Deux milliards
Le ministère ukrainien de la Défense demande à l’Europe de payer ses intercepteurs.
La somme dépasse 2 milliards d’euros, soit environ 2,3 milliards de dollars, rapporte United24 Media. Elle servirait à acheter des missiles Patriot.
Le 2 septembre 2026, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, confirme avoir reçu une nouvelle demande de paiement. Plusieurs milliards d’euros, dit-elle. De la défense antiaérienne, dont le PAC-3.
L’argent existe déjà. Il porte un nom : le prêt de soutien à l’Ukraine, 90 milliards d’euros sur deux ans.
Depuis juin, la Commission en a versé 8,5 milliards.
La veille, le 1er septembre 2026, le ministre ukrainien de la Défense, Yevhen Khmara, expose la situation du front aux ministres européens. Il énumère les besoins les plus urgents, écrit le Kyiv Post.
La demande, elle, attend depuis juillet.
Le sept septembre
Les représentants nationaux se réunissent le 7 septembre pour trancher, indiquent des diplomates cités par le Kyiv Independent.
Il faut une majorité qualifiée.
Cinquante-cinq pour cent des pays. Soixante-cinq pour cent de la population.
Von der Leyen dit que les États membres examinent la demande et que ça va dans la bonne direction.
Une réunion. Une date. Un vote qui ne dit pas son nom.
Une contribution de l’OTAN figure aussi dans les discussions, écrit Euronews.
La haute représentante Kaja Kallas résume autrement : chaque intercepteur fourni est un missile russe qui ne frappe ni une école, ni une maison, ni un hôpital.
Une somme, une date, et rien de signé.
Le prix unitaire
Neuf virgule huit
Le 3 septembre 2025, l’armée américaine attribue à Lockheed Martin un contrat de 9,8 milliards de dollars. Il porte sur 1 970 missiles PAC-3 MSE, écrit l’US Army.
Signature à Grand Prairie, au Texas. Exercices budgétaires 2024 à 2026.
La division donne 4,97 millions de dollars le missile, calcule United24 Media.
Le major-général Frank Lozano, du bureau des missiles et de l’espace, parle d’une quantité plus grande livrée plus vite.
Joseph Giunta fils, du commandement des acquisitions à Redstone Arsenal, évoque la prévisibilité des coûts et une chaîne d’approvisionnement de munitions renforcée.
C’est le tarif américain. Le meilleur du lot.
Le plafond saoudien
Le 30 janvier 2026, le département d’État approuve une vente à l’Arabie saoudite. 730 missiles PAC-3 MSE. Coût estimé à 9 milliards de dollars, écrit l’agence américaine de coopération pour la défense.
Maître d’œuvre : Lockheed-Martin, à Dallas.
Un plafond n’est pas un prix payé. C’est le maximum autorisé par Washington.
Nouvelle division. 12,3 millions l’unité.
Le forfait n’achète pas que du métal. Kits de conversion, pièces de rechange, formation, soutien logistique : tout est dans le même chiffre.
Reste que le plafond est écrit noir sur blanc. Entre Riyad et Washington, le même objet change de prix du simple au double et demi.
Le même missile, deux fois et demie le prix.
Cent quatre-vingt-dix
Trois réponses
Deux milliards trois cents millions. Divisés par chaque tarif.
Au tarif américain : de 460 à 580 intercepteurs, calcule United24 Media.
Le prix allemand en donne environ 315.
Et le plafond saoudien, environ 190.
La même somme. Trois réponses. L’écart va du simple au triple.
Le prix, ici, n’est pas une donnée. C’est une négociation.
Trois pays. Trois contrats. Trois moments. Le missile ne change pas. Le bordereau, oui.
Ce que 315 représente
Une commande de l’ordre de 315 missiles prendrait une part extraordinaire de la production annuelle, selon un média spécialisé ukrainien cité par United24 Media.
L’argent n’est donc pas le seul mur. La chaîne de montage est l’autre.
Un vote se tient en une réunion. Un intercepteur ne se fabrique pas en une réunion.
Ce que l’Europe débloquerait le 7 septembre ne quitte pas une usine le 8.
La Commission exige d’ailleurs des contrats signés avant tout versement, écrit Euronews.
Signature. Production. Livraison. Aucune de ces trois étapes n’est instantanée.
L’argent arrive plus vite que le métal.
Cent quarante par nuit
Deux pour un
En juillet, le président ukrainien donne un chiffre.
Pour repousser une seule attaque russe d’environ 70 missiles balistiques, il faut au moins 140 intercepteurs Patriot, rapporte Euronews.
Deux tirs par cible. C’est la règle du métier.
Ces derniers temps, la Russie tire jusqu’à 30 balistiques en une nuit, écrit le même média.
Trente cibles. Soixante tirs, si la règle tient.
Les stocks mondiaux ont fondu, note Euronews. Quatre ans de guerre en Ukraine, plus le conflit entre les États-Unis et l’Iran plus tôt en 2026.
Un soir. Une salve. Une facture.
La division
Les trois réponses reviennent. Chacune divisée par cent quarante.
190 intercepteurs : une nuit et un tiers.
315 : deux nuits et quart.
580 : quatre nuits.
Deux milliards d’euros achètent entre une et quatre nuits de la grosse attaque que le président décrit. Pas une semaine. Pas un hiver.
Un précédent existe ailleurs. En défendant des bases en Jordanie, les forces américaines auraient tiré de 96 à 128 intercepteurs PAC-3 en une seule nuit, rapporte United24 Media. Jusqu’à 17 % des stocks américains estimés.
Une nuit. Un sixième d’un arsenal.
Le dossier ne dit pas combien de nuits comme celle-là l’hiver contient.
La somme s’épuise avant la fin d’une semaine.
Six cents par année
Ce que l’usine a livré
En 2025, Lockheed Martin livre plus de 600 PAC-3 MSE, écrit l’entreprise.
Le 8 janvier 2026, elle annonce un accord de sept ans avec le gouvernement américain pour plus que tripler la cadence. Objectif : 2 000 missiles par année.
Six cents aujourd’hui. Deux mille un jour.
Le PDG Jim Taiclet parle d’une approche inédite et de pratiques commerciales appliquées à un grand programme d’acquisition.
L’entreprise dit avoir livré plus de 24 000 produits de sa division missiles en 2025. Une hausse de plus de 60 % en deux ans.
Entre l’annonce et la cadence, il y a sept ans.
La file allemande
Le 18 décembre 2024, la commission du budget du Bundestag approuve l’achat de 120 PAC-3 MSE pour 763,5 millions d’euros.
Berlin paie d’avance, en entier, pour passer devant.
Livraison : 75 missiles en 2028, 45 en 2029.
Le financement se décompose : 641,6 millions du fonds spécial de la Bundeswehr, 121,9 millions du budget de la défense pour la taxe à l’importation.
Quatre ans entre le chèque et le premier tube. Cinq pour le dernier.
Un pays de l’OTAN paie comptant et attend quand même.
On paie en décembre. On reçoit dans quatre ans.
Soixante-dix mille
Le prix d’une Geran
Le renseignement militaire ukrainien évalue un drone de type Shahed à environ 70 000 dollars, rapporte United24 Media.
Le CSIS retient plutôt une fourchette de 20 000 à 50 000. Des analystes ukrainiens jugent 50 000 à 70 000 plus réaliste.
En 2022, des documents iraniens et russes ayant fuité donnaient plus de 370 000 dollars l’unité. 193 000 pour une commande de six mille.
290 000 pour une commande de deux mille.
Le prix a fondu. Le volume l’a mangé.
Six mille par mois
La Russie vise plus de 6 000 drones de type Shahed par mois, selon le renseignement ukrainien. Plus de 200 par jour. Plus de 72 000 par année.
L’usine se trouve à Alabouga.
Un drone ukrainien FP-1 coûte 55 000 dollars, à environ 100 exemplaires par jour.
Le CSIS calcule autrement. En comptant tout ce qui tombe en route, chaque cible réellement frappée par un Shahed revient à environ 350 000 dollars.
Même à ce tarif-là, c’est sous le prix d’un seul tir de Patriot.
Deux économies se font face dans cette guerre. L’une compte en dizaines de milliers. L’autre en millions.
Le prix a fondu d’un bord, pas de l’autre.
Ce qu'une nuit coûte
L’école, la maison, l’hôpital
Kaja Kallas le dit en trois mots. École. Maison. Hôpital.
Chaque intercepteur fourni est un missile russe qui n’arrive pas là. C’est vrai. C’est aussi le meilleur argument du vendeur.
Un PAC-3 MSE part à 4,97 millions de dollars au tarif américain. Il part une fois.
Il ne revient pas. Le tube est vide, et le magasin aussi.
Une Geran coûte 70 000. Elle part une fois elle aussi.
La différence tient dans le remplacement. L’un se remplace par centaines chaque mois. L’autre, par six cents par année.
Ce que le tir ne rend pas
Dernière division. Un intercepteur américain vaut 71 drones russes. Au plafond saoudien, 175.
Le CSIS chiffre le Patriot à plus de 3 millions de dollars et le NASAMS à un peu plus d’un million.
Le calcul n’a rien de moral. Il est arithmétique.
Le CSIS décrit la Geran ainsi : une charge de 40 kilos, une portée de 2 000 kilomètres.
Le dossier ne dit pas combien d’intercepteurs l’Ukraine a tirés durant ces quatre nuits.
Il ne le dira pas.
Ce qu’il dit tient dans une date. La réunion qui décide du paiement tombe le 7 septembre, huit jours après la dernière nuit d’août.
Le compte se règle loin de ceux qui l’entendent.
Ce que le Patriot ne vise pas
Deux comptes séparés
Il faut être honnête sur la division.
Le PAC-3 MSE existe contre les missiles balistiques. Pas contre les 1 500 drones de la fin août.
Le président ukrainien le dit lui-même : contre les engins à réaction, ce sont surtout des avions de combat.
Deux menaces. Deux comptes. Deux factures.
La demande européenne porte sur la première. La nuit, elle, mélange les deux.
Un ménage sous alerte ne fait pas le tri. Le bruit ne se présente pas.
Quatre candidats, le 29 août
Le 29 août 2026, le ministre ukrainien de la Défense, Yevhen Khmara, annonce l’essai de quatre drones intercepteurs contre les engins russes à réaction, écrit le Kyiv Independent.
Quatre candidats. Un essai.
Un intercepteur bon marché contre un drone bon marché : c’est la seule division qui tienne sur la durée.
Intercepter un drone à réaction est la tâche la plus difficile, dit le président.
La défense ukrainienne abat près de 90 % des Shahed, calcule le CSIS. Moins de dix pour cent arrivent.
Neuf sur dix tombent. Le dixième fait la nuit.
Le dossier ne chiffre pas ce que coûte le neuvième. Ni le huitième.
Deux menaces, une seule caisse.
Fedorov à Washington
L’homme qui a signé
La demande de paiement européenne a un auteur.
Mykhailo Fedorov l’a déposée peu avant son limogeage, le 15 juillet 2026, écrit le Kyiv Independent. Il était alors ministre de la Défense.
Il a tenu le poste de janvier à juillet 2026.
Six semaines plus tard, il est à Washington.
Le Financial Times l’y rencontre. Le Kyiv Independent en rend compte le 30 août 2026.
Entre le dépôt de la demande et l’entrevue, il y a six semaines et un poste perdu.
L’échange proposé
Sa proposition tient dans une transaction. Il aiderait les États-Unis à bâtir une armée de drones. En retour : des intercepteurs Patriot.
Prêt à faire ce marché, dit-il.
Il cherche aussi des capitaux pour un fonds de technologie de défense. Investisseurs de risque, argent privé, entreprises technologiques américaines.
Trois priorités : robotique de combat, drones intercepteurs rapides, missiles bon marché dotés d’intelligence artificielle.
Pas un fonds de risque classique, dit-il. Une nouvelle histoire de la guerre s’écrit là.
Le 28 août 2026, il accepte de conseiller sans salaire le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto.
Il a réclamé l’argent. Il offre maintenant le savoir-faire.
Le troc
La règle des trente-cinq pour cent
Le prêt européen a une clause.
Quand un achat de défense provient à plus de 35 % de l’extérieur de l’Union ou de l’Ukraine, il faut une dérogation, explique le Kyiv Independent.
Le PAC-3 est américain. Donc dérogation.
De l’argent européen. Du métal américain. Une nuit ukrainienne.
Trois juridictions pour un même tir.
La dérogation reste une formalité juridique. Elle a quand même une date, et cette date est lundi.
Ce qu’un pays vend
L’Ukraine fabrique ce qui est cher à intercepter et bon marché à produire.
Les États-Unis fabriquent ce qui coûte cher à produire et disparaît au premier tir.
L’ancien ministre propose de troquer l’un contre l’autre.
L’idée n’a rien de saugrenu. Un pays qui n’a pas 2,3 milliards de dollars met sur la table ce qu’il possède.
Quand il ne reste plus d’argent, on vend ce qu’on a appris. Ici, ça s’est appris sous les drones.
Le savoir-faire ne s’en va pas avec le missile. Il se copie. C’est la marchandise que cette guerre ne consomme jamais.
Ce qui reste à offrir quand il ne reste rien.
Ce mois-ci
L’appel du 2 septembre
Le 2 septembre 2026, à 15 h 55, la présidence ukrainienne publie le compte rendu d’un appel entre Volodymyr Zelensky et le chancelier allemand Friedrich Merz.
Ils parlent de l’attaque russe sur l’aérodrome de Leipzig. De la réponse allemande.
Ils finalisent le texte d’un accord sur les drones. Ils cherchent une date de signature.
Et le président annonce de nouveaux paquets de défense antiaérienne allemands, dans le mois qui commence.
Depuis février 2022, l’Allemagne a fourni des Patriot et des IRIS-T.
Les deux dirigeants cherchent aussi une rencontre en personne.
Ce que la phrase veut dire
Le mois en question, c’est septembre. Celui-là.
Or Berlin a commandé ses propres 120 missiles en 2024 et les reçoit en 2028 et 2029.
Ce qu’elle donne maintenant ne vient donc pas de sa commande. Ça vient de ses stocks.
Chaque paquet allemand est une soustraction dans un dépôt allemand.
Un pays qui donne un Patriot en septembre en aura un de moins en octobre. La commande de 2024 ne le remplace pas avant 2028.
Personne ne publie ce qui reste dans le dépôt.
Un dépôt n’a pas de fenêtre sur une nuit ukrainienne. Les deux comptes tiennent quand même dans la même main.
Ce qui sort d’un dépôt ne revient pas avant 2028.
La prochaine nuit
Lundi, à Bruxelles
Lundi, des représentants se réunissent. Ils diront oui ou non à une dérogation.
S’ils disent oui, la Commission veut des contrats signés avant de verser, écrit Euronews.
Signer un contrat, ce n’est pas recevoir un missile. Berlin l’a appris en 2024.
Entre le vote et le premier tir, il y a une chaîne de montage.
Et les nuits continuent pendant ce temps-là.
Elles ne s’arrêtent pas pour un ordre du jour.
Ce que la facture ne dit pas
Alors combien de nuits achète-t-on avec 2,3 milliards de dollars, quand une seule attaque en demande 140 ?
Entre une et quatre, selon le tarif obtenu.
Le reste de l’hiver n’a pas de ligne budgétaire.
Personne ne dit qui paie la deuxième semaine. Ni la troisième.
L’ancien ministre offre du savoir-faire parce que le savoir-faire ne s’épuise pas au tir.
La Russie, elle, prévoit 72 000 drones pour l’année. Personne n’a promis 72 000 intercepteurs.
Quatre nuits achetées. L’hiver, lui, n’est pas payé.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
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