La ville de Lyman a été libérée par les Ukrainiens le 1er octobre 2022. Elle est devenue depuis un symbole. Un point sur la carte que Moscou refuse d’oublier. Et depuis, tous les six mois environ, un porte-parole russe, un blogueur militaire ou une agence d’État annonce que Lyman est « encerclée », « prise à moitié », « en cours de nettoyage ». Puis rien. Puis on recommence.
« Half of Lyman », dit Moscou. « No evidence », répond l’ISW
Le 11 août 2026, une source proche du Russian Western Grouping of Forces a affirmé que les forces russes avaient saisi approximativement la moitié de Lyman et que les combats se poursuivaient dans le reste. La réponse de l’Institute for the Study of War a été aussi nette qu’une lame : « ISW has not observed evidence of a Russian presence in Lyman ». Aucune preuve. Pas de vidéo géolocalisée. Pas de position confirmée. Rien. Le ministère russe de la Défense a continué à parler de « clearing Lyman ». L’ISW a continué à ne rien voir.
Drobysheve, Shchurove, Yarova : les faubourgs comme cimetière lent
Le vrai combat, c’est autour. À Drobysheve, au nord-ouest de Lyman, les Ukrainiens tiennent les approches selon les sources russes elles-mêmes citées par l’ISW le 4 août 2026. À Shchurove, juste à l’ouest, les VKS russes frappent aux bombes planantes. À Yarova, au nord de Sloviansk, le terrain reste une « gray zone » contestée. C’est là que se paie la facture. Pas dans une manœuvre décisive. Dans un grignotage de villages dont personne, à Paris ou à Montréal, ne connaît le nom.
Sloviansk, la vraie cible depuis 2022
Lyman n’est pas l’objectif. Lyman est une porte. La cible est Sloviansk, et derrière Sloviansk, Kramatorsk, et derrière Kramatorsk, ce que l’ISW appelle depuis des mois la « Fortress Belt » — la ceinture fortifiée qui protège la dernière grande zone urbaine sous contrôle ukrainien dans l’oblast de Donetsk. Prendre Sloviansk et Kramatorsk, ce serait pour Moscou justifier quatre ans de bain de sang. C’est ce qui explique l’obsession.
Kramatorsk, capitale administrative de la ligne de front
Kramatorsk n’est pas une ville comme les autres. C’est là que siège l’administration militaire de l’oblast de Donetsk depuis 2014, quand Sloviansk et Kramatorsk ont été reprises par les forces ukrainiennes au terme de combats qui ont annoncé toute la guerre suivante. Symboliquement, prendre Kramatorsk pour Moscou, ce serait effacer la première défaite russe du Donbass. Militairement, ce serait ouvrir une porte vers Dnipropetrovsk et l’ouest ukrainien. C’est pour ça que la ceinture tient. C’est pour ça qu’elle est fortifiée depuis douze ans. C’est pour ça qu’elle ne cède pas.
La campagne BAI : ramollir avant d’assaillir
Depuis le début d’août 2026, l’ISW documente ce qu’elle nomme la campagne russe de Battlefield Air Interdiction, la BAI. Le rapport du 3 août 2026 est clair : les forces russes intensifient les frappes de drones et de bombes planantes contre Sloviansk et Kramatorsk pour « shape the battlefield ahead of planned Russian offensive operations ». On coupe les routes. On frappe les véhicules. On rend la vie impossible. Puis, plus tard, on lance l’infanterie. C’est la méthode. Elle est vieille. Elle est lente. Elle coûte cher.
Drones fibre optique et Molniya, le nouveau visage du BAI russe
Le porte-parole d’une brigade ukrainienne opérant dans la direction de Kramatorsk, cité par l’ISW le 12 août 2026, a précisé la nature de l’arsenal russe. Il évoque des drones Molniya, des drones à fibre optique immunisés contre le brouillage électronique, employés pour frapper les « ground lines of communication » que les véhicules militaires et les UGV ukrainiens empruntent. Ce n’est pas la percée. C’est l’étranglement logistique. Et c’est exactement ce que Poutine avait tenté à Bakhmut, à Avdiivka, à Vuhledar. Chaque fois, avec le même prix. Chaque fois, sans certitude sur le résultat.
Mykolaivka, Pyskunivka, Rai-Oleksandrivka : les trois noms d’août
Le rapport ISW du 23 août 2026 est encore plus précis. Kostyantyn Mashovets rapporte que les unités russes avancent dans plusieurs zones tactiques simultanément à l’est de Sloviansk. Les forces russes ont atteint les faubourgs sud-est de Pyskunivka. Elles cherchent à s’infiltrer dans Mykolaivka, à l’est de Sloviansk — un objectif tactique qui, s’il est atteint, permettrait selon l’ISW « more favorable positions from which to launch assaults towards Slovyansk and the wider Fortress Belt ». À Rai-Oleksandrivka, au sud-est, les Ukrainiens tiennent leurs positions malgré les revendications russes contraires.
« Ne pas avancer rapidement à travers ces villes »
Le verdict ISW se répète depuis des semaines, avec la précision d’un métronome. Le 3 août. Le 9 août. Le 11 août. Le 23 août. Chaque fois, la même phrase, ou presque : « Russian forces remain unlikely to advance quickly to or through these cities in the near term ». Autrement dit : le porte-parole ukrainien a raison. Prévisible. Un enfermement dans une théorie de la victoire qui ne produit plus de victoire.
Un été qui répète 2022, mais depuis une position plus faible
En juin 2026, l’ISW notait déjà que Moscou tentait d’encercler Lyman en utilisant la même approche qu’en 2022. Et la conclusion frappait fort : la ligne de front de 2026 est « significantly less favorable for Russia than it was four years ago ». En 2022, la Russie tenait la surprise, la masse et l’initiative. En 2026, elle tient une doctrine et un cimetière. Le commandement russe, dit l’ISW, « has not learned from its previous failures ». Il continue à poursuivre des objectifs irréalistes malgré la dégradation des capacités de combat de l’armée russe en 2026.
Le mythe du « front qui recule » et son démontage
Il y a un récit, en France, en Amérique du Nord, dans certains commentaires en ligne. Il dit que « la ligne recule », que « l’Ukraine perd du terrain », que « Poutine avance ». Il y a un fond de vrai. Il y a des villages perdus. Il y a des kilomètres cédés. Il y a Pokrovsk et Dobropillya en danger. Mais il faut regarder où, combien, et à quel prix — sinon on offre à Moscou la victoire narrative qu’elle n’obtient pas sur le terrain.
Pokrovsk et Dobropillya : oui, une pression réelle
Le 7 août 2026, l’ISW rapportait que Vladimir Poutine avait eu une conversation téléphonique avec le commandant d’une division aéroportée russe, la 76th Guards VDV, et que le Kremlin avait publié la transcription. Signal clair : les forces russes concentrent leur pression sur les axes Pokrovsk et Dobropillya, avec l’intention « of encircling Ukraine’s Fortress Belt from the southwest ». Ce n’est pas de la propagande occidentale. C’est le Kremlin lui-même qui l’expose. Là, la menace est sérieuse.
Sloviansk et Kramatorsk : le mur qui ne cède pas
Mais sur l’axe Lyman-Sloviansk-Kramatorsk — celui dont parle Tregubov ce matin — la ligne ne bouge pas de plusieurs kilomètres par semaine. Elle bouge de quelques centaines de mètres, dans des faubourgs de villages, avec des drones, avec de l’infanterie en petits groupes. Le 21 août 2026, l’ISW notait : « Neither Russian nor Ukrainian forces made confirmed advances ». Neutre. Sec. Pas d’avancée confirmée. Ni d’un côté ni de l’autre.
La géographie qui explique la résistance
Il y a une raison matérielle à cet enlisement. La Fortress Belt — Kramatorsk, Sloviansk, Kostyantynivka, Druzhkivka — a été fortifiée par l’Ukraine depuis 2014. Douze ans de tranchées, de casemates, de nœuds urbains organisés en défense en profondeur. C’est ce que Poutine avait sous-estimé en 2022. C’est ce qu’il n’arrive toujours pas à saisir en 2026. On ne prend pas Sloviansk comme on prend un village de la steppe. Il faut des semaines pour un faubourg. Des mois pour un quartier. Et pendant ce temps, les brigades ukrainiennes tournent, se reposent, remontent en ligne.
209 combats en 24 heures, et pourtant zéro percée
Dans son intervention télévisée, Viktor Tregubov mentionne un chiffre. 209 combats enregistrés sur le front. Deux cent neuf. C’est le rythme quotidien de cette guerre. C’est ce que l’état-major ukrainien annonce presque chaque jour, à quelques dizaines près. Et pourtant, à la fin de la journée, la carte ne bouge pas. C’est le paradoxe qu’il faut porter au visage de ceux qui parlent de « négociation » ou de « gel » depuis un salon parisien ou une réunion à Palm Beach.
Ce que 209 combats en un jour coûtent, en langue russe
La source ne donne pas de chiffre de pertes russes dans cette intervention précise. Il faut le dire. Tregubov ne l’a pas dit. Mais l’ordre de grandeur, sur les fronts de Donetsk-Est, est documenté depuis des mois par l’ISW et par les briefings quotidiens de l’état-major ukrainien : centaines de tués et blessés russes chaque jour, sur des gains territoriaux qui se comptent en dizaines d’hectares dans les bonnes semaines. La formule est cruelle, mais elle est vraie : c’est un moulin à broyer l’infanterie russe pour préserver l’obsession d’un homme.
La comparaison avec Lyman 2022, sans triomphalisme
En 2022, l’Ukraine reprenait Lyman en quelques semaines pendant la contre-offensive de Kharkiv-Donbass. En 2026, la Russie n’arrive pas à reprendre Lyman en une année entière. La comparaison ne dit pas que l’Ukraine gagne facilement. Elle dit que la Russie, malgré l’ampleur de ses moyens, malgré la mobilisation, malgré les Coréens du Nord, malgré les drones iraniens, malgré tout, ne casse pas cette ligne-là. Et ce fait matériel compte plus que dix éditoriaux.
Kupiansk et l'Oskil : le deuxième front oublié
Tregubov mentionne aussi Kupiansk. C’est important. Ça veut dire que la pression russe ne se limite pas au sud-est de sa zone de responsabilité. Sur la rive orientale de l’Oskil, l’activité russe reste « constantly high ». Les forces russes tentent depuis longtemps de percer en direction de Kupiansk-Vuzlovyi. Elles deviennent parfois actives sur la rive occidentale de l’Oskil. Elles tentent, dit Tregubov, de s’infiltrer directement dans Kupiansk.
Bilyi Kolodiaz, Vovchansk : la Slobozhanshchyna méridionale
Le porte-parole nomme aussi le secteur de Southern Slobozhanshchyna. Là, l’ennemi cherche à établir un foothold près de la frontière ukrainienne, à pousser vers le sud en direction de Bilyi Kolodiaz, à tenter d’avancer vers Vovchansk. Vovchansk. Le nom résonne. Une petite ville rayée de la carte par les combats de l’été 2024, où les Russes avaient tenté une offensive de diversion depuis leur propre territoire. Deux ans plus tard, ils y reviennent.
Deux fronts nord et est, une même logique de saignée
Ce que dit Tregubov, sans jamais utiliser le mot, c’est que la Russie n’a plus de « schwerpunkt ». Plus de point d’effort principal qui déciderait la campagne. Elle attaque partout à la fois, avec des forces distribuées, dans l’espoir qu’un des axes finisse par céder. C’est la doctrine de l’usure. Elle marche parfois. À Pokrovsk. Peut-être. Elle ne marche pas ici. Pas encore. Pas devant Sloviansk.
Poutine et le Donbass : une obsession qui a mangé une armée
Il faut nommer les choses. Il faut nommer Vladimir Poutine. Parce que sans lui, il n’y a pas cette guerre. Sans lui, il n’y a pas ce front figé sur Lyman depuis 2022. Sans lui, il n’y a pas 209 combats en 24 heures pour rien. Sans lui, il n’y a pas d’infanterie russe envoyée par vagues dans des faubourgs de villages ukrainiens dont les noms sonnent comme des noms de village russes, parce que ce sont, à l’origine, les mêmes terres — et c’est précisément ça qui rend l’obsession insupportable.
Le Donbass promis en trois semaines, non tenu en trois ans et demi
Poutine a promis. En 2022, il a promis le Donbass rapide. En 2023, le Donbass au printemps. En 2024, le Donbass à l’automne. En 2025, le Donbass avant l’hiver. En 2026, on est fin août, et il tient encore Lyman comme un slogan qu’il ne prend pas. C’est l’histoire d’un régime qui ment à son peuple, qui ment à son état-major, et qui finit par mentir à ses propres cartes.
Pourquoi les MAGA qui rêvent d’un « deal » ne lisent pas les cartes
Il y a une école, à Washington, à Mar-a-Lago, dans certaines soirées à Palm Beach, qui pense qu’il faut « geler » la ligne. Prendre acte. Négocier. Cette école-là ne lit pas les cartes. Elle regarde les manchettes. Elle voit Pokrovsk et elle conclut. Elle ne voit pas Lyman qui tient. Elle ne voit pas Sloviansk qui résiste. Elle ne voit pas Kupiansk qui n’est pas tombée. Le « deal » qu’elle propose, c’est de figer une guerre que Poutine perd matériellement, pour lui offrir la victoire narrative qu’il ne gagne pas sur le champ.
Ce que Trump doit voir dans cette ligne qui ne cède pas
Il faut le dire clairement, parce que la ligne éditoriale ici ne se cache pas. On soutient Trump quand il livre, on le critique quand il flanche. Sur l’Ukraine, il flanche à chaque fois qu’il évoque un accord qui laisse Poutine tenir Lyman comme un trophée sans l’avoir pris. La vérité militaire, celle des rapports ISW et des mots de Tregubov, dit exactement le contraire de ce que Poutine murmure à Trump dans les coulisses. La Russie ne gagne pas cette portion du front. Elle s’y saigne.
Un président qui aime les gagnants devrait voir l’échec russe
Donald Trump aime les gagnants. C’est son ADN. Il devrait, logiquement, voir que Poutine n’en est pas un ici. Sur l’axe Lyman-Sloviansk, la Russie perd. Pas en cédant du terrain. En n’en gagnant pas, malgré tout ce qu’elle jette dans la balance. C’est ça qu’un négociateur américain sérieux devrait porter à la table : « Vous n’avez pas Lyman. Vous ne prendrez pas Sloviansk. Alors on discute à partir de là. » Pas à partir de la carte que Moscou dessine.
La leçon de Tregubov, en trois mots
Le porte-parole du Joint Forces Grouping l’a dit d’une phrase, et je la reprends telle qu’elle est. « Quite predictable. » Prévisible. Trois mots qui contiennent toute la doctrine ukrainienne actuelle : on ne se laisse pas surprendre, on ne panique pas, on tient. Trois mots qui contiennent toute l’impasse russe : Poutine refait ce qu’il a raté hier, en pensant que ça marchera demain. Ça ne marche pas.
Kharkiv 2022, Donetsk 2026 : la Russie n'apprend rien
Il y a une constante depuis quatre ans, et elle est terrible pour ceux qui la subissent. L’armée russe ne tire pas les leçons de ses défaites. Elle refait la même chose ailleurs. Kharkiv 2022 avait été un désastre. Le retrait avait été précipité, panique, matériel abandonné. Le commandement russe avait été humilié devant le monde entier. La leçon aurait dû être claire : ne pas s’étirer, ne pas sous-estimer, ne pas répéter.
Bakhmut, Avdiivka, Vuhledar : la doctrine de la percée par la morgue
Ce qui s’est passé ensuite est documenté. Bakhmut a été prise en 2023, au prix de dizaines de milliers de vies russes, pour un village de 70 000 habitants transformé en ruines. Avdiivka a été prise en 2024, au prix comparable, pour une ville coupée en deux. Vuhledar a été prise en 2024, après deux ans d’échecs répétés sur les mêmes axes. Chaque fois, le même schéma : vagues d’infanterie envoyées contre des positions préparées, jusqu’à ce que la position tombe ou que la défense se replie faute de munitions. Chaque fois, l’ISW documentait le même refrain : commandement rigide, apprentissage nul, sacrifice massif.
Lyman aujourd’hui : la même méthode, sans le même terrain
Aujourd’hui, à Lyman, à Sloviansk, la méthode revient. Sauf que le terrain a changé. La Fortress Belt n’est pas Bakhmut. Sloviansk n’est pas Vuhledar. Kramatorsk n’est pas Avdiivka. Ce sont des villes plus grandes, mieux fortifiées, mieux défendues, mieux ravitaillées. Poutine tente une percée avec des unités épuisées contre les défenses les plus dures du pays. C’est ce que l’ISW appelle avec retenue « unlikely to advance quickly ». En français ordinaire, ça se dit autrement : Poutine s’y casse les dents.
La 3rd Combined Arms Army, moteur usé de l'offensive russe
Il y a une unité qui revient dans les rapports ISW d’août 2026 comme un refrain. La 3rd Combined Arms Army du district militaire Sud. C’est elle qui pilote la pression à l’est de Sloviansk. C’est son commandement qui, selon Mashovets, réinjecte l’infanterie d’assaut dès qu’une infiltration réussit. C’est elle qui saigne pour chaque hectare de Pyskunivka.
Une armée reconstituée après 2022, envoyée usée en 2026
La 3rd Combined Arms Army avait été presque détruite en 2022 lors de la débâcle russe à Kharkiv. Reconstituée à la hâte, remplie de mobilisés, renforcée par des recrues des républiques séparatistes, elle porte aujourd’hui le poids d’un axe entier. Poutine l’envoie contre les fortifications les plus dures d’Ukraine, celles bâties depuis douze ans. C’est envoyer une armée reconstruite contre un mur préparé. Et c’est ce qu’un chef d’État soi-disant stratège inflige à son propre outil militaire, pour tenir une promesse qu’il n’aurait jamais dû faire.
Ce que ça dit du reste de l’appareil russe
Quand l’unité principale d’un axe majeur avance de quelques centaines de mètres par semaine, avec des pertes lourdes, dans une zone où l’ISW ne constate « no confirmed advances » plusieurs jours d’affilée, il faut se demander ce que ça révèle du reste. La réponse est simple : l’armée russe n’a plus les moyens de sa doctrine offensive. Elle n’a plus les cadres. Elle n’a plus la formation. Elle n’a plus l’endurance logistique. Elle a la masse et l’ordre de mourir. Ce n’est pas la même chose qu’une armée qui gagne.
Ce que « prévisible » veut dire pour Kyiv, pour Kramatorsk, pour l'OTAN
« Prévisible » n’est pas « maîtrisé ». « Prévisible » ne veut pas dire « gagné ». Ça veut dire qu’on connaît la doctrine adverse, qu’on connaît les axes probables, qu’on peut se préparer. Pour Kyiv, c’est un avantage tactique. Pour Kramatorsk, c’est une raison d’ordonner l’évacuation des civils qui n’ont pas encore quitté. Pour l’OTAN, c’est une donnée à intégrer.
La responsabilité européenne dans un front qui tient
Si cette ligne tient, ce n’est pas seulement parce que les Ukrainiens sont braves. C’est aussi parce que les obus tchèques, les drones allemands, les missiles français, les Patriot américains arrivent — parfois en retard, parfois insuffisamment, mais ils arrivent. Chaque promesse européenne non tenue est un village de plus qui tombe. Chaque promesse tenue est un faubourg de Sloviansk qui reste sous drapeau ukrainien.
La responsabilité américaine qui pèse plus lourd
Il faut aussi le dire, parce que c’est une position PRO_TRUMP_CRITICAL assumée. Chaque semaine où l’administration Trump traîne sur l’autorisation d’un système de long-range, chaque hésitation sur les ATACMS, chaque flottement sur les autorisations de frappe en profondeur, c’est un poids qui manque du côté ukrainien sur la balance. Et c’est un poids que Poutine mesure en temps réel. La fermeté américaine n’est pas une faveur faite à Kyiv. C’est le coût d’une doctrine occidentale qui refuse le fait accompli russe.
La carte que personne ne regarde vraiment
Prenons une carte. Vraie. Celle de DeepState, celle de l’ISW, celle des rapports quotidiens de l’état-major. Cherchons Lyman. Regardons autour. Cherchons Sloviansk. Regardons vers Kramatorsk. Cherchons Kupiansk. Regardons l’Oskil. C’est un labyrinthe de villages, de haies, de forêts, de terrains marécageux, de routes défoncées. Ce n’est pas un théâtre de manœuvre napoléonien. C’est une guerre d’attrition en terrain difficile.
Ce que les Français et les Québécois ne voient pas
Dans un salon de Montréal, la guerre d’Ukraine, c’est un titre qui défile. Dans un studio parisien, c’est un plateau de spécialistes. Personne ne connaît vraiment Rai-Oleksandrivka. Personne ne sait où est Pyskunivka. Et pourtant, c’est là que se joue quelque chose de très concret : la capacité d’un régime autocratique à imposer sa volonté par la force, ou son incapacité à le faire. Sloviansk qui tient, c’est une leçon pour Taïwan. Lyman qui n’est pas prise, c’est une leçon pour l’OTAN.
Ce que les Ukrainiens paient pour cette leçon
Il faut le dire aussi. Cette ligne qui tient, elle est tenue par des hommes et des femmes qui meurent chaque jour. Le porte-parole ne donne pas le chiffre ukrainien. La source ne le dit pas. Mais on sait, par les briefings quotidiens et par les publications régulières, que les pertes ukrainiennes sur ces axes sont réelles, cruelles, et qu’elles se comptent aussi. La victoire narrative « ça tient » se paie en vies ukrainiennes que Poutine ne compte pas, parce qu’il n’a jamais compté les siennes.
Ce que dit une chronologie de trois semaines sur cet axe
Prenons les rapports quotidiens de l’ISW sur trois semaines, du 3 au 23 août 2026. On voit passer les mêmes mots : shape, infiltration, no confirmed advance, unlikely to advance quickly. On voit passer les mêmes noms de villages : Drobysheve, Shchurove, Yarova, Rai-Oleksandrivka, Pyskunivka, Mykolaivka. On voit passer les mêmes conclusions : le commandement russe répète ses erreurs, la ligne ukrainienne tient, la percée ne vient pas.
Trois semaines, zéro percée majeure
Vingt et un jours. Vingt et un rapports. Des dizaines de faubourgs mentionnés, des attaques enregistrées chaque jour par centaines. À la fin de la période, sur cet axe précis Lyman-Sloviansk, la carte de contrôle territorial est presque identique à celle du début. Quelques centaines de mètres perdus ici, quelques regagnés là. Pas de rupture. Pas d’effondrement. Pas de course vers Kramatorsk. La conclusion s’écrit d’elle-même : cet axe n’est pas en train de tomber. Il est en train de résister.
Ce que ça dit pour les six mois qui viennent
Si trois semaines de pression maximale russe ne produisent pas de percée, six mois de la même pression n’en produiront probablement pas non plus. C’est la logique froide des rapports. Le grand pari russe pour l’automne 2026, celui qui devait faire tomber la Fortress Belt avant l’hiver, est déjà en train de s’affaisser dans les rapports d’août. Poutine peut prolonger. Il peut envoyer encore. Il peut brûler encore une génération d’infanterie. Mais la ligne restera là où elle est, sauf catastrophe logistique du côté ukrainien.
La question qu'on ne pose pas assez
Alors on doit la poser. Combien de temps encore ? Combien de saisons encore, à voir Lyman revenir dans les briefings ? Combien d’infanterie russe encore, à mourir dans les faubourgs de villages qui ne changent pas de main ? Combien de rapports ISW encore, à écrire la même conclusion — « Russian forces remain unlikely to advance quickly » ? Ce n’est pas une question rhétorique. C’est la question que les capitales occidentales doivent se poser, parce qu’elle décide de la durée. Et la durée, ici, ce sont des vies. De part et d’autre.
Le pari de Poutine, et pourquoi il perd même quand la carte ne bouge pas
Poutine parie sur l’usure occidentale. Il parie sur la fatigue de Bruxelles, sur les hésitations de Washington, sur les élections à venir un peu partout. Il ne parie plus sur une victoire militaire rapide. Il l’a compris. Ce qu’il joue, c’est la montre. Le problème pour lui, c’est que l’ISW documente aussi son propre affaissement matériel. Chaque mois qui passe, il perd un peu plus de sa capacité offensive. Chaque mois qui passe sans percée à Lyman, sans percée à Sloviansk, sans effondrement du Fortress Belt, c’est un mois où son propre pari s’affaiblit.
Ce que Tregubov ne dit pas, et qu’il faut dire à sa place
Le porte-parole du Joint Forces Grouping ne parle pas de politique. Ce n’est pas son rôle. Il donne un point de situation militaire, il choisit un adjectif — « predictable » —, il repose ses mains sur la table du plateau. Mais derrière son économie de mots, il y a ce qu’il ne dira pas : l’Ukraine, ici, ne perd pas. Elle tient un axe que Moscou promettait de prendre en trois semaines en 2022. Elle le tient depuis plus de mille trois cents jours. Et si l’Occident refuse de voir ça, personne d’autre ne le verra à sa place.
Ce front n’attend pas nos hésitations.
Combien de rapports ISW encore avant qu’on cesse, à Ottawa, à Washington, à Paris, à Bruxelles, de traiter Lyman comme un nom lointain plutôt que comme la ligne qui décide de la suite ?
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Sources Secondaires :
Euromaidan Press — ISW: Russia’s long push toward Sloviansk gains no ground, 3 août 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.