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CHRONIQUE : Moins 75 % de grain exporté — la récolte de Serhiy Rybalko est superbe, pourtant elle le ruine
Crédit: Adobe Stock

Neuf tonnes sur dix de blé, de maïs et de tournesol ukrainiens passaient par la mer Noire.

Passaient.

Pour juillet et le début d’août, le relevé de l’administration des ports ukrainiens tient en deux nombres. Plus de soixante-dix attaques contre les infrastructures portuaires, et soixante-deux frappes sur des navires.

Odessa, Tchornomorsk, Pivdennyi, Izmaïl, Mykolaïv : les noms des ports sous attaques soutenues ont été lus à voix haute au Conseil de sécurité de l’ONU, fin juillet.

Avec le reste.

Un cargo céréalier sous pavillon de la Guinée-Bissau, frappé près d’Odessa : dix morts.

Un navire togolais : cinq morts, des blessés.

Des marins qui ne portaient pas d’uniforme, qui ne venaient pas faire la guerre, qui venaient charger du grain.

Alors les armateurs ont fait ce que font les armateurs quand on tire sur leurs équipages.

Ils ont cessé de venir.

Fin juillet, les escales se sont raréfiées.

Depuis le début d’août, plus un seul navire n’est entré dans les ports d’Odessa, constate le ministre ukrainien de l’Agriculture.

Représentez-vous la scène à l’échelle d’un pays : la moisson bat son plein, les silos avalent le blé jour et nuit, et devant, à quai, personne.

Un port sans navires, c’est un aéroport sans ciel.

Odessa tient l’horaire des récoltes, mais la mer ne tient plus le sien.

Le corridor que l’Ukraine avait arraché à la peur en 2023, ce couloir d’eau longeant la Roumanie et la Bulgarie, ce chemin qui avait tenu malgré tout, s’est vidé.

Pas détruit.

Déserté.

On ne coule pas un corridor maritime. On le rend invivable, et il se coule tout seul.

Ce couloir-là n’était d’ailleurs pas tombé du ciel : c’était déjà une victoire arrachée, la deuxième.

Souvenez-vous de l’ordre des choses.

À l’été 2022, un accord négocié par l’ONU et la Turquie rouvre trois ports, avec un couloir balisé de cinq cent soixante-quatorze kilomètres jusqu’au Bosphore.

En juillet 2023, la Russie claque la porte et prévient que tout navire faisant route vers l’Ukraine sera traité en cible militaire potentielle.

Les exportations mensuelles tombent alors à deux millions de tonnes.

Kyiv répond en traçant sa propre route, collée à la côte, dans des eaux trop peu profondes pour les sous-marins russes.

Quelques mois plus tard, il en repartait plus de cinq millions de tonnes par mois.

L’Ukraine avait donc déjà brisé un blocus à mains nues.

Le Kremlin s’en souvient. C’est pour cela qu’on tire désormais sur les marins.

Moscou explique viser des infrastructures militaires, de la logistique, des navires transportant des armes étrangères.

Les marins morts chargeaient du grain.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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