Une majorité capable de presque tout
Le nombre frappe : 140. Le parti Tisza de Péter Magyar a remporté 54 % des voix aux élections du 12 avril, puis 71 % des sièges. Cette majorité des deux tiers lui offre la puissance constitutionnelle dont Orbán s’était servi pour remodeler l’État. En une centaine de jours, le nouveau pouvoir a adopté plus de 25 lois et modifié deux fois la Constitution.
La Hongrie n’est donc pas seulement sortie d’un gouvernement. Elle est entrée dans l’épreuve beaucoup plus dangereuse d’une majorité qui peut défaire presque seule ce que l’ancienne majorité avait fait presque seule. L’outil n’a pas changé de nature en changeant de main. Une majorité constitutionnelle demeure un marteau. La question morale commence avec la cible; la question démocratique, avec la capacité de déposer le marteau.
Le boycott n’est pas une innocence
Mais on ne peut pas davantage répondre à cette hypocrisie par une permission illimitée. Le démocrate se reconnaît précisément au moment où la victoire lui offre les moyens de ne plus l’être. Les 140 voix ont élu un homme respectable. Elles ont aussi révélé une force politique assez grande pour imposer sa volonté. Ce deuxième fait accompagnera chaque geste de Tisza.
Ce qu’Orbán avait puni
Parler quand la loi se déforme
Baka avait été élu président de la Cour suprême en juin 2009 pour un mandat de six ans. Après le retour au pouvoir du Fidesz, il a publiquement critiqué des réformes touchant les tribunaux. Son mandat a pris fin le 31 décembre 2011, bien avant son échéance. La Grande Chambre de la Cour européenne a jugé en 2016 que cette rupture était liée à ses prises de position.
Ce n’était pas seulement le licenciement politique d’un homme. C’était un message adressé à tous les juges : la parole professionnelle peut coûter la fonction, et la Constitution peut être utilisée pour rendre le coup sans appel. La Cour a nommé l’effet dissuasif. C’est ainsi que la capture institutionnelle descend dans les corps : pas toujours par une consigne écrite, souvent par l’exemple d’une carrière brisée.
Le silence produit par l’exemple
Un juge observe ce qui arrive au président de la Cour suprême. Un fonctionnaire voit une institution réorganisée après une critique. Un rédacteur comprend que la ligne du lundi matin descend du ministère. Personne n’a besoin de recevoir la même menace. Le précédent fait le travail. Il transforme la prudence ordinaire en discipline, puis la discipline en culture.
Le vrai pouvoir autoritaire n’ordonne pas chaque silence; il rend le silence raisonnable. Voilà pourquoi l’élection de Baka dépasse sa biographie. Elle retire une leçon de peur de l’espace public. Mais une leçon contraire ne s’impose pas en une cérémonie. Il faudra protéger le prochain magistrat critique même s’il critique Péter Magyar, même si sa parole agace le camp de la restauration.
La justice n’est pas la vengeance
Une phrase qui oblige son auteur
Après son élection, Baka a dit que la nouvelle Hongrie ne pouvait pas être bâtie sur la vengeance. Il n’a pas réclamé l’oubli. Il a demandé que les violations du droit soient mises au jour, que l’usage des fonds publics soit contrôlé et que les soupçons de crimes suivent une procédure où les tribunaux, non la rue ou le pouvoir, établissent la culpabilité.
Cette distinction est le cœur de la transition : enquêter sans fabriquer de coupable, poursuivre sans humilier un électorat, rendre des comptes sans convertir l’État en instrument de revanche. Elle paraît fine seulement à ceux qui confondent la justice avec la mollesse. En réalité, elle exige davantage. La vengeance choisit son verdict d’avance. La justice accepte le risque qu’une preuve manque, qu’un adversaire soit acquitté, qu’un dossier résiste à la colère.
Ne pas blanchir le passé
La retenue n’est pas l’oubli. C’est la force qui consent à la règle. Baka devra incarner cette frontière dans une société où les responsabilités ne sont pas égales, mais où les droits doivent l’être. S’il réussit, la Hongrie ne protégera pas Orbán contre les faits. Elle protégera le pays contre l’idée que les faits appartiennent au vainqueur.
Le piège des outils laissés dans la remise
Démanteler avec les armes de la capture
Le nouveau gouvernement utilise les instruments constitutionnels hérités du Fidesz pour défaire l’emprise du Fidesz. Il a mis fin au mandat du président Tamás Sulyok par amendement constitutionnel. Il a suspendu les nouvelles de la radio et de la télévision publiques. Il a fermé le Bureau de protection de la souveraineté, accusé d’avoir intimidé journalistes et organisations civiles.
Plus la cause paraît juste, plus la méthode doit être regardée. Une démocratie ne devient pas saine parce que ses pouvoirs exceptionnels servent momentanément les bonnes personnes contre les mauvaises structures. Elle devient saine lorsque ces pouvoirs cessent d’être exceptionnels, que les décisions peuvent être contestées, que l’adversaire conserve ses droits et que le gouvernement accepte une défaite devant un tribunal indépendant.
La promesse de s’autolimiter
Tisza promet une nouvelle Constitution dans deux ou trois ans, après une large consultation. Le gouvernement dit vouloir réduire le nombre de matières exigeant une majorité des deux tiers et limiter ses propres pouvoirs. C’est exactement la promesse qu’il faut entendre. C’est aussi celle qu’il faudra mesurer, article par article, lorsque le moment de l’abandon réel arrivera.
Le pouvoir promet facilement de rendre demain ce qu’il juge nécessaire aujourd’hui. Le test ne sera pas la vitesse avec laquelle l’édifice Orbán tombe. Ce sera l’existence d’un calendrier, d’une procédure ouverte, d’institutions capables de dire non au nouveau gouvernement. Le marteau peut être utile pour ouvrir une porte verrouillée. Il ne doit pas devenir le plan de la maison suivante.
Un président cérémoniel, donc essentiel
Peu de pouvoirs, des gestes décisifs
La présidence hongroise est largement honorifique. Cette faiblesse apparente peut tromper. Le chef de l’État peut retourner un texte au Parlement ou le transmettre à la Cour constitutionnelle. Dans un système où la majorité gouvernante détient plus des deux tiers des sièges, ce délai, cette question posée publiquement, ce refus de signer machinalement peuvent devenir des actes de respiration démocratique.
Baka ne peut pas arrêter seul une majorité. Il peut pourtant l’obliger à se voir exercer le pouvoir, à motiver ses décisions et à rencontrer une institution qui n’est pas son prolongement. Il a lui-même affirmé qu’un président ne devait pas signer les lois comme une simple formalité ni garder le silence lorsque le fonctionnement constitutionnel est en jeu. Ces mots deviendront rapidement des obligations.
La crédibilité du premier désaccord
Le moment décisif ne sera peut-être pas une grande crise. Ce pourrait être le premier texte de Tisza que Baka renverra, le premier raccourci qu’il contestera, la première nomination amie qu’il refusera de bénir. La BBC rapporte qu’il s’est déjà opposé à la limitation du nombre de mandats des députés, y voyant une intrusion dans le choix des électeurs.
Un contre-pouvoir devient réel lorsqu’il contrarie ceux qui l’ont installé. Si Baka ne s’oppose qu’aux restes d’Orbán, il sera un symbole de transition. S’il examine avec la même exigence les décisions de Magyar, il deviendra une institution. Toute la différence est là : le symbole regarde vers le passé; l’institution protège aussi contre l’avenir.
Les magistrats regardent plus loin que le palais
Une carrière réhabilitée n’est pas une garantie collective
András Baka retrouve une place d’honneur. Les autres juges ont besoin de davantage qu’un récit de résilience. L’arrêt européen qui porte son nom demeure lié à des obligations concrètes : protéger la liberté d’expression des magistrats, assurer leur inamovibilité et permettre un contrôle judiciaire effectif lorsqu’un président de la Cour suprême est destitué.
La meilleure réparation du cas Baka ne consiste pas à couronner Baka. Elle consiste à rendre impossible qu’un prochain Baka soit chassé par une majorité politique sans recours indépendant. En 2022, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe déplorait encore l’absence de progrès suffisants sur ces garanties. Presque dix ans après l’arrêt de 2016, la célébrité du dossier n’avait pas produit son exécution complète.
L’épreuve du juge qui dérange le nouveau camp
La liberté judiciaire n’appartient pas à une coalition. Elle protège le magistrat qui dénonce une pression du Fidesz et celui qui conteste une loi de Tisza. Elle protège aussi la décision que le public espérait différente. Sans cette symétrie, l’indépendance n’est qu’une préférence politique déguisée en principe.
Le droit ne change pas de couleur avec les bancs du Parlement. Les magistrats hongrois observeront donc moins les hommages rendus au nouveau président que le sort réservé à leurs critiques présentes. Pourront-ils parler des réformes judiciaires sans craindre une carrière bloquée? Pourront-ils contester une destitution? Le palais Sándor ne répondra pas seul. Le Parlement devra écrire la réponse dans la loi.
Les journalistes savent ce qu’un changement de maître peut cacher
Fermer l’usine de propagande
Les nouvelles de la radio et de la télévision publiques ont été interrompues le 9 juillet pendant la réorganisation. Sous Orbán, ces médias étaient décrits comme des organes centraux de propagande; selon le témoignage rapporté par NPR, des orientations éditoriales descendaient chaque lundi du ministère de la Communication. Dans les régions rurales, leur poids est immense.
Couper une machine partisane peut être nécessaire. Mais le service public n’est pas libéré lorsque le signal s’éteint; il l’est lorsqu’il revient avec des règles qui survivent au gouvernement qui les a écrites. Qui nommera les dirigeants? Quel recours possédera un journaliste? Comment seront protégés le pluralisme, les budgets, l’accès de l’opposition et la transparence des décisions?
La liberté se mesure au retour des voix discordantes
Le Fidesz soutient que Tisza pourrait simplement remplacer une propagande par une autre. Cette accusation vient d’un parti qui a profondément dégradé l’indépendance médiatique. Le risque existe et les institutions doivent l’empêcher. Une démocratie ne réfute pas un adversaire en rappelant seulement son hypocrisie. Elle construit une règle qui le protège assez pour qu’il ne puisse plus détruire la règle à son retour.
La désorbanisation des médias ne vaut que si elle interdit aussi leur magyarisation. Les journalistes n’ont pas besoin d’un nouveau centre de vérité. Ils ont besoin de distance, de procédures, de dirigeants révocables pour des raisons connues et de la liberté de déranger. Là encore, le premier reportage embarrassant sur Tisza dira davantage que cent discours sur le pluralisme.
Réconcilier sans égaliser les responsabilités
Une nation divisée à dessein
Dans son discours, Baka a décrit une société opposée à elle-même : Budapest contre la campagne, jeunes contre aînés, croyants contre non-croyants, droite contre gauche, minorités contre majorité. Il a rappelé que des journalistes, des organisations civiles, des étrangers et des citoyens dissidents avaient été visés par des campagnes de haine.
La polarisation n’a pas seulement séparé des opinions. Elle a transformé la différence en soupçon moral, puis le soupçon en permission de traiter l’autre comme un étranger chez lui. Un pays ne sort pas de cette architecture en répétant l’unité. Il en sort lorsque le citoyen battu aux élections garde une place entière, et lorsque le citoyen longtemps humilié obtient justice sans devoir humilier à son tour.
La paix sans mensonge
Baka refuse pourtant de distribuer la responsabilité également. Celui qui a exercé le pouvoir, celui qui l’a servi et celui qui s’est tu n’ont pas porté le même poids. Cette phrase sauve son appel à la réconciliation de la fadeur. La paix civile ne réclame pas que les victimes de l’abus déclarent tout le monde innocent.
Réconcilier n’est pas blanchir. C’est refuser que la vérité devienne une arme héréditaire. La Hongrie devra nommer ce qui a été fait à ses tribunaux, à ses médias, à ses finances publiques. Puis elle devra décider comment vivre avec des millions d’électeurs qui n’acceptent pas le récit de la nouvelle majorité. La démocratie commence souvent dans cet inconfort-là.
La Constitution ne doit plus appartenir au vainqueur
Sortir du texte de camp
Orbán avait fait adopter une nouvelle Constitution après sa victoire de 2010. Le gouvernement Tisza promet maintenant un autre texte. Baka a prévenu qu’une Constitution créée uniquement pour la majorité du moment répéterait l’erreur dont le pays veut effacer les conséquences. Il réclame un vaste débat social, professionnel et politique.
Le contenu comptera, mais la méthode sera déjà une partie du contenu. On ne peut pas écrire la limitation du pouvoir dans une pièce fermée par le pouvoir. Une consultation réelle doit laisser la possibilité d’être surpris, contredit, ralenti. Elle doit donner du temps aux minorités, aux juristes, aux municipalités, aux associations et à l’opposition. Sinon, le mot participation ne sera qu’une décoration.
Écrire des limites qui résistent
Une bonne Constitution est celle que le gagnant accepte de subir. Le pari hongrois tient dans cette phrase. Tisza dispose de la force pour écrire. Aura-t-il la sagesse de partager le crayon et de renoncer à certaines facilités? Baka n’est pas le constituant. Son autorité peut garder la porte ouverte lorsque l’impatience voudra la refermer.
Orbán a perdu, l’orbanisme peut survivre
Un système dépasse son chef
Seize années de pouvoir ne disparaissent pas avec une défaite électorale. Elles laissent des habitudes administratives, des loyautés, des fortunes, des règles taillées sur mesure, une méfiance envers les institutions et une conception du gouvernement comme propriété du camp victorieux. Elles laissent aussi un électorat réel, qui ne s’évapore pas parce que les structures changent de direction.
L’orbanisme n’est pas seulement Viktor Orbán. C’est l’idée que la majorité possède l’État, que la critique trahit la nation et que toute limite indépendante cache un ennemi politique. Cette idée peut survivre dans l’opposition. Elle peut aussi contaminer ceux qui prétendent la combattre, surtout lorsque l’urgence leur offre une justification quotidienne.
Désorbaniser les réflexes
Fermer un bureau, remplacer un président, modifier une loi : ces gestes sont visibles. Défaire un réflexe demande plus longtemps. Il faut que les nominations cessent d’être des récompenses, que les données publiques redeviennent accessibles, que le désaccord ne déclenche pas une enquête administrative, que le tribunal ne calcule pas la réaction du gouvernement.
La transition échouera si elle remplace les fidèles sans abolir la fidélité comme critère. C’est pourquoi Baka est un symbole puissant mais dangereux à adorer. Son histoire peut servir de conscience au nouveau système. Elle ne doit pas servir de certificat automatique. Aucun ancien persécuté n’accorde par sa seule présence l’innocence institutionnelle à ceux qui le nomment.
Le prix humain de l’incertitude
Ceux qui parlent maintenant
Les grands changements constitutionnels se racontent en amendements et en votes. Leur vérité se vérifie ailleurs. Un magistrat décide s’il peut signer une opinion critique. Une journaliste choisit de poursuivre une enquête. Un fonctionnaire refuse une instruction douteuse. Une organisation civile rouvre un dossier qu’elle croyait trop dangereux.
Pour ces personnes, la transition n’est pas une théorie. Elle est une question simple et brutale : le nouvel État me protégera-t-il si ma parole dérange précisément ceux qui viennent de gagner? Nous ne connaissons pas leurs décisions individuelles et nous ne devons pas les inventer. Nous connaissons le mécanisme que la Cour européenne a nommé : la sanction d’un dirigeant judiciaire peut refroidir la parole de tous les autres.
Ceux qui craignent maintenant
À l’inverse, des électeurs du Fidesz regardent les purges annoncées et entendent le mot mafia appliqué aux structures de l’ancien pouvoir. Certains peuvent craindre que leur conviction politique les rende suspects. Baka leur a dit qu’ils ne devraient ni avoir peur, ni se taire, ni se sentir étrangers dans leur propre pays.
Une démocratie réparée protège simultanément le courage des anciens dissidents et la dignité des nouveaux perdants. Elle ne confond pas un électeur avec un responsable, une appartenance avec un crime, une colère avec une preuve. C’est plus lent que la revanche. C’est aussi la seule manière d’empêcher la peur de changer simplement d’adresse.
Le premier non décidera de tout
Quand Baka contrariera Magyar
Le nouveau président a été choisi par Tisza. Il a été porté par une majorité qui veut faire de sa biographie le symbole du pays retrouvé. Cela crée une dette d’apparence, même si Baka ne se sent aucune dette politique. Son indépendance sera jugée lorsqu’il renverra peut-être une loi chère au gouvernement ou défendra une institution que la coalition voudrait réorganiser vite.
Le jour où Baka dira non à Péter Magyar, la Hongrie saura si elle a élu une icône de la victoire ou installé un gardien de la limite. Un tel refus ne prouverait pas automatiquement que le président a raison sur le fond. Il prouverait quelque chose de plus élémentaire : le désaccord institutionnel n’est plus traité comme une trahison.
Quand Magyar acceptera ce non
La réponse du premier ministre comptera autant que le geste présidentiel. Acceptera-t-il le délai, l’examen de la Cour, la critique publique? Ou décrira-t-il le contre-pouvoir comme un obstacle à la purification nécessaire? Toutes les transitions possèdent un moment où l’argument de l’urgence rencontre une limite.
Ce n’est pas le premier non qui fait la démocratie. C’est la manière dont le pouvoir l’entend. Orbán avait construit un système où la contradiction devait être neutralisée. Magyar prétend en sortir. Le test sera moins spectaculaire que la victoire électorale : perdre une bataille juridique, remercier l’institution, corriger le texte, continuer de gouverner.
Le palais ne réparera pas le pays à lui seul
Une présidence comme vigie
Baka a dit que l’État n’existe pas pour lui-même, mais pour le peuple. Il souhaite aussi que la présidence ne reste pas enfermée entre les murs du palais Sándor et qu’elle rende visibles les groupes dont la voix porte moins. Cette conception convient à une fonction qui possède peu de leviers exécutifs, mais une forte capacité de désigner ce qui compte.
Une vigie ne gouverne pas le navire. Elle voit l’écueil, refuse le brouillard officiel et oblige l’équipage à regarder au même endroit. Baka peut employer la parole présidentielle pour défendre un juge isolé, un journaliste attaqué, une minorité transformée en cible. Il devra le faire sans inventer une unité artificielle ni s’approprier le rôle des tribunaux.
Le pays des procédures ordinaires
La réussite véritable sera moins poétique. Elle arrivera lorsque la protection d’un magistrat ne dépendra plus de l’attention du président; lorsque la radio publique pourra enquêter sans courage héroïque; lorsqu’un responsable accusé pourra répondre devant une cour crédible; lorsqu’une alternance ne déclenchera pas la démolition complète de l’État.
La démocratie devient solide quand ses gestes les plus importants cessent d’être extraordinaires. L’élection de Baka est extraordinaire parce que la blessure l’était. Elle aura servi si la prochaine génération n’a plus besoin d’un retour aussi romanesque pour croire que le droit peut survivre à celui qui voulait le plier.
Le juge revenu doit empêcher le prochain exil
La boucle n’est pas fermée
Le 11 août, 140 voix ont ramené András Baka au sommet de l’État. Le 19 août, il a pris ses fonctions. Entre ces deux dates, une Constitution a fait ce que la Constitution précédente avait autrefois permis de défaire. C’est toute l’ambiguïté hongroise : la réparation emprunte encore les voies d’un ordre que la nouvelle majorité juge capturé.
Nous pouvons célébrer l’homme sans absoudre le mécanisme. Nous pouvons saluer la chute d’un système illibéral sans donner à ses vainqueurs le droit d’en reproduire les réflexes. Ce double regard n’est pas de la tiédeur. C’est la seule fidélité possible à Baka lui-même, au juge qui avait payé pour avoir rappelé que le pouvoir devait rencontrer une limite.
140, une dernière fois
Cent quarante voix. Elles sonnent aujourd’hui comme une revanche de l’histoire. Demain, elles pourront devenir la masse confortable d’une nouvelle domination si les promesses d’autolimitation s’évaporent. Le chiffre ne changera pas. Sa signification, oui. Tout dépendra des recours créés, des médias rendus libres, des nominations dépolitisées, des lois que le président acceptera ou refusera de signer.
Le juge qu’Orbán avait voulu faire taire est devenu président. Sa victoire sera complète le jour où aucun pouvoir, pas même le pouvoir de ses alliés, ne pourra refaire à un autre ce qu’on lui a fait. La Hongrie vient de rendre un visage à sa conscience. Aura-t-elle maintenant le courage de donner des dents à ses règles?
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Cour européenne des droits de l’homme, arrêt Baka c. Hongrie, 23 juin 2016
Associated Press, élection d’András Baka et transition post-Orbán, 11 août 2026
BBC News, András Baka élu président de la Hongrie, 11 août 2026
Sources Secondaires :
Palais Sándor, discours d’András Baka après son élection, 11 août 2026
Palais Sándor, entrée en fonction d’András Baka, 19 août 2026
NPR, transformation politique de la Hongrie après Orbán, 16 août 2026
Verfassungsblog, exécution de l’arrêt Baka et indépendance judiciaire, 8 mai 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.