Le chiffre du 21 août
Le 21 août 2026, le premier ministre Serhii Koretskyi se présente au parlement. Il donne un chiffre.
Les plans de résilience des régions sont réalisés à 47 %, rapporte Euromaidan Press.
Quarante-sept.
Des régions sont en avance, dit-il devant les députés. D’autres traînent. Des échéances glissent.
Ce que le compte rendu tait
Il ne dit pas quand l’audit a eu lieu.
Il ne nomme pas qui a compté. Il n’ouvre pas la liste région par région, poste par poste.
Un pourcentage sans méthode, c’est une note sans copie.
Le ministère de l’Énergie attend la fin des travaux prévus pour le 1er octobre.
Six semaines séparent le chiffre de la date. L’hiver, lui, ne négocie rien.
Ces plans ont une histoire. Le 3 mars 2026, le Conseil de sécurité les approuve pour chaque région et chaque chef-lieu, sauf un.
Sauf Kyiv.
La capitale obtient du temps de plus pour préparer ses documents, écrit la présidence. Kyiv n’était pas prête, dit alors Zelensky. Pas davantage l’hiver d’avant.
Six semaines pour rattraper la moitié qui manque.
Neuf cent vingt
Le déficit du 12 août
Le 12 août 2026, les réseaux de chaleur et d’eau disposent de 920 mégawatts de secours.
Il en faut 1 215.
Manquent près de 300 mégawatts, écrit Euromaidan Press.
Ce n’est pas une centrale qui manque. C’est un carnet de commandes.
Ce qu’un mégawatt tient
Un mégawatt de secours ne chauffe pas une ville. Il tient une chaufferie debout. Il fait tourner une pompe. Il garde l’eau en mouvement dans un tuyau qui, sans elle, gèle.
Le vice-premier ministre et ministre de l’Énergie Denys Chmyhal compte 1,8 gigawatt de petite production au gaz en service. 1,1 gigawatt de plus s’installe.
S’installe. Le verbe fait tout le travail.
Une génératrice branchée en octobre chauffe en octobre. Pas en août.
L’échelle situe le reste. Avant 2022, l’Ukraine dispose de 38 gigawatts de puissance pilotable, calcule l’Agence internationale de l’énergie. La première année de guerre en emporte 19.
La moitié. En douze mois.
Le réseau ukrainien reste branché sur l’Europe. Il peut en tirer 2,1 gigawatts fermes en hiver, selon la même agence, quand la pointe de demande d’avant-guerre montait à 18.
Deux virgule un contre dix-huit. Un fil, pas un filet.
Trois cents mégawatts absents portent déjà un nom : décembre.
Le décret 838
Vingt pour cent de plus
Le 31 août 2026, Volodymyr Zelensky met en vigueur une décision du Conseil de sécurité nationale et de défense. Décret n° 838/2026.
Les régions doivent relever de 20 % la puissance de secours inscrite à leurs plans, rapporte Ukrinform.
D’abord le chauffage. Puis l’eau.
Elles doivent tenir une réserve de carburant pour deux semaines au minimum. Et conduire un exercice d’état-major dans le mois qui précède l’ouverture du chauffage.
Avant le dix du mois
Rapport mensuel au Conseil et au Cabinet des ministres, avant le 10 de chaque mois.
Les chefs d’administration régionale et les maires répondent personnellement du manquement, écrit l’agence UNN.
Le secrétaire du Conseil, Ihor Klymenko, en assure le contrôle.
Un décret du 31 août réclame un cinquième de plus qu’un plan réalisé à moins de la moitié dix jours plus tôt. Le dénominateur monte. Le numérateur attend des livraisons.
Le texte vise la saison de chauffe 2026-2027. Tout doit être fini avant son ouverture.
On relève la cible quand l’aiguille n’a pas bougé.
La tour comme centrale
Des systèmes autonomes
Le même décret descend jusqu’à l’immeuble.
Les autorités locales doivent travailler avec les syndicats de copropriétaires et les gestionnaires d’immeubles pour rendre les tours plus autonomes, écrit UNN.
Le texte demande des systèmes de secours indépendants. Ils doivent garder en marche les équipements internes essentiels pendant les coupures longues.
Les équipements internes essentiels d’une tour, ce sont l’ascenseur, la pompe à eau, la lumière de la cage d’escalier.
Trois choses.
Ce que le décret ne livre pas
Il ne livre pas la génératrice.
Il ne dit pas qui l’achète, qui la remplit, qui la garde la nuit. Il dit que le maire répond du manquement.
Un syndicat de copropriété n’a pas de budget d’énergie. Il a un compte de charges et des voisins qui votent.
Entre le décret et la génératrice, il y a une assemblée de copropriétaires. En septembre. Avec un devis.
Décentraliser, garder de la puissance de réserve, protéger les installations critiques : le ministre Mykola Kalachnyk résume ainsi les priorités, le 21 août, selon le Kyiv Post.
Décentraliser, ça veut dire descendre. Jusqu’au tableau électrique d’un immeuble.
Un décret arrive vite. Une génératrice arrive quand elle arrive.
Un an pour un transformateur
Plusieurs mois à un an
Un autotransformateur convertit la tension entre le réseau de transport et le réseau de distribution. Sans lui, le courant produit ne descend pas jusqu’aux rues.
On met de plusieurs mois à un an à le fabriquer, indique Ukrenergo.
Le 21 mai 2025, le Programme des Nations unies pour le développement en livre trois à l’opérateur. Le Japon en paie deux, la Suède un.
Trois. Pour un pays.
De janvier à avril 2025, l’Ukraine importe pour 338 millions de dollars de transformateurs, note le média NV.
Cent vingt semaines
Le marché mondial n’aide personne.
Les délais de livraison des transformateurs de puissance passent d’environ 50 semaines en 2021 à 120 semaines en moyenne en 2024, calcule le cabinet Wood Mackenzie. Pour les gros appareils de poste, la fourchette va de 80 à 210 semaines.
Deux cent dix semaines, ça fait quatre hivers.
Les prix ont monté de 60 à 80 % depuis janvier 2020, calcule le même cabinet. L’acier électrique à grains orientés a doublé.
Un missile prend quelques minutes. La pièce qu’il ouvre en deux prend des années.
Un transformateur ouvert ne se recolle pas sur place. Il se remplace.
Le calendrier de l’usine devient celui du quartier. Ailleurs, plus tard.
Le missile coûte une nuit. La bobine coûte quatre hivers.
Cinq mille sept cents tonnes
Les plateformes d’urgence
Le 4 août 2026, Denys Chmyhal reçoit le corps diplomatique à Kyiv. Il fait ses comptes.
En 2026, les plateformes d’aide d’urgence du ministère de l’Énergie ont reçu 5 700 tonnes de matériel, écrit le Cabinet des ministres.
Plus de 3 300 tonnes viennent de centrales de cogénération déclassées en Lituanie et en Allemagne. D’autres arrivent de Lettonie.
Du matériel usagé d’Europe du Nord, remonté sur des postes ukrainiens.
Trois fois
Chmyhal vise une réserve triple de tout l’équipement critique.
Trois fois. Parce qu’une pièce détruite deux fois dans le même hiver n’a rien d’improbable.
Le Conseil de sécurité avait fixé le même objectif pour la production distribuée en mars 2026, selon la présidence ukrainienne.
Un pays qui achète en triple ne se prépare pas à un hiver. Il se prépare à trois.
La production distribuée monte lentement. En septembre 2025, le ministère de l’Énergie en comptait 194 mégawatts en service, et 380 de plus attendus avant la fin de l’année.
Un an plus tard, Chmyhal parle en gigawatts. Le compteur a changé d’unité.
On stocke en triple ce qu’on sait perdre deux fois.
Ce que l'argent ne couvre pas
Cinq cent sept millions
Même journée, mêmes comptes.
Les besoins non financés du Fonds de soutien à l’énergie de l’Ukraine dépassent 507 millions d’euros.
Les entreprises du secteur réclament 600 millions d’euros pour rétablir la stabilité financière du marché d’équilibrage.
Naftogaz demande 400 millions d’euros de plus pour financer ses achats de gaz importé.
Trois trous. Un seul automne.
Cinq virgule quatre milliards
Le plan de résilience énergétique coûte 5,4 milliards d’euros, soit 6,2 milliards de dollars. Oleksii Kouleba, vice-premier ministre chargé de la Reconstruction, le présente à Bruxelles le 23 mars 2026.
L’État ukrainien en porte une part importante, dit-il alors.
Plus de 25 milliards de hryvnias sortent du budget. 40 milliards attendent le parlement, écrit le Kyiv Independent en juin.
En août, le total annoncé pour la résilience et la protection des infrastructures atteint 63 milliards de hryvnias, soit 1,4 milliard de dollars.
Naftogaz achète son gaz avec de l’argent emprunté.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement finance ces achats depuis la saison de chauffe 2022-2023. Le troisième volet du programme d’urgence est chiffré à 408 millions d’euros, et 36 fournisseurs sont préqualifiés pour y répondre, publie l’entreprise.
Emprunter pour se chauffer. Chaque année.
L’argent vit sur une ligne. La bobine vit dans une usine.
Quatorze virgule six
Un mois d’avance
Une chose marche, dans ce dossier. Elle est en gaz.
Le 28 août 2026, l’Ukraine annonce 14,6 milliards de mètres cubes accumulés dans ses stockages souterrains. Un mois avant l’échéance.
Chmyhal l’écrit sur Telegram. L’opérateur du réseau de transport, Naftogaz et les producteurs ukrainiens ont tenu la cible, rapporte le Kyiv Post.
Le ministère de l’Énergie avait approuvé ce bilan prévisionnel le 9 avril 2026. Cible : 14,6. Plancher pour passer l’hiver : 13,2 milliards de mètres cubes.
Ce que le gaz ne remplace pas
Le gaz dort dans le sol. Tant mieux.
Il faut encore le pousser dans un réseau, le brûler dans une chaufferie, faire circuler l’eau chaude avec une pompe électrique.
Une chaufferie sans courant reste un bâtiment plein de gaz qui ne chauffe rien.
La mesure qui compte, cet été-là, tient dans deux nombres. 920 contre 1 215.
Le chauffage urbain a déjà payé. À la fin de 2024, l’Agence internationale de l’énergie recense plus de 18 centrales de cogénération endommagées, plus de 800 chaufferies et 354 kilomètres de conduites de chaleur.
Trois cent cinquante-quatre kilomètres de tuyau. Sous des rues.
Le combustible est prêt. Ce qui le pousse ne l’est pas.
La nuit du 1er septembre
Douze
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2026, la Russie frappe large.
Douze morts. Dont un ressortissant indien, écrit Ukrinform.
À Boryspil, quatre tués et treize blessés. Les secours évacuent 50 personnes d’un immeuble de cinq étages.
Sept morts dans un dépôt ferroviaire de Kyiv.
La défense antiaérienne neutralise 187 drones, cinq missiles balistiques, cinq Kalibr et deux Banderol. Environ 350 secouristes travaillent dans la région de Kyiv.
Kherson, Donetsk, Zaporijjia, Kharkiv, Tchernihiv, Jytomyr, Soumy, Dnipropetrovsk. Et Kyiv. Et Odesa.
Odesa, le lendemain
Le 2 septembre, Ukrenergo publie son bilan.
La nuit, une attaque massive de missiles et de drones a visé l’infrastructure énergétique de la région d’Odesa. Nulle part ailleurs ce n’est aussi difficile, écrit l’opérateur.
Coupures aussi à Soumy, Kharkiv, Tchernihiv, Kherson.
Le matin, la consommation nationale tombe de 6,8 % sous celle de la veille.
Ukrenergo demande de pousser la charge vers le milieu du jour, quand le solaire produit. Et de laisser les gros appareils tranquilles le soir.
Faire sa lessive à onze heures du matin. En septembre.
Un pays réapprend à vivre aux heures du soleil.
Bichkek
Absurdité absolue
Le 1er septembre 2026, à Bichkek, Vladimir Poutine parle à la presse. Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai vient de finir.
On l’interroge sur une nouvelle mobilisation russe.
Absurdité absolue, répond-il. Une attaque informationnelle contre la Russie, rapporte le Kyiv Independent.
Zelensky, lui, avertit que Moscou vise environ 300 000 recrues en 2026, puis 300 000 de plus en 2027.
L’ordre
Dans la même prise de parole, Poutine annonce autre chose.
Les forces armées russes ont reçu l’ordre de préparer et de lancer des frappes massives sur les installations énergétiques ukrainiennes.
Ils frappent les nôtres, ils auront une réponse, dit-il.
Il affirme que des drones ukrainiens ont visé trois raffineries près de Moscou et de Saint-Pétersbourg le jour même. Il reste environ 10 % des capacités de raffinage endommagées à réparer, ajoute-t-il, rapporte le Kyiv Post.
Deux annonces, une conférence. La première nie des recrues. La seconde promet des coupures.
Le compte, du côté ukrainien, est déjà fait.
La Russie a endommagé ou détruit plus de 80 % de la capacité de production électrique du pays, dit Denys Chmyhal en août, selon le Kyiv Post.
Quatre-vingts pour cent. Avant l’ordre de Bichkek.
Il dément une mobilisation et commande un hiver.
Quatre cent quatre-vingt-douze
Depuis février 2022
Les frappes russes ont endommagé 492 locomotives des chemins de fer ukrainiens depuis le début de l’invasion à grande échelle, dit Mykola Kalachnyk, ministre de la Reconstruction, des Infrastructures et des Transports.
Et 249 voitures.
52 cheminots meurent au travail. 317 reviennent blessés.
Depuis janvier 2026, la revue RailMarket compte 1 534 attaques contre l’infrastructure ferroviaire.
Ce qu’une locomotive tire
Une locomotive tire du charbon vers les centrales. Elle tire des poteaux, des câbles, des bobines vers les postes ouverts.
Elle tire aussi les gens qui partent quand le chauffage s’arrête.
Le 23 août 2026, cinq frappes visent des cibles ferroviaires.
Dans un autre train visé, 593 personnes. Dont 15 enfants.
À la station de Lymanivka, un passager meurt. Quatre sont blessés.
Ce qui répare le réseau voyage par rail. Le rail est une cible.
Entre mars et septembre 2025, l’Agence internationale de l’énergie recense plus de 3 100 perturbations du secteur électrique.
Trois mille cent. En sept mois.
Chaque réparation attend une pièce. Chaque pièce attend un train.
La pièce de rechange arrive par ce qu’on vise.
Le premier octobre
Deux compteurs
Deux pourcentages traversent ce dossier. Ils ne racontent pas la même chose.
Le 21 août, Mykola Kalachnyk annonce 100 000 immeubles résidentiels préparés, 12 400 chaufferies, 11 700 kilomètres de réseaux de chaleur. Plus de 70 % du plan, dit-il devant le gouvernement, selon le Kyiv Post. 6,8 milliards de hryvnias engagés, soit 152 millions de dollars.
Le même jour, le premier ministre donne 47 % pour les plans régionaux.
Soixante-dix et quarante-sept. Le même hiver.
Un tuyau purgé ne vaut pas une génératrice branchée. Les deux comptent. Une seule tient quand le courant tombe.
Ce qu’on doit à la cage d’escalier
Le ministère attend la fin des travaux prévus au 1er octobre.
Ensuite, l’hiver compte tout seul.
Une génératrice ne se vote pas en octobre. Elle se commande au printemps.
Alors combien de décrets faut-il signer pour qu’un ascenseur reparte au dix-neuvième, un soir de janvier, par moins dix ?
La réponse ne s’écrit pas à Kyiv. Elle s’écrit dans une usine qui met un an à couler une bobine, et dans une assemblée de voisins qui vote un devis.
L’hiver n’attend pas le vote.
À cent pour cent, l’escalier attend l’hiver.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
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