Dix-sept et cent soixante-six
17 enfants tués. 166 blessés.
Le total fait 183. Un seul mois : juillet 2026.
Un mois. Rien d’autre.
Le chiffre sort du bulletin mensuel de la mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine, daté du 12 août 2026.
Trente et un jours. Six enfants par jour, en moyenne.
Les observateurs notent que c’est le pire total mensuel depuis avril 2022.
Un décompte mensuel n’a rien d’un bilan de fin de guerre, mais quand la ligne des enfants dépasse toutes les autres depuis quatre ans, cette ligne devient l’information du mois.
Le mois d’avril 2022
Avril 2022 : 62 enfants tués, 149 blessés. Deux cent onze au total, recense Euromaidan Press.
C’était le deuxième mois de l’invasion à grande échelle.
Juillet 2026 s’en rapproche. Sans front qui cède. Sans ville qui tombe.
Le mois d’avant, juin, tournait autour de 122 enfants, relève le même journal. L’UNICEF situe la hausse d’un mois sur l’autre à 49 %.
Quatre ans de guerre. Et le pire mois pour les enfants tombe maintenant.
L’UNICEF nomme la même chose autrement, en parlant d’un sommet de quatre ans pour les pertes mensuelles chez les enfants ukrainiens.
Le mot vient d’une agence de l’ONU. Pas d’un camp.
Le mois le plus lourd arrive la quatrième année.
Le bulletin du 12 août
Le bureau qui vérifie
La mission sort un bulletin par mois.
Elle retient ce qu’elle établit. Le reste attend.
Danielle Bell la dirige. Le 13 août 2026, elle indique que le nombre de civils tués et blessés monte chaque mois depuis janvier, et que la montée s’accélère nettement en juillet.
Aucun adjectif dans le texte. Des colonnes.
Le bulletin ne raconte pas d’histoire, il aligne des cas vérifiés un par un, et sa courbe devient difficile à écarter pour cette raison-là.
Ça tient en quelques pages.
Des cases et des dates.
Sept mois de 2026
De janvier à juillet 2026 : 1 839 civils tués, 10 638 blessés.
Douze mille quatre cent soixante-dix-sept personnes. Sur sept mois.
Quarante-quatre pour cent de plus que sur la même période de 2025.
Son compteur depuis le 24 février 2022 : 16 874 civils tués, dont 820 enfants. Et 51 273 blessés, dont 3 126 enfants.
Le compteur ne s’arrête pas au dernier communiqué. Il s’arrête à ce qui se prouve.
Douze mille quatre cent soixante-dix-sept personnes, ça dépasse à soi seul la population de la plupart des municipalités du Québec.
Des colonnes, un plancher, et rien de plus.
Juillet, ligne par ligne
Quatre cent trente-sept
437 civils tués en juillet. 2 610 blessés.
Trente pour cent de hausse sur juin, qui comptait 298 morts et 2 041 blessés. Et soixante-dix pour cent au-dessus de juillet 2025.
Le mois le plus meurtrier depuis mai 2022.
Et le plus lourd, morts et blessés confondus, depuis mars 2022.
Une hausse sur le mois, une autre sur l’année, et aucune des deux courbes ne redescend en cours de route.
Elles montent, c’est tout.
Quatre cent vingt-neuf missiles
La Russie tire 429 missiles en juillet. Plus du double de juin.
L’Ukraine en intercepte 29 sur 195 balistiques, chiffre le Kyiv Independent.
Une seule attaque, le 2 juillet, fait 30 morts et 104 blessés. La plus meurtrière du mois.
Le reste se répartit sur trente jours. Une ville, puis une autre, puis la première encore.
Trente jours de suite.
Rien de tout ça ne fait la une deux fois.
Vingt-neuf interceptions sur cent quatre-vingt-quinze balistiques, ça veut dire que la défense antiaérienne laisse passer la grande majorité de ce qui vole le plus vite.
Le reste tombe où il tombe.
Quatre cent vingt-neuf départs, un mois de calendrier.
Ce qui tombe
Trente-huit pour cent
Les armes de longue portée font 38 % des victimes civiles du mois. Cent quatre-vingt-trois morts, 967 blessés.
Le même rapport écrit donc 183 une seconde fois.
Une fois pour des enfants tués ou blessés. Une fois pour des civils tués par les armes de longue portée.
Deux comptes qui n’ont rien à voir. Un même nombre.
Aucun lien entre les deux. Une coïncidence de colonnes.
Le rapport ne relève pas le doublon. Il n’a pas à le faire.
Les bombes planantes font 105 morts et 753 blessés. Cent quarante-trois pour cent au-dessus de juin.
Le drone qui voit
Le tableau de juillet range les tirs en trois lignes distinctes, longue portée, bombardement aérien et drone court, et la mission reprend ce découpage d’un bulletin mensuel à l’autre.
Chaque ligne du tableau affiche son propre total, et celle des bombes planantes affiche en plus sa variation d’un mois sur l’autre.
Les drones de courte portée font 111 morts et 710 blessés. Vingt-sept pour cent du total.
En janvier 2025, la même mission attribuait déjà 27 % des civils tués du mois à ces engins.
Quatre-vingt-quinze pour cent de leurs victimes tombent du côté ukrainien de la ligne.
Danielle Bell écrivait alors qu’ils figurent parmi les menaces les plus meurtrières pour les civils du front.
Dix-huit mois plus tard, la proportion tient.
Ces engins tuent surtout dans les régions du front, écrivait la mission en février 2025.
La région de Kherson le montre bien.
Plus d’un quart du mois tient dans des drones.
Kherson, quatre cent vingt-quatre
La région la plus touchée
En juillet, la région de Kherson compte 34 civils tués et 424 blessés.
C’est le plus grand nombre de blessés de toutes les régions. Devant Zaporijjia, 27 et 280. Devant Soumy, 20 et 152.
Kyiv compte plus de morts, 54. Kherson, plus de blessés.
Quatre cent vingt-quatre personnes en trente et un jours. Dans une région où l’on prend encore le taxi.
Kyiv compte aussi 202 blessés sur le mois, soit à peu près la moitié du chiffre de Kherson pour une région bien plus peuplée.
Deux régions, deux manières d’être atteint.
Soixante-dix pour cent en janvier
En janvier 2025, les drones de courte portée faisaient 70 % de toutes les victimes civiles de la région, écrivait la mission.
Sept sur dix.
Dans une seule région.
La plupart le long du Dniepr, du côté tenu par Kyiv.
Le taxi qui traverse Korabelnyi le 1er septembre roule dans cette proportion-là.
Personne ne le sait à l’avance. C’est le principe d’une course.
Dans cette région, les gens continuent quand même d’aller travailler, d’aller à l’hôpital, de rentrer chez eux le soir.
Sept victimes sur dix, à hauteur de trottoir.
Le mot de la commission
Trois cents vidéos
Le 28 mai 2025, la commission d’enquête indépendante de l’ONU sur l’Ukraine rend ses conclusions sur les drones de Kherson.
Elle examine plus de 300 vidéos d’attaques publiques. Plus de 600 messages sur Telegram. Elle interroge 91 personnes.
Elle constate que les opérateurs choisissent des cibles visiblement civiles, puis larguent des explosifs dessus.
Près de 150 civils tués. Des centaines de blessés. Dans la ville de Kherson et 16 localités.
La commission ne travaille pas sur des témoignages seulement, elle regarde ce que les opérateurs eux-mêmes mettent en ligne, image par image, et elle compte ce qu’elle y voit.
Crime contre l’humanité
La commission qualifie ces morts de crime contre l’humanité de meurtre.
Elle parle d’attaques généralisées, systématiques, menées dans le cadre d’une politique d’État coordonnée.
Elle nomme aussi le crime de guerre d’attaque intentionnelle contre des civils.
Erik Møse préside. Pablo de Greiff et Vrinda Grover siègent avec lui.
Parmi les victimes, précise-t-elle, des hommes, des femmes, des enfants.
Elle retient aussi l’outrage à la dignité des personnes, et évoque un possible crime contre l’humanité de transfert forcé de population.
Trois qualifications pour une même série de frappes.
Le texte date de mai 2025. Le taxi date de septembre 2026.
Le mot est écrit.
Un mot de droit posé sur une rue ordinaire.
La rentrée
Les écoles qui n’ouvrent pas
Le 1er septembre 2026, l’Ukraine fait sa rentrée scolaire.
Beaucoup d’écoles n’ouvrent pas, rapporte Euromaidan Press. Les frappes russes en décident.
Le même jour, un drone frappe un taxi à Kherson.
Deux nouvelles de la même journée. Un seul pays.
Une rentrée dans un pays en guerre, ça se prépare avec des abris, et l’UNICEF dit remettre en état ceux des écoles pour que les cours se donnent en présence.
Les portes, elles, restent fermées à beaucoup d’endroits.
Quatre mille six cent cinquante
Dmytro Loubinets est le commissaire aux droits de l’homme de la Rada.
Le 1er septembre, il chiffre à 4 650 les établissements d’enseignement endommagés par les bombardements russes depuis le début de la guerre à grande échelle. 423 sont détruits en entier.
Son bureau reçoit 644 plaintes sur l’école pour la seule année 2026.
Quatre mille six cent cinquante bâtiments. Des couloirs, des vestiaires, des cours de récréation.
Une école, c’est l’endroit où l’on dépose un enfant le matin et où on le reprend le soir.
Le 21 août 2026, une frappe sur un centre commercial de Kryvyï Rih blesse 23 enfants, et le même jour, à Mykolaïv, 3 enfants meurent, recense l’UNICEF.
Onze jours avant la rentrée.
Vingt-trois blessés. Trois morts.
On rouvre les portes. Il en manque quatre cent vingt-trois.
Le cours continue
Cent soixante dans l’abri
Le 2 septembre 2026, des drones russes frappent une université de Kyiv. Pendant les cours.
L’Université nationale des technologies alimentaires, bâtiment principal, rue Volodymyrska, rapporte Interfax-Ukraine.
160 étudiants se trouvent dans l’abri au moment de la frappe, dit le président Volodymyr Zelensky.
Aucun blessé parmi eux, rapporte United24 Media.
Cent soixante personnes descendues à temps.
Une frappe sur un bâtiment universitaire pendant les cours, ça veut dire que le calendrier des amphithéâtres et celui des drones se croisent à la même heure, au même endroit.
Sept jours de suite
Kyiv et sa région encaissent des frappes sept jours d’affilée avant celle-là, écrit le même média.
Sept jours. Une semaine de cours.
Une alerte pendant un amphithéâtre, ça veut dire un escalier et un sous-sol.
Ce jour-là, l’abri tient.
Le compte reste à zéro.
Il ne tient pas partout. Il ne tient pas tous les jours.
Zelensky raconte l’épisode le jour même et donne le nombre d’étudiants descendus, ce qui revient à dire que le compte aurait pu être autre.
Ce jour-là, il ne l’est pas.
Cent soixante en bas. Le bâtiment au-dessus.
Odesa, deux écoles
De trois à huit
Le 2 septembre, à 6 h 20, Odesa encaisse à son tour. Bombes planantes et munitions rôdeuses Banderol, selon la force aérienne.
Serhii Lyssak dirige l’administration militaire de la ville. Il annonce d’abord trois blessés, dont un enfant.
À 8 h 05, le compte passe à 8 blessés. Toujours un enfant. Deux personnes à l’hôpital.
Le chiffre double en moins de deux heures.
Un enfant dans les deux comptes.
La force aérienne signale des départs depuis le sud avant l’impact, et la ville se réveille avec des équipes de secours déjà dans les rues, rapporte Ukrinform.
Le vingt-quatre étages
Un immeuble de 24 étages encaisse. Des appartements détruits sur plusieurs niveaux, écrit Ukrinform.
Des bureaux. Des voitures. Et deux établissements d’enseignement.
United24 Media parle de deux écoles d’Odesa touchées le même jour que l’université de Kyiv.
La veille, le 1er septembre, sept blessés à Odesa et dans sa région.
Deux établissements d’enseignement touchés le lendemain de la rentrée, dans une ville qui n’avait pas fini de compter ceux de la veille.
Trois lieux d’étude en une seule journée.
Une rentrée qui commence dans un sous-sol.
Deux registres
Deux comptes, un pays
L’Ukraine tient son propre registre des enfants touchés par la guerre.
Il porte 739 enfants tués et 2 840 blessés, selon Euromaidan Press.
Le décompte vérifié de l’ONU donne 820 tués et 3 126 blessés.
Deux institutions. Le même pays. Des chiffres qui ne se rejoignent pas.
Un registre national d’un côté. Un bureau onusien de l’autre. Deux façons de fermer un dossier.
L’écart entre les deux
Quatre-vingt-un enfants d’écart chez les morts. Deux cent quatre-vingt-six chez les blessés.
L’écart ne dit pas qui se trompe. Il dit que deux méthodes n’attrapent pas les mêmes dossiers.
L’UNICEF, de son côté, arrive à 3 946 enfants tués ou blessés depuis février 2022.
Huit cent vingt tués plus trois mille cent vingt-six blessés, ça fait 3 946 tout rond. L’agence et la mission tiennent donc le même total.
Deux comptes sur trois se superposent. Celui de Kyiv reste en dessous des deux autres.
Trois séries de chiffres pour une seule question.
Le même pays dessous.
Aucun des trois ne descend.
Ils divergent sur les totaux et se rejoignent sur la direction, au début de septembre 2026.
Trois compteurs. Pas un ne recule.
Vingt mille six cent dix
Les enfants qu’on déplace
20 610 enfants déportés ou déplacés illégalement, selon le même décompte.
Ceux-là ne figurent ni chez les morts ni chez les blessés.
Ils sont ailleurs. Vivants, en principe. Comptés à part.
Le chiffre est daté du 1er septembre.
Vingt mille six cent dix, ça fait une petite ville d’enfants.
Le décompte s’arrête au nombre.
Vingt mille six cent dix enfants qui ne tiennent dans aucune des deux colonnes, et qui doivent pourtant aller quelque part dans le dossier.
Ce que le décompte laisse dehors
Le tableau de l’ONU porte sur ce que ses équipes établissent.
Ce qui ne s’établit pas reste dehors du tableau.
En janvier 2025, la mission situait 5 % des victimes de drones courts en territoire occupé. Et 95 % du côté ukrainien.
Cinq pour cent, ça ne veut pas dire cinq pour cent de calme.
Ça veut dire cinq pour cent qui remontent.
Cet écart mesure surtout où des enquêteurs peuvent entrer et poser leurs questions.
Ce qui ne remonte pas ne fait pas de colonne.
Ce que doit un trajet
Le mois prochain
La mission sortira un bulletin pour août. Puis un pour septembre.
Les colonnes ne changeront pas. Tués, blessés, dont enfants.
Les nombres, personne ne les connaît encore. Le calendrier de parution, lui, est public.
Depuis janvier, chaque mois monte, dit Danielle Bell.
Onze bulletins l’ont dit avant celui-là.
Un bulletin établit des faits. Il ne fait payer personne.
Des opérateurs décident, écrivait la commission d’enquête en mai 2025, dans le cadre d’une politique d’État coordonnée.
Le droit a un mot pour ces morts-là. Il l’a depuis quinze mois.
Un bulletin mensuel finit toujours par sortir, et celui d’août paraîtra pendant que d’autres voitures traverseront Korabelnyi aux mêmes heures de l’après-midi.
Ce qu’on doit au chiffre
Cent quatre-vingt-trois, c’est une ligne dans un tableau mensuel.
C’est aussi cinq personnes dans une voiture de Korabelnyi, un jour de rentrée.
Les deux tiennent dans le même dossier.
Un chiffre de rapport et une course de taxi ne se ressemblent pas, sauf qu’ils sortent du même mois, du même pays et du même décompte.
Un chiffre juste ne répare rien. Il empêche seulement qu’on l’ignore.
Alors combien de bulletins encore avant qu’une course de taxi arrive où elle allait ?
Le rapport d’août paraîtra en septembre. Celui de septembre en octobre.
Puis novembre. Puis décembre.
Les 423 écoles détruites, elles, ne rouvrent pas au rythme des rapports.
Une école en moins, c’est un enfant qui entre ailleurs le matin. Le 1er septembre, beaucoup de ces écoles n’ont pas ouvert du tout.
Un taxi, un cours, une école. Puis le mois suivant.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Sources Secondaires :
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