Une frappe abordable pour toute la coalition
Le programme CHAOS, la « Coalition Heterogeneous Affordable Offensive Strike », vise à équiper les alliés des États-Unis et les forces de coalition d’une capacité de frappe longue portée peu coûteuse, distribuée via le mécanisme des Foreign Military Sales.
Concrètement, cela signifie que nos partenaires européens, indopacifiques et ukrainiens pourraient, demain, accéder à une arme crédible sans devoir hypothéquer des décennies de budget de défense.
Voilà exactement le type de mutualisation stratégique que l’Occident aurait dû adopter depuis longtemps.
La filiation directe avec l'Ukraine, un lien qui doit nous obliger
Le Rusty Dagger, déjà sur les F-16 ukrainiens
Le RAACM-ER appartient à la même famille technologique ERAM que le missile AGM-188A Rusty Dagger, produit par Zone 5 Technologies, déjà intégré avec succès sur les F-16 ukrainiens depuis avril dernier.
Ce lien de parenté technologique n’est pas anecdotique : il prouve que l’effort industriel consenti pour l’Ukraine irrigue désormais l’ensemble de l’arsenal occidental, dans un cercle vertueux que nous devons revendiquer haut et fort.
Chaque dollar investi pour l’Ukraine nous revient aujourd’hui sous forme de technologie partagée, et j’en suis fier.
Une portée multipliée par quatre et demie, un bond stratégique
De 400 à 1 800 kilomètres
La version de base du RAACM affichait une portée d’environ 400 kilomètres pour un coût de quelques milliers de dollars seulement. La version étendue, ER, dépasse désormais 1 800 kilomètres, soit plus de quatre fois et demie la portée initiale.
Ce bond permet de frapper des cibles bien au-delà des défenses côtières adverses, tout en conservant l’esprit low-cost qui fait la force de ce programme face aux missiles traditionnels bien plus onéreux.
Je vois dans cette portée décuplée la garantie d’une dissuasion crédible sans ruiner nos budgets de défense.
Le GBAM du Pentagone, l'urgence budgétaire enfin assumée
Moins de 250 000 dollars par arme, tests en trois mois
Parallèlement, le Pentagone a lancé via la Defense Innovation Unit le défi GBAM, Ground-Based Affordable Mass, exigeant des armes longue portée à moins de 250 000 dollars pièce, démontrables en 60 à 90 jours et produites à grande échelle en 12 à 18 mois.
Un budget de 250 millions de dollars a été mobilisé pour ce seul défi, preuve que Washington a compris l’urgence d’agir vite, sans attendre les cycles d’acquisition traditionnels qui prennent habituellement des années.
Cette vitesse d’exécution est exactement ce que l’Occident doit exiger de ses appareils industriels de défense.
Le Tomahawk, victime de son propre succès
Une dépendance coûteuse révélée par la guerre contre l’Iran
La guerre contre l’Iran a exposé au grand jour le problème de la dépendance américaine aux missiles longue portée coûteux comme le Tomahawk, dont l’unité coûte plusieurs millions de dollars et dont la production annuelle reste limitée à quelques centaines d’exemplaires.
Plus de 850 Tomahawks ont été tirés dès le premier mois de ce conflit selon des estimations du Center for Strategic and International Studies, un rythme de consommation que l’industrie ne peut tout simplement pas soutenir dans la durée.
Je refuse que notre puissance de feu dépende d’un stock qui s’épuise plus vite qu’on ne peut le reconstituer.
La Chine observe, et c'est bien le problème
Le Pacifique ne doit jamais être sacrifié au Proche-Orient
Chaque Tomahawk consommé contre l’Iran est un Tomahawk qui manquera potentiellement face à la Chine en cas de crise sur Taïwan. Cette équation stratégique glaçante explique l’urgence du virage vers des armes abordables et produites en masse.
La plus grande menace pour l’Occident n’est pas seulement celle du moment : c’est celle qui observe patiemment nos stocks s’épuiser ailleurs pour mieux frapper quand nous serons affaiblis.
Je le redis sans relâche : Pékin est notre adversaire stratégique numéro un, et chaque décision de défense doit intégrer cette réalité.
Produire plus de cent unités par mois, l'exigence du siècle
Sortir de la logique artisanale de l’armement
Le défi GBAM exige des entreprises candidates une capacité de production existante ou un chemin crédible vers plus de cent systèmes par mois. C’est une rupture complète avec la logique artisanale qui a longtemps caractérisé la production de missiles de haute précision.
Cette bascule vers une industrialisation de masse, empruntée aux méthodes civiles de fabrication additive, est la seule réponse crédible face à des adversaires qui, eux, produisent déjà en série.
Je considère cette industrialisation comme une question de survie stratégique, pas comme un simple choix budgétaire.
L'Iran, la Russie et la Corée du Nord, même logique de menace
Des arsenaux bâtis sur la quantité, pas la qualité
L’Iran, la Russie et la Corée du Nord ont depuis longtemps misé sur la production de masse de drones et de missiles bon marché pour compenser leur retard technologique. L’Occident a trop tardé à répondre sur ce même terrain.
Le RAACM-ER et le programme GBAM constituent enfin une réponse structurée à cette asymétrie, prouvant que nos démocraties peuvent produire vite et bien quand la volonté politique existe réellement.
Je m’insurge contre l’idée que seuls nos adversaires sauraient produire en masse : l’Occident vient de démontrer le contraire.
Un contrat qui doit inspirer l'Europe
Sortir de la dépendance industrielle américaine
Ce succès américain doit servir d’aiguillon pour les capitales européennes, encore trop souvent tentées par des programmes d’armement coûteux, lents et fragmentés entre une douzaine de fabricants nationaux concurrents.
Une coalition industrielle européenne inspirée de ce modèle abordable et rapide renforcerait durablement notre autonomie stratégique, sans attendre chaque fois le bon vouloir de Washington pour équiper nos propres armées.
Je plaide pour que l’Europe cesse d’observer et commence enfin à répliquer ce modèle chez elle, sans délai.
L'Ukraine, laboratoire malgré elle de cette révolution
Un rôle qu’elle n’a jamais demandé mais qu’elle assume avec courage
L’intégration réussie du Rusty Dagger sur les F-16 ukrainiens a servi de vitrine grandeur réelle pour toute la famille ERAM, y compris désormais le RAACM-ER destiné à la Navy. L’Ukraine paie le prix du sang pour valider des technologies qui protégeront demain d’autres nations occidentales.
Cette réalité doit nous rappeler, chaque jour, que notre soutien à Kyiv n’est pas de la charité : c’est un investissement stratégique direct dans notre propre sécurité collective.
Je ne l’oublierai jamais : chaque avancée technologique testée sur le front ukrainien nous protège tous, en Occident.
La production additive, la vraie révolution silencieuse
Des mois plutôt que des années pour innover
CoAspire utilise la fabrication additive pour réduire drastiquement les délais de développement de nouvelles variantes, un processus qui prend traditionnellement des années avec les méthodes industrielles classiques de l’armement.
Cette agilité industrielle permet d’adapter rapidement chaque missile aux besoins spécifiques de chaque théâtre, sans devoir interrompre des lignes de production entières pour chaque modification technique.
Cette vitesse d’adaptation industrielle est précisément ce qui nous manquait cruellement face à des adversaires plus agiles.
Ce que Moscou pense déjà de ces nouvelles armes
Des plaintes qui confirment leur efficacité
La Russie aurait déjà commencé à se plaindre de la précision de ces nouveaux missiles de la famille ERAM, un aveu indirect mais révélateur de leur efficacité opérationnelle réelle sur le terrain.
Quand le Kremlin proteste, c’est généralement le signe que l’Occident a visé juste, et cela seul devrait suffire à balayer les dernières hésitations sur la pertinence de ces investissements.
J’accueille chaque plainte du Kremlin comme une validation involontaire de notre stratégie collective.
Les critiques prévisibles, et pourquoi elles se trompent
Le faux débat du sous-financement
Certains objecteront que 70 millions de dollars ne représentent qu’une goutte d’eau dans les budgets pharaoniques de la défense américaine. C’est vrai, mais c’est précisément la démonstration que la sobriété budgétaire peut coexister avec l’efficacité militaire.
Le vrai risque n’est pas de trop dépenser sur ce programme : c’est de continuer à financer exclusivement des armes hors de prix pendant que nos rivaux inondent le champ de bataille de systèmes bon marché produits par milliers.
Je préfère mille fois un missile abordable produit en masse à un bijou de technologie trop rare pour être utilisé.
Trump, un mal nécessaire dans cette équation industrielle
Quand l’administration fait le bon choix
Sur ce dossier précis, l’administration Trump mérite d’être créditée : pousser l’industrie de défense vers des cycles d’acquisition plus courts et des coûts unitaires maîtrisés va dans le bon sens pour l’ensemble de la coalition occidentale.
Je ne me priverai jamais de critiquer Washington quand cela s’impose, mais je reconnais ici une décision structurellement bonne pour notre sécurité collective à long terme.
Quand Trump prend une bonne décision stratégique pour l’Occident, je le dis sans complexe, aussi rarement que cela arrive.
L'appel à l'action que nous devons porter
Ne pas laisser ce momentum retomber
Il ne suffit pas de saluer ce contrat : il faut exiger sa réplication systématique, dans chaque capitale occidentale, pour chaque catégorie d’armement où la sophistication excessive nous a rendus lents et vulnérables face à des adversaires moins scrupuleux.
Nos dirigeants doivent comprendre que la dissuasion de demain se construit aujourd’hui, dans les chaînes de production, pas seulement dans les discours de sommet ou les communiqués officiels.
J’exhorte chaque décideur occidental à transformer cet exemple isolé en règle générale, sans plus attendre.
Conclusion : la dissuasion se gagne aussi en usine
Un modèle à généraliser sans délai
Le RAACM-ER et le défi GBAM ne sont pas de simples contrats militaires parmi d’autres : ils incarnent la prise de conscience tardive mais réelle d’un Occident qui redécouvre la vertu de la production de masse abordable face à des menaces multiples et convergentes.
Face à la Chine, à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord, notre survie stratégique collective dépendra de notre capacité à produire vite, beaucoup, et à un coût soutenable, sans jamais sacrifier notre unité occidentale.
Je conclus convaincu que cette révolution industrielle discrète vaut plus, pour notre sécurité future, que bien des sommets diplomatiques.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Defence UA — U.S. Navy Picks CoAspire’s 1,800km RAACM-ER Cruise Missile for CHAOS Program
Military Times — Pentagon calls for cheaper long-range strike weapons, with testing in just 3 months
Defense News — Pentagon calls for cheaper long-range strike weapons, with testing in just 3 months
Sources Secondaires :
Inside Defense — Navy taps CoAspire for CHAOS low-cost maritime strike capability
The Washington Post — U.S. uses hundreds of Tomahawk missiles on Iran
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