Dix-huit mois de siège avant l’effondrement
La ville d’El-Fasher, dans le Darfour, est devenue synonyme d’atrocités de masse après avoir subi un siège de dix-huit mois imposé par les forces du RSF, un blocus qui a progressivement affamé et isolé une population civile prise au piège entre deux factions armées sans considération pour la vie humaine.
Lorsque la ville est finalement tombée à la fin du mois d’octobre 2025, les combattants du RSF ont tué environ 6 000 personnes en l’espace de trois jours à peine, une vitesse d’exécution qui témoigne d’une intention systématique plutôt que d’un simple débordement de violence de guerre.
Des estimations qui varient mais qui restent accablantes
Les estimations du bilan humain de l’ensemble de la guerre civile soudanaise varient considérablement, allant de 40 000 à 250 000 morts selon les sources, un écart qui illustre à quel point il demeure difficile d’obtenir des chiffres fiables dans un pays où les combats se poursuivent sans relâche depuis avril 2023.
Ce qui demeure incontestable, en revanche, c’est que plus de 14 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du Soudan et dans les pays voisins selon les Nations unies, faisant de cette guerre la plus vaste crise humanitaire et de déplacement au monde à l’heure actuelle.
Ces chiffres, aussi énormes soient-ils, finissent par perdre leur sens à force d’être répétés dans des rapports que personne ne lit vraiment, et c’est précisément ce que je refuse de laisser se produire avec El-Obeid.
El-Obeid, prochaine cible d'un scénario déjà écrit
Une ville stratégique au carrefour du pays
El-Obeid occupe une position stratégique cruciale au carrefour du Soudan central, entre Khartoum et la région occidentale du Darfour, ce qui en fait une plaque tournante essentielle pour les mouvements de troupes ainsi que pour l’acheminement des fournitures militaires et humanitaires.
La ville, sous le contrôle des Forces armées soudanaises depuis février 2025, abrite une base militaire importante ainsi qu’un aérodrome militaire, des infrastructures qui expliquent l’intérêt stratégique majeur que représente sa capture éventuelle pour le RSF.
Un intérêt qui dépasse la simple logique militaire
Selon l’analyste Hager Ali, de l’institut allemand GIGA, si le RSF parvenait à reprendre El-Obeid, il profiterait non seulement de ses infrastructures urbaines et de son lucratif commerce de gomme arabique, mais pourrait également transformer la ville en base arrière stratégique pour le lancement de drones vers d’autres cibles à travers le pays.
Cette dimension logistique explique pourquoi l’arrivée de la saison des pluies en juillet rend la situation encore plus urgente: la trajectoire des drones de combat devient moins prévisible durant cette période, poussant le RSF à vouloir sécuriser une base opérationnelle plus proche de ses cibles avant que les conditions météorologiques ne compliquent ses opérations.
Voir des analystes discuter froidement de logistique militaire et de saisons des pluies pendant que 500 000 civils craignent pour leur vie me rappelle à quel point la guerre transforme même les experts les plus bien intentionnés en commentateurs presque détachés de l’horreur humaine sous-jacente.
Les voix qui refusent le silence
L’avertissement du secrétaire général de l’ONU
Le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti au début du mois de juin que le monde ne devait pas permettre que les horreurs d’El-Fasher se répètent à El-Obeid, une déclaration qui traduit une inquiétude sincère mais qui, à elle seule, ne suffira jamais à arrêter un assaut si les acteurs armés décident de passer à l’action.
Cette mise en garde s’inscrit dans une série d’avertissements similaires émis par le Conseil de sécurité, plusieurs pays européens et les États-Unis, qui ont tous signalé le risque imminent d’atrocités de masse à mesure que les effectifs du RSF se concentraient autour de la ville.
Kenneth Roth et l’accusation d’intention délibérée
Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, a affirmé sans détour qu’il existe toutes les raisons de craindre que le RSF poursuive ses atrocités de masse s’il parvient à s’emparer d’El-Obeid, ajoutant que ce groupe armé a démontré un mépris total pour la vie civile, au point où tuer délibérément un grand nombre de civils semble constituer son objectif premier plutôt qu’un simple dommage collatéral.
Ces propos, d’une gravité extrême, ne sont pas ceux d’un activiste isolé mais d’un expert reconnu internationalement pour son travail rigoureux de documentation des crimes de guerre à travers le monde, ce qui devrait suffire à alarmer n’importe quel gouvernement occidental encore hésitant à agir.
Quand un expert du calibre de Kenneth Roth affirme que tuer des civils constitue l’objectif premier d’une force armée, je refuse d’accepter que la communauté internationale continue de se contenter de communiqués de préoccupation plutôt que d’actions concrètes.
Le cri d'alarme soudanais que personne n'écoute vraiment
Le même scénario, encore et encore
Amgad Fareid Eltayeb, conseiller politique et des affaires étrangères auprès du Conseil souverain de transition du Soudan, a résumé avec une lucidité glaçante ce sentiment de répétition tragique en affirmant que le monde observe le même scénario se reformer autour d’El-Obeid, avec le même vocabulaire d’alarme et la même phrase de clôture rappelant que le monde regarde.
Selon lui, les avertissements précédents ont échoué non pas par manque de preuves, mais parce qu’ils n’ont jamais été véritablement conçus pour devenir de la prévention, une accusation dévastatrice envers l’ensemble de l’architecture diplomatique internationale censée protéger les populations civiles.
Une dénonciation directe des complicités extérieures
Eltayeb va plus loin en affirmant que chaque déclaration de la communauté internationale qui déplore l’atrocité à venir sans nommer son financier ne constitue pas un pas vers la prévention, mais un pas pour l’éviter, une critique cinglante qui vise implicitement les soutiens extérieurs du RSF, notamment les Émirats arabes unis, accusés par plusieurs organisations de financer et d’armer ce groupe.
Philippe Dam, directeur du plaidoyer européen de Human Rights Watch, a directement demandé que les responsables de ce financement soient sanctionnés, affirmant que les Émirats arabes unis portent une responsabilité prouvée dans l’alimentation du conflit et des atrocités commises par le RSF.
Cette accusation directe contre les Émirats arabes unis mérite d’être répétée jusqu’à ce qu’elle devienne impossible à ignorer, car aucune atrocité de cette ampleur ne survient sans un financement extérieur qui la rend matériellement possible.
Les sanctions occidentales, un outil sous-utilisé
Ce qui a déjà été fait, timidement
Les États-Unis ont sanctionné les deux généraux rivaux, Abdel Fattah al-Burhan des Forces armées soudanaises et Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé Hemedti, à la tête du RSF, dès janvier 2025, une mesure qui s’est ensuite étendue à plusieurs individus liés aux deux factions.
L’Union européenne a également sanctionné des individus et des entités liées aux deux camps du conflit, mais les Nations unies elles-mêmes n’ont jamais sanctionné les deux généraux ni leurs organisations respectives dans leur ensemble, une lacune institutionnelle majeure qui limite considérablement la portée de la pression internationale.
Ce qu’il faudrait faire, immédiatement
Philippe Dam soutient que des sanctions immédiates pourraient encore aider à protéger les civils et à prévenir de nouvelles atrocités, une position partagée par Eltayeb, qui va jusqu’à réclamer la désignation officielle du RSF comme organisation terroriste afin de compliquer davantage le soutien financier que lui apportent ses bailleurs extérieurs.
Ces demandes, aussi raisonnables soient-elles sur le plan moral, se heurtent systématiquement aux calculs géopolitiques et économiques des puissances régionales impliquées, un obstacle qui explique pourquoi le monde continue de répéter les mêmes erreurs face à des crises humanitaires pourtant parfaitement documentées.
Je n’ai jamais compris pourquoi la communauté internationale hésite autant à sanctionner des acteurs dont la responsabilité dans des atrocités documentées ne fait plus aucun doute, sinon parce que les intérêts économiques pèsent toujours plus lourd que les vies humaines dans les calculs des grandes puissances.
Les armes du silence: drones et désinformation
Une guerre de drones qui tue sans discernement
Les drones sont devenus une arme centrale pour les deux factions du conflit soudanais, et selon l’agence des droits humains des Nations unies, plus de 1 000 civils ont été tués dans des frappes de drones entre janvier et mai 2026 seulement, un chiffre qui illustre l’ampleur de la violence infligée à une population qui n’a rien demandé de tout cela.
Cette escalade technologique rend la protection des civils encore plus difficile, les drones pouvant frapper des cibles éloignées avec une précision qui, paradoxalement, ne semble jamais épargner les populations civiles malgré les capacités techniques qui permettraient pourtant d’éviter ce type de dommage.
Deux gouvernements qui revendiquent tous deux le pays entier
Hemedti a établi son propre gouvernement de paix et d’unité dans les zones sous son contrôle en 2025, revendiquant, à l’instar du général al-Burhan, une juridiction sur l’ensemble du Soudan, une division institutionnelle qui complique davantage toute perspective de résolution négociée du conflit.
Le Conseil de sécurité a explicitement réitéré son rejet de toute autorité gouvernante parallèle dans les zones contrôlées par le RSF, une position ferme sur le plan diplomatique mais qui reste, en pratique, sans effet concret sur le terrain où les combats se poursuivent.
Cette guerre de drones qui tue sans discernement m’oblige à me demander combien de temps encore le monde tolérera que la technologie militaire moderne serve à anéantir des vies civiles sans qu’aucune conséquence réelle ne soit imposée aux responsables.
L'appel humanitaire ignoré du Conseil de sécurité
Des demandes précises restées sans réponse
Le Conseil de sécurité des Nations unies a explicitement demandé que le RSF cesse immédiatement son assaut sur El-Obeid, exigeant également que toutes les parties au conflit protègent les civils et respectent le droit international humanitaire, conformément aux engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Jeddah signée en mai 2023.
Le Conseil a également appelé à ce que tous les abus et violations fassent l’objet d’enquêtes et que les responsables soient tenus de rendre des comptes, une demande qui, malgré sa légitimité, n’a jusqu’à présent produit aucun mécanisme de justice réellement fonctionnel pour les victimes de cette guerre.
L’accès humanitaire, une question de vie ou de mort
Les Nations unies ont rappelé que toutes les parties doivent permettre et faciliter un accès humanitaire sûr et sans entrave, ainsi qu’un passage sécurisé pour les civils souhaitant fuir les zones de combat, conformément au droit international, une exigence de base qui devrait pourtant aller de soi dans n’importe quel conflit armé.
Le Conseil a par ailleurs exhorté l’ensemble des États membres des Nations unies à s’abstenir de toute ingérence extérieure susceptible d’alimenter le conflit et l’instabilité, un appel qui vise directement les puissances régionales soupçonnées de fournir des armes et des financements aux belligérants.
Chaque fois que je lis ces résolutions du Conseil de sécurité pleines de bonnes intentions mais dépourvues de mécanismes d’application réels, je comprends un peu mieux le désespoir des Soudanais qui voient leurs appels à l’aide se transformer en simples lignes dans des rapports diplomatiques.
Le silence complice des grandes puissances régionales
Des soutiens extérieurs qui alimentent les deux camps
Les Forces armées soudanaises bénéficient officiellement du soutien de l’Égypte, de la Turquie, de la Russie et de l’Iran, un réseau d’alliances qui illustre à quel point ce conflit soudanais, en apparence local, s’inscrit en réalité dans une compétition géopolitique bien plus large impliquant des puissances autoritaires hostiles aux valeurs occidentales.
De leur côté, les Émirats arabes unis nient catégoriquement toute implication dans la guerre ou tout soutien apporté au RSF, des dénégations qui contrastent fortement avec les accusations répétées d’organisations de défense des droits humains reconnues internationalement pour la rigueur de leurs enquêtes.
Une hypocrisie qui coûte des vies humaines
Cette configuration géopolitique complexe, où la Russie et l’Iran apparaissent du côté des Forces armées soudanaises, rappelle une fois de plus que ces régimes autoritaires n’hésitent jamais à s’insérer dans des conflits lointains lorsque leurs intérêts stratégiques ou économiques sont en jeu, indépendamment du coût humain qui en résulte pour les populations civiles.
Face à cette réalité, l’Occident ne peut se permettre de traiter le Soudan comme une crise secondaire, car chaque conflit où la Russie et l’Iran étendent leur influence sans opposition ferme constitue un précédent dangereux pour l’ordre international que les démocraties occidentales prétendent défendre.
Je refuse de considérer le Soudan comme une simple note de bas de page géopolitique pendant que la Russie et l’Iran y consolident tranquillement leur influence, car l’indifférence occidentale envers cette guerre ne fait qu’encourager ces régimes à recommencer ailleurs.
Ce que l'histoire d'El-Fasher devrait nous avoir appris
Les mêmes signaux d’alarme, ignorés une fois de plus
Dans les semaines précédant la chute d’El-Fasher, les mêmes types d’avertissements avaient été émis par les mêmes organisations internationales, avec le même vocabulaire d’alarme, et pourtant la ville est tombée, suivie de tueries qui ont choqué le monde entier pendant quelques jours avant de disparaître des grands titres de presse.
Cette répétition presque mécanique des avertissements internationaux, sans que jamais des mesures préventives concrètes ne soient déployées à temps, constitue l’une des accusations les plus graves que l’on puisse porter contre le système multilatéral actuel, incapable de transformer la connaissance d’un danger imminent en action décisive.
El-Obeid comme test de crédibilité pour la communauté internationale
La situation actuelle à El-Obeid représente ainsi un test crucial de crédibilité pour l’ensemble de la communauté internationale: si les mêmes erreurs se répètent, si les mêmes avertissements restent sans suite concrète, alors il deviendra impossible de prétendre que le système des Nations unies dispose encore d’une quelconque capacité de prévention réelle des atrocités de masse.
C’est précisément pour cette raison que chaque voix, aussi modeste soit-elle, compte dans cette bataille pour maintenir l’attention du monde sur une ville de 500 000 habitants qui risque de connaître le même sort tragique qu’El-Fasher si rien ne change dans les prochaines semaines.
Je continuerai d’écrire sur El-Obeid tant que la menace persistera, non pas parce que je crois naïvement qu’une chronique changera le cours des événements, mais parce que le silence, lui, garantit à coup sûr que rien ne changera.
Ce que l'Occident doit exiger maintenant
Des sanctions ciblées et immédiates
L’Occident doit exiger l’imposition immédiate de sanctions ciblées contre les dirigeants du RSF ainsi que contre leurs principaux soutiens financiers extérieurs, notamment en clarifiant publiquement le rôle exact que jouent certains États du Golfe dans l’alimentation de ce conflit dévastateur.
Ces sanctions doivent s’accompagner d’une pression diplomatique constante sur les Nations unies pour qu’elles adoptent enfin des mesures collectives contre les deux généraux rivaux et leurs organisations respectives, plutôt que de se contenter de déclarations de préoccupation renouvelées à chaque nouvelle crise.
Un engagement humanitaire à la hauteur de l’urgence
Au-delà des sanctions, les démocraties occidentales doivent également renforcer substantiellement leur soutien humanitaire aux 14 millions de personnes déplacées par ce conflit, en garantissant un financement adéquat aux organisations qui opèrent sur le terrain dans des conditions d’une difficulté extrême.
Cet engagement humanitaire ne doit pas être perçu comme une simple charité, mais comme un investissement essentiel dans la stabilité régionale à long terme, car un Soudan effondré et livré aux puissances autoritaires ne servira jamais les intérêts de sécurité de l’Occident dans cette partie stratégique de l’Afrique.
Je sais que l’Occident a d’autres priorités urgentes, l’Ukraine en tête, mais l’indifférence sélective envers les crises africaines a toujours un prix moral et stratégique que nous finissons tôt ou tard par payer.
Ce que je ne peux pas vous promettre dans cette lettre
L’incertitude qui demeure sur l’issue de cette crise
Je ne peux pas vous garantir, en écrivant ces lignes, que l’offensive redoutée du RSF contre El-Obeid se concrétisera effectivement, ni que les scénarios les plus sombres évoqués par les experts et les organisations humanitaires se réaliseront dans les semaines à venir.
Cette incertitude, bien réelle, ne diminue en rien la gravité des signaux d’alarme actuellement observés sur le terrain, mais elle m’oblige à la prudence dans mes affirmations plutôt que de céder à une dramatisation qui desservirait la crédibilité de cette mise en garde.
Une chose demeure certaine, cependant
Ce qui demeure certain, en revanche, c’est que le monde dispose aujourd’hui de toutes les informations nécessaires pour agir de manière préventive, contrairement à la situation qui prévalait avant la chute d’El-Fasher, où l’ampleur du danger n’était peut-être pas aussi clairement documentée qu’elle ne l’est actuellement pour El-Obeid.
Cette différence devrait, en toute logique, se traduire par une réponse internationale plus rapide et plus décisive, mais l’histoire récente de la diplomatie face aux crises soudanaises invite malheureusement à un scepticisme prudent quant à cette perspective.
J’admets ne pas savoir si cette lettre changera quoi que ce soit au sort d’El-Obeid, mais je refuse de me taire simplement parce que l’issue demeure incertaine.
La comparaison avec l'Ukraine que personne n'ose faire
Deux guerres, deux niveaux d’attention radicalement différents
Il est impossible d’écrire sur le Soudan sans confronter une vérité inconfortable: la guerre en Ukraine, avec ses bombardements russes quotidiens contre des civils, bénéficie d’une couverture médiatique et d’un engagement diplomatique occidental sans commune mesure avec ce que reçoit le conflit soudanais, pourtant tout aussi meurtrier et tout aussi urgent.
Cette disparité d’attention ne diminue en rien la légitimité du soutien massif accordé à Kyiv face à l’agression de Vladimir Poutine, mais elle révèle une hiérarchisation implicite des souffrances humaines selon la proximité géographique et stratégique avec l’Occident, une réalité que je refuse de justifier même si je la comprends.
Pourquoi les deux causes ne s’excluent pas mutuellement
Défendre l’Ukraine face à la Russie et exiger une action concrète pour El-Obeid ne constituent pas des priorités concurrentes mais deux facettes du même engagement fondamental envers la protection des populations civiles contre la violence armée, peu importe qui en sont les auteurs ou où elle se produit sur la carte du monde.
Les démocraties occidentales disposent des ressources diplomatiques, financières et institutionnelles nécessaires pour soutenir simultanément ces deux causes, à condition de faire preuve d’une volonté politique qui, jusqu’à présent, semble malheureusement réservée aux conflits jugés géopolitiquement prioritaires.
Je refuse le faux choix entre soutenir l’Ukraine et se préoccuper du Soudan, car une conscience occidentale sélective finit toujours par se retourner contre ceux qui la pratiquent, en minant la crédibilité morale même des causes qu’elle prétend défendre.
Ce que les citoyens ordinaires peuvent encore faire
Au-delà du désespoir, des gestes concrets existent
Face à l’ampleur apparemment insurmontable de la crise soudanaise, il serait facile de céder au désespoir et de conclure qu’aucune action individuelle ne peut avoir le moindre impact sur le sort d’El-Obeid, mais cette résignation elle-même constitue une forme de complicité passive avec l’indifférence générale que je dénonce dans cette lettre.
Soutenir financièrement les organisations humanitaires qui opèrent directement auprès des 14 millions de personnes déplacées, interpeller ses élus locaux sur la nécessité de sanctions ciblées, et simplement refuser de laisser cette crise disparaître des conversations publiques représentent des gestes modestes mais réels à la portée de chacun.
Le pouvoir cumulatif de l’attention publique
L’histoire récente démontre que la pression citoyenne, lorsqu’elle s’accumule et se maintient dans la durée, peut effectivement influencer les priorités diplomatiques des gouvernements occidentaux, même sur des dossiers initialement considérés comme secondaires par les cercles de pouvoir traditionnels.
C’est cette conviction, aussi fragile soit-elle, qui justifie la publication de cette lettre ouverte: non pas l’illusion qu’un seul texte changera le cours des événements à El-Obeid, mais l’espoir que chaque voix supplémentaire contribue à maintenir cette crise dans le champ de vision d’un monde trop souvent distrait par ses propres priorités.
Je sais que cette conclusion peut sembler naïve face à l’ampleur de la tragédie soudanaise, mais je préfère la naïveté assumée de l’action à la sophistication confortable du cynisme résigné.
Conclusion : une dernière chance d'agir avant l'irréparable
Le monde a encore le temps, mais plus pour longtemps
La situation à El-Obeid n’a pas encore atteint le point de non-retour observé à El-Fasher, ce qui signifie qu’il reste encore, techniquement, une fenêtre d’opportunité pour que la pression diplomatique et les sanctions ciblées puissent réellement dissuader le RSF de lancer l’offensive redoutée contre cette ville de 500 000 habitants.
Cette fenêtre, cependant, se referme rapidement à mesure que les renforts militaires du RSF continuent de s’accumuler autour de la ville, rendant chaque jour de retard diplomatique plus coûteux en termes de vies humaines potentiellement épargnées ou perdues.
Un appel final à ne pas répéter les erreurs du passé
Je termine cette lettre ouverte en implorant les dirigeants occidentaux, les Nations unies et l’ensemble de la communauté internationale de ne pas répéter, une fois de plus, l’erreur tragique qui a précédé la chute d’El-Fasher, car les Soudanais d’El-Obeid ne méritent pas de payer, eux aussi, le prix de l’indifférence internationale.
L’histoire jugera sévèrement quiconque avait entre les mains les informations nécessaires pour prévenir une nouvelle tragédie et qui a choisi, malgré tout, de détourner le regard.
Je referme cette lettre ouverte en espérant sincèrement qu’elle deviendra rapidement obsolète, remplacée par des nouvelles rassurantes plutôt que par la confirmation glacée de tout ce que je redoute aujourd’hui pour El-Obeid.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Deutsche Welle — Le Soudan face au risque de nouvelles atrocités de masse — 25 juin 2026
UN News — Le Conseil de sécurité avertit d’un risque d’atrocités de masse à El-Obeid — 20 juin 2026
Sources secondaires
Council on Foreign Relations — Traceur du conflit soudanais — 2026
Wikipedia — Siège d’El-Fasher, chronologie et bilan — 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.