de câbles sous-marins en Baltique, les cyberattaques massives contre l’Estonie en 2007 — tous ces précédents montrent que la cybersécurité est une composante essentielle de la défense nationale. Le Centre d’excellence en cyberdéfense de l’OTAN (CCDCOE), basé à Tallinn, joue un rôle crucial dans la coordination des réponses alliées.
L’intégration de la cybersécurité dans le volet des 1,5 % de l’accord de La Haye reconnaît formellement ce que les praticiens savaient depuis longtemps : protéger les réseaux d’infrastructures critiques est aussi important que protéger les frontières physiques. Des investissements massifs dans les capacités de détection, de réponse et de résilience cyber permettront à l’Alliance de résister aux attaques hybrides russes avec une efficacité accrue.
La résilience civile me semble être l’investissement le plus négligé et pourtant le plus essentiel du réarmement européen. Construire des chars et des avions de combat, c’est visible et politiquement valorisant. Stocker des médicaments d’urgence, renforcer des câbles sous-marins, tester des plans d’évacuation — ça ne fait pas les gros titres. Mais c’est ce qui déterminera la capacité d’une société à survivre et à résister dans les premières semaines d’une crise majeure. Les Nordiques ont compris ça. Le reste de l’Europe doit les imiter.
L'industrie de défense européenne : champions nationaux ou champions européens ?
La tentation du protectionnisme industriel
Le boom des dépenses de défense crée une tentation politique dangereuse : le protectionnisme industriel. Chaque gouvernement veut que ses milliards de dépenses militaires restent dans son économie nationale, créent des emplois sur son territoire, et renforcent ses champions industriels nationaux. Cette logique est politiquement compréhensible. Économiquement et stratégiquement, elle est contreproductive. Elle fragmente la base industrielle de défense européenne, crée des duplications coûteuses et empêche les économies d’échelle qui rendraient les équipements moins chers et plus disponibles rapidement.
Des programmes comme l’avion de combat futur FCAS franco-germano-espagnol et le char futur MGCS franco-allemand illustrent à la fois le potentiel et les difficultés de la coopération industrielle européenne. Ces programmes ont pris du retard précisément parce que les partenaires peinent à s’entendre sur le partage du travail industriel. Chacun veut les technologies les plus avancées et la plus grande part de production. Cette logique de partage industriel plutôt que de spécialisation par avantages comparatifs génère des inefficacités coûteuses.
Vers une BITD européenne intégrée : l’idéal et la réalité
L’objectif d’une Base industrielle et technologique de défense (BITD) véritablement européenne — où les nations se spécialisent selon leurs avantages comparatifs, coopèrent sur les plateformes, et créent un marché commun de défense fluide — reste un horizon lointain mais nécessaire. Des avancées sont réelles : le programme EDIP (European Defence Industry Programme) lancé par la Commission européenne, les fonds du Fonds européen de défense, et les mécanismes de coopération renforcée dans le domaine spatial militaire.
Le sommet d’Ankara offre une opportunité de pousser dans cette direction : les contrats signés collectivement, avec des clauses d’interopérabilité européenne, enverraient un signal fort aux industriels que la demande est coordonnée et que les économies d’échelle d’une BITD intégrée sont accessibles. Ce signal est aussi important que les montants en jeu. Une industrie de défense européenne consolidée pourrait, à terme, rivaliser avec les grandes entreprises américaines et réduire la dépendance transatlantique qui crée parfois des vulnérabilités politiques.
Le rêve d’une BITD européenne intégrée me semble être le grand projet stratégique de la prochaine décennie pour l’Europe. Pas pour concurrencer les États-Unis, mais pour construire la capacité industrielle qui permettra à l’Europe de se défendre seule si nécessaire. C’est un projet de longue haleine, complexe, semé d’intérêts nationaux divergents. Mais si l’Ukraine a appris à l’Europe qu’elle ne pouvait pas se permettre de ne pas avoir cette capacité, alors ce conflit brutal aura au moins produit quelque chose de durable et de positif.
Conclusion : 5 %, la transformation qui ne fait que commencer
Un objectif ambitieux dans un contexte d’urgence
L’engagement des alliés de l’OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense d’ici 2035 représente la plus grande transformation de la politique de défense européenne depuis la Guerre froide. Sa réalisation complète demandera des décisions politiques difficiles, des ajustements budgétaires douloureux, et une discipline collective que l’Alliance n’a pas toujours su maintenir dans le passé. Mais la direction est fixée, les mécanismes de suivi sont en place, et la menace russe continue de fournir la motivation politique nécessaire.
Ce qui a changé depuis La Haye, c’est la perception du risque. Il y a dix ans, dépenser 5 % du PIB pour la défense aurait semblé une aberration en temps de paix. Aujourd’hui, à la lumière de quatre ans de guerre en Europe, à la lumière des provocations russes dans les pays baltes, à la lumière des menaces hybrides documentées sur le sol européen, cela ressemble à ce qu’il aurait toujours fallu faire. L’Ukraine a payé le prix de notre aveuglement. Nous lui devons de ne pas recommencer.
Le sommet d’Ankara : la première étape de la mise en œuvre
Le sommet d’Ankara des 7-8 juillet 2026 sera la première grande revue d’avancement des engagements de La Haye. Ce que les alliés présenteront comme leurs plans annuels et leurs premières acquisitions concrètes donnera une première mesure de la sérieux avec lequel ces engagements sont pris. Les dizaines de milliards en contrats promis par Rutte seront le signal le plus visible de cette mise en œuvre. Mais ils ne seront que la surface visible d’une transformation industrielle, budgétaire et stratégique beaucoup plus profonde.
Cette transformation est encore fragile. Elle peut être affaiblie par des changements politiques internes dans les États membres, par un retrait américain précipité, ou par un accord de paix en Ukraine qui génère une illusion de sécurité retrouvée. Ce que l’histoire nous enseigne, c’est que la sécurité se perd beaucoup plus vite qu’elle ne se construit. Les alliés qui comprennent cette leçon — les pays baltes, la Pologne, la Finlande — construisent leur avenir avec une urgence que le reste de l’Europe devra apprendre à partager.
En terminant cette analyse sur le grand pari des 5 % du PIB, je pense à tous ceux qui ont payé le prix de trois décennies de désarmement européen. Les soldats ukrainiens qui se battent avec des munitions comptées. Les civils de Kharkiv sous les bombes russes. Ces réalités sont le rappel vivant que les choix budgétaires en matière de défense ont des conséquences humaines directes. L’objectif de 5 % n’est pas un exercice comptable — c’est une décision de civilisation.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
The Hague Summit Declaration — NATO.int, 25 juin 2025
Defence expenditures and NATO’s 5% commitment — NATO.int, consulté juin 2026
Pre-ministerial press conference ahead of NATO defence ministers’ meeting — NATO.int, 17 juin 2026
NATO allies set new 5% defense spending target — Kyiv Independent, 25 juin 2025
Sources secondaires
Türkiye looms large as NATO agrees on stronger defense — Daily Sabah, 25 juin 2025
All quiet on the eastern flank? — The Guardian, 27 juin 2026
Change in NATO mindset was brought on by Putin as much as Trump — The Guardian, 25 juin 2025
German troops start first permanent foreign deployment since WWII — The Guardian, 22 mai 2025
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