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ÉDITORIAL : Six ans plus tard, nous sommes encore malades les uns des autres
Crédit: Depositphotos

Les commerces ont rouvert. Les plexiglas ont jauni dans des entrepôts. Les flèches collées sur les planchers se sont décollées. Les masques traînent maintenant au fond des tiroirs avec les vieux reçus, les batteries mortes et les souvenirs qu’on préfère ne pas toucher.

Pourtant, six ans plus tard, quelque chose n’a jamais rouvert.

Nous.

1. La pandémie est terminée, mais la guerre continue

On pensait qu’un jour, quelqu’un annoncerait la fin.

Pas seulement la fin de l’urgence sanitaire. Pas seulement la fin des conférences de presse, des chiffres récités chaque après-midi, des cartes rouges, des files devant les pharmacies et des soupers de famille transformés en interrogatoires politiques.

On pensait qu’un jour, la guerre finirait aussi.

Que les vaccinés cesseraient de regarder les non-vaccinés comme des bombes biologiques sur deux jambes. Que les non-vaccinés cesseraient de regarder les médecins comme des vendeurs de seringues au service d’une multinationale assise quelque part dans une tour de verre.

On pensait que le temps ferait son travail.

Mais le temps n’est pas un médecin.

Il ne referme pas toutes les plaies. Parfois, il se contente de faire pousser de la peau par-dessus le pus.

Six ans plus tard, il reste des familles divisées. Des amis qui ne se parlent plus. Des travailleurs de la santé qui se souviennent des insultes. Des citoyens qui se souviennent d’avoir été exclus, jugés, pointés du doigt ou traités comme des imbéciles parce qu’ils avaient peur.

Et au milieu de tout cela, il reste une question que personne ne veut vraiment regarder en face :

Comment avons-nous réussi à transformer une crise sanitaire en guerre civile émotionnelle?

Nous n’avons pas seulement débattu d’un vaccin.

Nous avons décidé qui était intelligent et qui était stupide. Qui était courageux et qui était lâche. Qui protégeait les autres et qui les mettait en danger. Qui était un citoyen responsable et qui était un traître.

Nous avons cessé de parler de médecine.

Nous avons commencé à juger la valeur morale des êtres humains selon ce qu’ils avaient accepté ou refusé de recevoir dans le bras.

Et ça, aucun communiqué de santé publique ne pourra l’effacer.

2. Il y a eu des morts, même si l’algorithme préfère les doutes

Il existe encore des gens convaincus que la COVID n’a jamais vraiment existé.

Pas qu’elle ait été exagérée. Pas que certaines mesures aient été disproportionnées. Non. Qu’elle n’ait jamais existé.

Comme si les urgences avaient joué au théâtre.

Comme si les médecins avaient répété leurs textes le matin avant d’entrer aux soins intensifs.

Comme si des familles entières, dans des dizaines de pays ennemis les uns des autres, avaient inventé les mêmes enterrements pour faire plaisir à un laboratoire pharmaceutique.

L’Organisation mondiale de la Santé estime que la pandémie a été associée directement ou indirectement à environ 22 millions de décès excédentaires entre 2020 et 2023. Au Canada, des dizaines de milliers de décès ont officiellement été attribués à la COVID, tandis que les analyses de mortalité excédentaire montrent qu’il est impossible de réduire la catastrophe à une simple erreur de formulaire.

On peut contester les méthodes.

On peut questionner les catégories.

On peut demander si une personne est morte de la COVID ou avec la COVID.

C’est une question légitime dans certains dossiers.

Mais lorsque des centaines de milliers de familles vivent la même chose au même moment, sur plusieurs continents, il faut parfois accepter l’explication la moins excitante :

Un virus est apparu.

Il s’est propagé.

Il a tué.

Ce n’est pas une histoire assez spectaculaire pour Facebook. Il n’y a pas de société secrète, pas de sous-sol éclairé en rouge, pas de milliardaire caressant un chat blanc devant une carte du monde.

Seulement un virus, des humains mal préparés et notre éternelle incapacité à reconnaître un danger avant qu’il nous ait déjà sauté à la gorge.

Une opinion peut contester un chiffre.

Elle ne peut pas ressusciter un mort.

3. Le vaccin n’était pas une armure de superhéros

Le plus grand cadeau offert aux adversaires de la vaccination n’est probablement pas venu d’un groupe complotiste.

Il est venu des autorités elles-mêmes.

On a trop promis.

On a parlé trop vite.

On a parfois présenté le vaccin comme une espèce de mur de béton derrière lequel le virus viendrait s’écraser pour toujours.

Puis les gens vaccinés ont attrapé la COVID.

Certains l’ont transmise.

Certains ont été hospitalisés.

Et immédiatement, le verdict est tombé : le vaccin ne fonctionne pas.

C’est ici qu’il faut distinguer la déception de la réalité.

Le vaccin n’a jamais été une cape d’invisibilité biologique. Il n’a jamais rendu immortel. Il n’a jamais promis qu’aucun virus ne franchirait jamais les portes de notre organisme.

Son rôle principal était de préparer le système immunitaire afin de réduire les risques de maladie grave, d’hospitalisation et de décès.

Durant la période dominée par Delta, les données canadiennes montraient que les personnes non vaccinées étaient beaucoup plus susceptibles d’être hospitalisées ou de mourir de la COVID que celles ayant reçu leur série vaccinale primaire. À l’échelle mondiale, une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases a estimé que la vaccination avait évité des millions de décès au cours de sa première année.

Ce sont des estimations.

Pas des versets sacrés.

Pas des chiffres tombés du ciel.

Mais même avec leurs marges d’incertitude, les données racontent une histoire très différente de celle d’une injection inutile.

Le vaccin a protégé beaucoup de monde.

Pas parfaitement.

Pas éternellement.

Pas contre chaque infection.

Mais suffisamment pour empêcher des lits d’hôpital de devenir des lits de mort.

On lui reproche parfois de n’avoir « que » réduit les formes graves.

Comme si éviter une intubation était une petite victoire.

Comme si sortir vivant des soins intensifs n’était qu’un détail dans une note de bas de page.

4. La science n’est pas une église, et les médecins ne sont pas des curés

Être pro-science ne veut pas dire s’agenouiller devant tout ce qui porte une blouse blanche.

La science n’est pas une religion.

Elle n’a pas de pape.

Elle n’exige pas la foi.

Elle exige des preuves, des méthodes, des comparaisons, des erreurs reconnues et des conclusions qui peuvent être corrigées lorsque de nouvelles données apparaissent.

Le problème, c’est qu’en pleine crise, nous voulions des certitudes absolues.

Nous demandions aux scientifiques de prédire l’avenir comme des diseuses de bonne aventure avec un doctorat.

Combien de temps durerait la pandémie?

Le masque fonctionnait-il?

Combien de doses faudrait-il?

Les enfants étaient-ils réellement à risque?

Le virus venait-il d’un animal ou d’un laboratoire?

Les réponses changeaient.

Et chaque changement était interprété comme un mensonge.

Pourtant, une science qui ne change jamais d’avis n’est pas une science.

C’est une doctrine.

Il faut néanmoins le reconnaître : certaines autorités ont parlé avec une assurance qu’elles ne possédaient pas. Elles ont parfois confondu pédagogie et paternalisme. Elles ont dit « faites-nous confiance » alors qu’elles auraient dû dire :

« Voici ce que nous savons. Voici ce que nous ignorons. Voici pourquoi nous croyons que cette décision est la moins mauvaise aujourd’hui. »

Le public aurait peut-être accepté davantage d’incertitude si on ne lui avait pas servi la certitude comme un sirop épais.

Les citoyens ne sont pas des enfants.

Lorsqu’on leur cache le doute, ils finissent par croire qu’on leur cache aussi la vérité.

5. Oui, les vaccins avaient des risques

Il faut le dire clairement.

Pas du bout des lèvres.

Pas caché dans un paragraphe en caractères minuscules.

Les vaccins contre la COVID comportaient des risques.

Des cas rares de myocardite et de péricardite ont été observés, particulièrement chez certains adolescents et jeunes hommes après des vaccins à ARNm. Des troubles de coagulation rares ont également été associés à certains vaccins à vecteur viral.

Des personnes ont réellement souffert.

Certaines se sont senties abandonnées par un système qui leur avait promis de les protéger.

Et lorsqu’elles tentaient de raconter ce qui leur était arrivé, elles ont parfois été regardées comme si leur douleur était une publicité pour l’autre camp.

C’était indigne.

Une personne blessée par un effet indésirable ne devrait jamais devenir un dommage collatéral politique.

Reconnaître ces cas ne signifie pas que la vaccination était une fraude.

Cela signifie qu’aucune intervention médicale n’est entièrement sans danger.

Un antibiotique peut sauver une vie et provoquer une réaction allergique.

Une chirurgie peut retirer une tumeur et entraîner une complication.

Une chimiothérapie peut prolonger l’existence tout en ravageant le corps.

La question médicale n’a jamais été : « Est-ce parfaitement sans risque? »

La question a toujours été : « Quel risque est le plus grand dans cette situation précise? »

Celui du vaccin?

Celui de l’infection?

Celui de ne rien faire?

La médecine ne travaille pas avec des miracles.

Elle travaille avec des probabilités, du sang, des statistiques et des êtres humains qui ne réagissent jamais tous de la même manière.

6. Nous confions pourtant nos enfants à ces mêmes médecins

C’est peut-être le paradoxe le plus difficile à expliquer.

Notre enfant se réveille en criant avec une otite et nous voulons un médecin.

Il respire mal à cause d’une crise d’asthme et nous voulons un médecin.

Une bronchiolite serre sa petite poitrine, sa fièvre grimpe ou une éruption étrange couvre son corps, et tout à coup, le système de santé n’est plus une machine de propagande.

Il devient notre refuge.

Lorsque notre mère découvre une masse dans son sein, nous voulons un médecin.

Lorsque notre père s’effondre avec une douleur dans la poitrine, nous voulons un médecin.

Lorsque notre bras casse, lorsque notre appendice menace d’éclater, lorsque notre esprit devient si sombre que nous craignons de ne pas traverser la nuit, nous voulons un médecin.

Nous lui demandons de regarder à l’intérieur de nous.

De lire nos radiographies.

D’interpréter notre sang.

De retirer une tumeur.

De nous ouvrir le corps, de réparer ce qui est brisé et de nous refermer en espérant que nous nous réveillerons.

Nous lui confions littéralement notre vie.

Mais durant la pandémie, ce même médecin est devenu pour certains un collaborateur, un vendu, un serviteur de l’État, un pantin de l’industrie pharmaceutique.

Comment une personne peut-elle être assez compétente pour retirer un cancer de votre cerveau, mais trop corrompue pour vous parler d’un virus respiratoire?

Évidemment, les médecins peuvent se tromper.

Certains ont été arrogants.

Certains ont appliqué les consignes sans nuance.

Une minorité a peut-être même manqué de jugement.

Mais l’immense majorité n’avait pas reçu de grande enveloppe noire remplie d’instructions secrètes.

Elle essayait de soigner.

Avec des connaissances qui changeaient.

Avec des équipes épuisées.

Avec des patients qui arrivaient plus vite que les réponses.

7. Traiter une infirmière de « collabo » ne rend personne plus libre

Durant cette crise, nous avons vu des professionnels de la santé se faire menacer, suivre, filmer et insulter.

Des manifestations se sont installées près d’établissements où des patients tentaient simplement de recevoir des soins.

Des infirmières ont été traitées comme des gardiennes de prison.

Des pharmaciens comme des trafiquants.

Des médecins comme des criminels en sarrau.

On peut s’opposer à un passeport vaccinal.

On peut juger qu’un couvre-feu était excessif.

On peut croire que certaines obligations ont franchi une ligne morale ou juridique.

Mais insulter celui qui pose un pansement n’abolit pas une loi.

Menacer celle qui administre un vaccin ne renverse pas un gouvernement.

La colère a choisi les visages les plus proches parce que les véritables décideurs étaient plus loin, protégés derrière des pupitres, des ministères et des agents de sécurité.

Une infirmière était accessible.

Un pharmacien aussi.

Alors nous avons déversé sur eux toute notre impuissance.

Comme si la personne au bout du corridor avait elle-même décidé de fermer les restaurants, d’annuler les mariages et de séparer les grands-parents de leurs petits-enfants.

Ce n’était pas du courage.

C’était souvent de la douleur qui cherchait une cible.

Et une douleur qui frappe au hasard finit toujours par ressembler à la violence qu’elle prétend combattre.

8. Les soignants n’étaient pas le gouvernement

Il faut remettre chaque responsabilité à sa place.

Une infirmière n’a pas décidé du couvre-feu.

Un médecin de famille n’a pas fermé les frontières.

Un pharmacien n’a pas créé la PCU.

Un préposé aux bénéficiaires n’a pas imposé le passeport vaccinal.

Les gouvernements prenaient les décisions politiques.

Les médecins formulaient des recommandations cliniques.

Les travailleurs de la santé appliquaient souvent les règles dans un système qu’ils ne contrôlaient pas davantage que nous.

Pourtant, nous avons tout mélangé.

La science.

La politique.

La morale.

La peur.

Le pouvoir.

Nous avons transformé chaque décision gouvernementale en prescription médicale et chaque recommandation médicale en décret autoritaire.

C’est là que le débat s’est empoisonné.

On pouvait croire à l’utilité du vaccin tout en étant contre le couvre-feu.

On pouvait reconnaître la gravité de la COVID tout en jugeant le passeport vaccinal socialement destructeur.

On pouvait soutenir les médecins tout en critiquant François Legault, Justin Trudeau, les directions de santé publique ou les compagnies pharmaceutiques.

Nous avons oublié la nuance parce que la nuance ne se partage pas bien sur les réseaux sociaux.

Elle n’a pas de slogan.

Elle ne tient pas sur une pancarte.

Elle ne donne pas l’impression délicieuse d’être le seul à avoir tout compris pendant que les autres dorment.

9. Le capitalisme ne ferme pas ses magasins pour le plaisir

L’idée qu’une élite économique mondiale aurait organisé une pandémie afin de fermer les commerces mérite qu’on s’y arrête.

Pas pour rire de ceux qui y croient.

Pour examiner la logique.

Le capitalisme veut vendre.

Il veut des avions remplis, des restaurants bondés, des travailleurs à leur poste et des cartes de crédit qui chauffent.

Il ne rêve pas naturellement de vitrines éteintes, d’usines immobilisées, de chaînes d’approvisionnement cassées et de millions de consommateurs enfermés dans leur salon.

Bien sûr, certaines entreprises ont profité de la pandémie.

Les plateformes numériques ont grossi.

Les géants de la livraison ont prospéré.

Les laboratoires pharmaceutiques ont réalisé des profits immenses.

Cela mérite des enquêtes, des contrôles et une saine méfiance.

Mais profiter d’un incendie ne prouve pas qu’on a craqué l’allumette.

Les compagnies de reconstruction gagnent de l’argent après une inondation.

Elles ne commandent pas nécessairement la pluie.

Les gouvernements ont fermé des secteurs parce qu’ils craignaient un effondrement hospitalier.

Certaines fermetures ont pu être trop longues.

Certaines règles étaient absurdes.

Certaines décisions semblaient avoir été écrites par des gens qui n’avaient jamais mis les pieds dans un petit commerce.

Mais l’explication la plus probable n’est pas toujours un plan génial.

Souvent, c’est un gouvernement qui panique, improvise, se contredit et espère que personne ne remarquera qu’il conduit dans le brouillard.

L’humanité n’a jamais eu besoin d’une conspiration pour faire les choses tout croche.

Elle y arrive très bien toute seule.

10. La PCU n’était pas un cadeau de Noël

Lorsque l’économie s’est arrêtée, le gouvernement canadien a envoyé de l’argent directement à des millions de citoyens par l’entremise de la PCU et d’autres programmes.

Ce geste était exceptionnel.

Mais il ne faut pas le transformer en conte de fées.

Le gouvernement n’est pas devenu notre grand-mère.

Il n’a pas glissé un billet dans notre poche en nous disant d’aller nous acheter quelque chose de beau.

Il tentait d’empêcher l’économie de s’effondrer.

Un travailleur sans revenu ne paie plus son loyer.

Un locataire qui ne paie plus son loyer fragilise son propriétaire.

Un consommateur qui ne consomme plus fragilise les commerces.

Un commerce qui ferme congédie ses employés.

Une crise en entraîne une autre, puis une autre, jusqu’à ce que tout le bâtiment craque.

La PCU était un amortisseur.

Imparfait.

Coûteux.

Distribué parfois trop vite.

La vérificatrice générale a d’ailleurs identifié des milliards de dollars versés à des personnes potentiellement inadmissibles ou nécessitant des vérifications supplémentaires.

Il y a eu des abus.

Il y a eu du gaspillage.

Il y a eu des contrôles déficients.

Mais il faut aussi reconnaître l’étrangeté historique de la scène.

Les mêmes institutions accusées depuis toujours de savoir prendre notre argent sans jamais savoir nous le rendre se sont soudainement mises à déposer des milliers de dollars dans des comptes bancaires parce que des citoyens ne pouvaient plus travailler.

Pas par bonté.

Par nécessité.

Mais parfois, la nécessité oblige même les machines les plus froides à agir comme si les humains comptaient.

11. Non, tout n’a pas été bien géré

Il ne faut surtout pas écrire l’histoire de la pandémie comme une publicité gouvernementale.

Le Québec a échappé le ballon.

Et parfois, le ballon est tombé sur des êtres humains.

Les CHSLD ont été frappés avec une brutalité qui devrait encore nous empêcher de dormir.

Des personnes âgées sont mortes isolées.

Des familles ont été tenues à distance.

Des travailleurs ont été envoyés dans des milieux en manque de personnel, de matériel et de préparation.

Le Protecteur du citoyen a documenté des lacunes graves dans la gestion de la première vague.

Des chirurgies ont été retardées.

Des cancers ont été diagnostiqués plus tard.

Des patients ont attendu avec leur douleur pendant que le système concentrait ses forces ailleurs.

Des enfants ont perdu des mois de socialisation.

Des adolescents ont sombré.

Des personnes dépendantes se sont retrouvées seules avec leur produit et leurs démons.

Des entrepreneurs ont vu disparaître en quelques semaines ce qu’ils avaient mis vingt ans à construire.

Ces souffrances sont réelles.

Elles ne doivent pas être balayées sous le tapis au nom de la science.

Mais elles ne prouvent pas que le virus était faux.

Elles prouvent qu’une crise sanitaire peut produire des victimes directes et que les mesures utilisées pour la combattre peuvent elles aussi blesser.

Le véritable débat aurait dû être celui-ci :

Quelle mesure?

Pendant combien de temps?

Pour protéger qui?

À quel prix?

Au lieu de cela, nous avons choisi deux positions aussi confortables que malhonnêtes.

Tout a été parfait.

Ou tout était un complot.

Entre les deux se trouvait la réalité : sale, confuse, contradictoire et pleine de décisions prises trop tard par des humains terrifiés de prendre la mauvaise.

12. Les cinq grandes théories, sans rire de ceux qui y ont cru

Les théories du complot ne naissent pas toujours de la stupidité.

Elles naissent souvent d’une blessure.

D’un gouvernement qui a déjà menti.

D’une compagnie qui a déjà fraudé.

D’un médecin qui n’a pas écouté.

D’un journaliste qui a exagéré.

D’une personne qui a perdu son emploi et qui cherche une explication assez grande pour contenir sa douleur.

Comprendre cela ne signifie pas accepter toutes les conclusions.

« La COVID n’a jamais existé »

Pour que la COVID soit entièrement inventée, il faudrait une coordination presque divine.

Des gouvernements ennemis.

Des laboratoires rivaux.

Des médecins de toutes les langues.

Des registres de mortalité.

Des chercheurs.

Des pompes funèbres.

Des familles.

Des journalistes.

Des assureurs.

Des militaires.

Des milliers d’institutions, dans des pays qui ne réussissent même pas à s’entendre sur le prix du pétrole, auraient réussi à orchestrer le même mensonge pendant des années.

C’est possible d’imaginer un complot.

Mais plus il exige de complices, plus il devient difficile à garder vivant.

La COVID existait.

La question sérieuse n’est pas celle-là.

La question sérieuse concerne l’ampleur exacte du risque, les meilleures réponses et les erreurs commises.

« Le vaccin était inutile puisque les vaccinés attrapaient la COVID »

Une ceinture de sécurité n’empêche pas l’accident.

Un casque n’empêche pas la chute.

Un traitement contre l’hypertension n’empêche pas chaque infarctus.

Une intervention médicale se juge selon la réduction du risque, pas selon sa capacité à abolir la mort.

Les vaccins ont perdu une partie de leur efficacité contre l’infection à mesure que le virus évoluait et que l’immunité diminuait.

C’est vrai.

Mais ils ont conservé une protection importante contre les complications graves, particulièrement chez les personnes vulnérables.

Le problème, encore une fois, fut d’avoir vendu une réduction de risque comme une promesse absolue.

Quand la promesse a cassé, la confiance a cassé avec elle.

« L’ARNm modifie l’ADN ou rend infertile »

L’ARN messager agit comme une instruction temporaire.

Il entre dans certaines cellules, leur montre comment produire une cible immunitaire, puis il est dégradé.

Il ne s’installe pas dans le noyau comme un locataire qui refuse de partir.

Il ne réécrit pas notre génome.

Il n’existe pas de preuve crédible montrant une vague d’infertilité causée par les vaccins à ARNm.

Cela ne veut pas dire que toute inquiétude était ridicule.

Injecter une nouvelle technologie à des millions de personnes a naturellement provoqué des questions.

Mais une question n’est pas une preuve.

Et une vidéo virale n’est pas une étude.

« Les vaccins causent des morts massives et des turbo-cancers »

Le terme « turbo-cancer » frappe fort.

Il fait peur.

Il donne l’impression qu’un monstre biologique a été libéré dans le sang.

Mais ce n’est pas un diagnostic médical reconnu.

Des cancers agressifs existaient avant la pandémie.

Des cancers ont aussi été diagnostiqués plus tard à cause des retards de dépistage et de soins.

Pour montrer que la vaccination provoque une explosion de cancers, il faudrait démontrer que ceux-ci apparaissent plus souvent chez les vaccinés que chez des groupes comparables, en tenant compte de l’âge, du tabagisme, de l’hérédité, des retards médicaux et des autres facteurs.

Une coïncidence temporelle peut être tragique.

Elle n’est pas automatiquement une causalité.

« Les hôpitaux étaient payés pour inventer des cas »

Les hôpitaux ont reçu des fonds pour faire face à la pandémie.

Ils ont dû acheter du matériel, réorganiser des unités, embaucher du personnel, ouvrir des cliniques, réaliser des tests et traiter des patients.

Recevoir de l’argent pour traiter une maladie ne prouve pas que la maladie est fausse.

Un département d’oncologie reçoit de l’argent pour traiter le cancer.

Cela ne signifie pas que les oncologues inventent des tumeurs.

Des fraudes peuvent exister.

Elles doivent être documentées et poursuivies.

Mais accuser l’ensemble d’une profession exige davantage qu’une capture d’écran, une vidéo coupée ou le témoignage anonyme d’une personne qui connaît quelqu’un dont le cousin travaille près d’un hôpital.

La colère mérite une enquête.

Elle ne mérite pas nécessairement une conclusion déjà écrite.

13. Le laboratoire de Wuhan : le doute est permis, le verdict ne l’est pas

L’origine exacte du SARS-CoV-2 n’est pas définitivement réglée.

Il faut avoir l’honnêteté de le dire.

L’hypothèse d’une transmission naturelle depuis l’animal demeure soutenue par plusieurs données et par une partie importante de la communauté scientifique.

L’hypothèse d’un accident lié à un laboratoire demeure également discutée, notamment parce que certaines informations essentielles n’ont jamais été rendues pleinement accessibles.

Mais il faut distinguer trois scénarios.

Un virus naturel transmis à l’être humain.

Un virus naturel ou étudié qui s’échappe accidentellement d’un laboratoire.

Un virus fabriqué puis volontairement libéré comme arme.

Ces scénarios ne sont pas interchangeables.

Même si un accident de laboratoire était un jour démontré, cela ne prouverait pas automatiquement une attaque planifiée.

Les accidents existent.

L’histoire en contient.

En Union soviétique, l’éclosion d’anthrax de Sverdlovsk a longtemps été couverte par le secret avant que la responsabilité d’une installation militaire soit reconnue.

Des infections liées à des laboratoires travaillant sur le SARS ont également été documentées après l’épidémie de 2003.

L’être humain manipule des choses dangereuses.

Il réduit les budgets.

Il cache ses erreurs.

Il laisse une porte entrouverte.

Il oublie un filtre.

Il ment pour sauver sa carrière.

Puis il découvre trop tard qu’un microbe n’en a rien à foutre des frontières, des drapeaux et des communiqués officiels.

Ce scénario est plausible.

Mais plausible ne veut pas dire prouvé.

La méfiance peut ouvrir une enquête.

Elle ne doit pas écrire le verdict avant le procès.

14. La même technologie qui freinait la COVID apprend maintenant à traquer le cancer

Voici le paradoxe qui devrait nous renverser.

La technologie que certains ont décrite comme une expérience inutile est aujourd’hui étudiée pour apprendre au système immunitaire à reconnaître certaines cellules cancéreuses.

Pas à guérir tous les cancers demain matin.

Pas à remplacer la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie d’un claquement de doigts.

Mais à montrer à notre immunité une cible précise et à lui dire :

« Celle-là. Regarde-la bien. Lorsqu’elle revient, attaque-la. »

Les vaccins thérapeutiques anticancer à ARNm existaient comme champ de recherche avant la COVID.

La pandémie ne les a pas inventés.

Mais elle a accéléré la technologie, la production, le financement et l’expérience réglementaire à une échelle que peu auraient imaginée.

Des essais contre certains mélanomes, cancers du pancréas, du rein ou du côlon ont produit des résultats encourageants.

Nous devons rester prudents.

Ce sont encore des traitements expérimentaux.

Mais il faut mesurer l’ironie.

Une technologie méprisée parce qu’elle ne pouvait pas empêcher chaque infection est maintenant étudiée pour aider l’organisme à pourchasser certaines de ses propres cellules devenues folles.

Et malgré cela, la COVID circule encore.

Est-ce la preuve que le vaccin était faible?

Non.

C’est la preuve que le vivant est plus complexe que nos slogans.

Le cancer se cache parce qu’il vient de nous.

Le coronavirus se transforme parce qu’il se reproduit à une échelle gigantesque.

Le premier porte notre visage.

Le second change de masque.

Dans les deux cas, notre système immunitaire doit apprendre à reconnaître un ennemi qui ne se présente jamais poliment à la porte avec son nom écrit sur un badge.

15. Le virus ne pense pas, mais l’évolution travaille pour lui

SARS-CoV-2 n’est pas intelligent.

Il ne nous observe pas.

Il ne tient pas de réunion.

Il ne choisit pas de muter pour contourner un vaccin.

Mais vu de l’extérieur, le résultat ressemble parfois à de l’intelligence.

Chaque fois que le virus se reproduit, des erreurs peuvent apparaître dans sa copie.

La plupart ne servent à rien.

Certaines l’affaiblissent.

Mais une mutation qui lui permet de se transmettre plus facilement ou d’échapper partiellement à une immunité existante peut lui offrir un avantage.

Cette version circule davantage.

Elle remplace les autres.

Ce n’est pas un plan.

C’est la sélection naturelle.

Le virus ne réfléchit pas.

L’évolution travaille pour lui.

Les coronavirus possèdent de grands génomes pour des virus à ARN et un mécanisme particulier de correction d’une partie de leurs erreurs de copie.

Ils peuvent également se recombiner.

Ajoutez à cela des milliards d’infections, des milliards de corps transformés en usines de réplication, et vous obtenez un terrain d’essai biologique presque infini.

Voilà pourquoi une technologie assez puissante pour entraîner l’immunité contre certaines cibles cancéreuses ne fait pas disparaître instantanément un virus respiratoire.

Ce n’est pas une simple bataille entre une seringue et une petite boule avec des pointes.

C’est une guerre de reconnaissance, de mémoire immunitaire, de mutations, de variants, de temps et de probabilités.

Nous voulions un missile.

La science nous a donné un système d’alarme amélioré.

Puis nous lui avons reproché de ne pas avoir empêché tous les voleurs d’entrer.

16. Les complots ont offert une histoire; les institutions ont offert un ordre

Les théories du complot ont gagné du terrain parce qu’elles racontaient une histoire.

Une histoire simple.

Il y avait des méchants.

Un plan.

Une intention.

Une explication totale.

Rien n’était accidentel.

Chaque contradiction confirmait le complot.

Chaque absence de preuve prouvait que les traces avaient été effacées.

Chaque démenti démontrait que le système avait peur.

C’est une histoire impossible à perdre, parce que tout ce qui la contredit devient une preuve supplémentaire.

Les institutions, elles, ont offert des consignes.

Restez chez vous.

Portez un masque.

Faites-vous vacciner.

Ne voyez pas votre famille.

Fermez votre commerce.

Faites-nous confiance.

Elles ont trop rarement offert une histoire humaine capable de contenir la peur, la solitude et l’humiliation.

Elles ont méprisé des personnes qui avaient de vraies questions.

Elles ont parfois traité l’hésitation comme une maladie mentale.

Elles ont utilisé la honte alors qu’il fallait de la pédagogie.

Elles ont laissé les réseaux sociaux accueillir ceux qu’elles avaient chassés de la conversation.

Et les réseaux sociaux ont répondu :

« Nous, nous vous écoutons. Nous savons pourquoi vous souffrez. Nous avons trouvé les coupables. »

C’était parfois faux.

Mais c’était émotionnellement plus satisfaisant qu’un graphique présenté par un fonctionnaire à la voix plate.

La leçon est terrible.

On ne combat pas une histoire avec un ordre.

On la combat avec une histoire plus vraie.

17. Nous ne guérirons pas en exigeant que l’autre camp s’agenouille

Je ne crois pas que nous réussirons à effacer cette fracture.

Certaines blessures sont devenues des identités.

Des personnes vaccinées ne veulent pas reconnaître que certaines mesures ont été injustes, parce qu’elles ont peur que cela donne raison à toutes les théories.

Des personnes opposées à la vaccination ne veulent pas reconnaître que celle-ci a sauvé des vies, parce qu’elles ont peur que cela efface ce qu’elles ont subi.

Alors chacun protège sa moitié de vérité comme un soldat protège son dernier morceau de territoire.

Mais une société ne peut pas vivre éternellement dans deux réalités parallèles.

Il faudra dire la phrase entière.

Le virus était réel.

Il a tué.

Les vaccins ont réduit les risques graves et sauvé des vies.

Ils ont aussi entraîné des effets indésirables rares qu’il fallait reconnaître, traiter et indemniser lorsque le lien était démontré.

Les gouvernements ont dû agir.

Ils ont aussi improvisé, menti parfois par omission, communiqué maladroitement et imposé des mesures dont certaines ont profondément blessé la population.

Les médecins ont essayé de soigner.

Ils ne sont pas infaillibles.

Les personnes qui hésitaient n’étaient pas toutes stupides, égoïstes ou dangereuses.

Certaines avaient peur.

Certaines avaient déjà été trahies par les institutions.

Certaines ont posé de bonnes questions et reçu de mauvaises réponses.

Mais le respect ne consiste pas à dire que toutes les affirmations sont également vraies.

Respecter quelqu’un, c’est croire qu’il est capable d’entendre une vérité complexe.

Nous ne guérirons pas en obligeant les non-vaccinés à demander pardon.

Nous ne guérirons pas davantage en obligeant les soignants à avouer qu’ils participaient à un crime imaginaire.

Nous guérirons peut-être le jour où nous accepterons que la plupart des gens n’étaient ni des héros ni des monstres.

Ils avaient peur.

Ils voulaient protéger leurs enfants.

Ils voulaient garder leur emploi.

Ils voulaient respirer.

Ils voulaient vivre.

Six ans plus tard, la pandémie s’est retirée de nos conversations, mais elle habite encore nos réflexes.

Elle revient chaque fois qu’un médecin parle.

Chaque fois qu’un vaccin est annoncé.

Chaque fois qu’une institution demande notre confiance.

La cicatrice est là.

Dure.

Rouge.

Sensible au moindre contact.

Je ne sais pas si nous arriverons à la faire disparaître.

Mais je sais ceci :

Le mépris ne soigne rien.

La honte ne convainc personne.

Le mensonge n’efface pas la peur.

Et une société qui transforme chaque désaccord en trahison finit par ne plus avoir de citoyens.

Seulement des camps.

Nous devrons donc apprendre à parler autrement.

Défendre la science sans en faire une religion.

Défendre la liberté sans transformer toute responsabilité collective en dictature.

Reconnaître les erreurs sans inventer un grand plan secret derrière chaque décision stupide.

Écouter ceux qui ont été blessés sans laisser leur douleur réécrire les faits.

Et la prochaine fois que nous entrerons dans une urgence avec un enfant fiévreux dans les bras, la prochaine fois qu’un médecin regardera une radiographie en cherchant une tumeur, une fracture ou une ombre inquiétante, il faudra peut-être nous rappeler quelque chose.

Ce médecin n’est pas devenu notre ami parce que nous avions peur.

Il n’était pas devenu notre ennemi pendant la pandémie.

Il était le même être humain.

Imparfait.

Fatigué.

Parfois maladroit.

Mais debout devant nous, avec ce qu’il savait, ce qu’il ignorait et cette vieille promesse impossible que nous exigeons depuis toujours de la médecine :

Fais tout ce que tu peux.

Et essaie de me garder en vie.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

ÉDITORIAL : Six ans plus tard, nous sommes encore malades les uns des autres

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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