Le 28 août, à Kyiv
Le 28 août 2026, le Bureau du président ukrainien parle. Pavlo Palissa tient le point de presse. Il en est le chef adjoint.
La direction politique russe a chargé son armée de préparer des options. Sur Kyiv. Sur Tchernihiv.
Le renseignement ukrainien dit avoir recoupé l’information. Par plusieurs canaux.
Palissa emploie un verbe étroit. Planifier.
Préparer un scénario, ce n’est pas l’ouvrir. Le Bureau ne prétend pas le contraire.
Ce que l’état-major répond, le 28 août
L’état-major ukrainien fabrique ses propres réponses. Une par hypothèse.
Palissa formule la tâche autrement. Empêcher les conditions d’apparaître.
Dans le même point de presse, une phrase pèse davantage que l’alerte elle-même : aucun nouveau groupement offensif n’apparaît sur les directions de Kyiv et de Tchernihiv. Le Kyiv Independent le rapporte le 29 août 2026.
Zelensky, lui, parlait déjà de cinq scénarios le 20 mai 2026. Euromaidan Press le rapportait alors, en notant que Kyiv promettait de renforcer ses forces dans la zone pour empêcher chacun de ces cas de figure d’aboutir. Il n’en a détaillé aucun.
Un plan sur une table. Rien encore dans les champs.
Un dossier d’options se range vite dans un tiroir.
Depuis la clôture
Mille quatre-vingt-cinq kilomètres
Les gardes-frontières ukrainiens surveillent la même ligne. Depuis quatre ans et demi.
Elle fait 1 085 kilomètres. De la Volhynie à Tchernihiv. Le Kyiv Post donne la mesure. Le 28 mai 2026.
Andriï Demtchenko parle pour ce service. Il répète la même chose. De mois en mois.
Aucun mouvement de personnel près de la frontière. Aucun déplacement d’équipement. Il le dit le 19 mai 2026 à Censor.net.
Rien ne bouge, pour l’instant
Le 12 juin, il pose le seuil qui compte. Pas de renforcement d’unités capables d’envahir.
Le 12 juillet, il ajoute une nuance. La Russie ne forme aucun groupement de choc en Biélorussie.
Puis il borne son propre constat. La situation peut changer à tout moment.
Le long de la frontière russe, côté Tchernihiv, il ne voit ni fantassins ni groupes de sabotage. L’artillerie, elle, tire encore.
Le 4 mai, il décrivait au Kyiv Independent les terrains d’entraînement et les routes logistiques que la Biélorussie aménage avec Moscou, une infrastructure qu’il jugeait activable à tout moment sans pour autant constituer une menace directe immédiate.
Un garde-frontière compte ce qu’il voit. Pas ce qu’on planifie ailleurs.
L’absence de preuve est un relevé, pas une garantie.
Le compte des hommes
Six cent soixante-dix mille
Une offensive se paie en hommes. Avant de se payer en terrain.
Vadym Skibitsky sort les chiffres le 18 août 2026. Il est adjoint au renseignement militaire ukrainien. RBC-Ukraine l’interroge.
La composante de combat russe compte 670 000 militaires. La réserve opérationnelle en aligne 65 000.
Un dixième. C’est tout ce que Moscou garde de côté.
Le déficit de juin
En juin, la Russie signe environ 36 000 contrats. Elle perd environ 39 000 hommes.
En juillet, 39 000 signatures. Et au moins 40 000 morts et blessés.
Euromaidan Press chiffre l’écart. Trois mille en juin. Au moins mille en juillet.
Le recrutement des forces de drones plafonne à trente pour cent de sa cible, écrit le même média. Skibitsky, lui, rappelle un objectif annuel affiché de 409 000 personnes, dont vingt-huit mille tirées de catégories criminelles.
Skibitsky ajoute une phrase que peu de gens relèvent. L’armée russe n’a pas les effectifs pour transformer ses brigades en divisions.
On ne bâtit pas un front neuf avec un solde négatif.
Le nord commence dans un registre de paie.
Ce qu'il faudrait
Mobiliser ou déplacer
Michael Kofman décrit d’abord l’usage de la menace. Il travaille au Carnegie Endowment. Elle sert à étirer les forces ukrainiennes, à tirer des unités hors de leurs positions.
Puis il présente la facture. Faute d’effectifs, la Russie devrait mobiliser encore. Ou déplacer des forces déjà engagées.
Tetiana Tratch dit la même contrainte autrement. Elle est à l’Institute for the Study of War. Le Kremlin tient à son effort principal, dans le Donbass.
Déplacer ces unités-là coûterait le Donbass. Le Kremlin cherche vraisemblablement à l’éviter, dit-elle.
Février, au plus tôt
Le calendrier dépend d’une décision. Une nouvelle mobilisation russe.
Zelensky l’évoque le 23 août 2026. Environ 300 000 hommes, après les élections à la Douma. United24 Media parle plutôt de trois cent mille à cinq cent mille.
Les dates du scrutin ne concordent pas non plus. Le Kyiv Independent écrit du 18 au 20 septembre. United24 Media écrit le 21.
Skibitsky trace ensuite la courbe. Une force de choc serait prête vers février.
Il s’appuie sur ce qu’a donné 2022. Les mobilisés arrivent au front en décembre. Les unités deviennent utilisables en janvier.
Une source de défense citée par le Kyiv Independent évoque deux à trois mois de rassemblement, et le même journal rapporte un scénario de six cent mille hommes étalé sur deux années de mobilisation.
Interrogé sur une offensive nordique cette année, Skibitsky répond « Théoriquement, oui ». Puis il ajoute qu’aucun indicateur ne le montre.
Entre l’ordre et l’assaut, un hiver entier.
Le précédent de Soumy
Cinquante mille hommes
Une mesure récente existe. Elle dit ce que rend une poussée par le nord. Une notice encyclopédique en tient la chronologie.
L’offensive de Soumy s’ouvre le 19 février 2025.
Fin juin, le Wall Street Journal situe 50 000 militaires russes sur ce front. En face, environ 16 600 Ukrainiens.
Les Russes approchent à vingt kilomètres de la ville. Début juin. Puis ça cale.
Quarante-trois kilomètres carrés
Moscou revendique soixante-dix kilomètres carrés. L’ISW n’en confirme que 43,61.
Oleksandr Syrsky annonce l’arrêt des avancées. Fin juin 2025.
Du 11 au 24 juillet, les Ukrainiens contre-attaquent. Le 225e bataillon d’assaut reprend Kindrativka.
Cinquante mille hommes pour quarante-trois kilomètres carrés, puis un recul.
Un an et demi plus tard, le secteur n’est toujours pas rangé. Le 26 août 2026, l’ISW relève encore des infiltrations russes dans le nord de l’oblast de Soumy.
Cinq jours plus tôt, l’institut notait un transfert d’unités Akhmat vers Touria. Motif invoqué par les rapports russes eux-mêmes : la pénurie d’hommes.
Un rendement modeste, quand l’adversaire est prévenu.
Le nord a déjà été essayé, et il a rendu peu.
Le terrain
Forêts, rivières, sol d’hiver
Le nord ukrainien n’est pas une plaine. La carte le montre.
Euromaidan Press décrit le 6 janvier 2026 ce qui gêne un envahisseur ici. Des forêts. Des rivières. Un sol d’hiver qui porte mal les camions.
Ces trois choses touchent la même veine. Le ravitaillement.
En face, les Ukrainiens ont préparé des zones de destruction. Les drones de reconnaissance tiennent les couloirs praticables.
Un couloir surveillé rétrécit.
Cinq à quinze kilomètres
Le même média chiffre l’objectif réaliste. Des pénétrations de cinq à quinze kilomètres.
Prendre des villages frontaliers, donc. Pas rejouer février 2022.
Une vraie poussée vers Tchernihiv, puis vers Kyiv, exigerait un redéploiement massif depuis les fronts décisifs, ce qui reviendrait pour le commandement russe à desserrer sa prise là où il avance encore.
Le média situe environ 350 000 militaires russes hors des fronts actifs. Une fraction seulement se déplace vite.
Il évalue la présence russe en Biélorussie entre quelques milliers et quinze mille hommes. Pour de l’instruction. Pour de la logistique.
Quinze kilomètres, ça ne prend pas une capitale.
Le béton et le fil
Deux mille cent trente points d’appui
Denys Chmyhal publie un inventaire, le 21 décembre 2025. Il est ministre ukrainien de la Défense.
2 130 points d’appui de niveau section. Plus de 3 000 kilomètres de fossés antichars. Plus de mille kilomètres de pyramides de béton.
S’y ajoutent seize mille kilomètres de fil concertina. Et quatre mille trois cents kilomètres d’obstacles bas.
Six régions en bénéficient. Zaporijjia, Donetsk, Soumy, Kharkiv, Tchernihiv, Kyiv.
Deux cents mètres par jour
Le Kyiv Post visite le chantier de Tchernihiv le 29 juin 2026.
Un commandant des gardes-frontières y explique le métier. Son indicatif est Nissan. Une excavatrice creuse environ deux cents mètres de fossé par jour.
Deux soldats posent cent mètres de fil-rasoir en quatre heures. Dix soldats font un kilomètre. Même durée.
Une unité prépare cinq cents mètres d’obstacle par jour. En moyenne.
L’officier dit se servir des arbres. Un tronc tombe à l’angle voulu. Il devient un mur.
Depuis 2022, leur volume a augmenté d’environ cinq cents pour cent. L’officier l’estime ainsi.
Mille kilomètres de frontière, cinq cents mètres par jour. Le calcul se fait tout seul.
Une défense se compte en pelletées, pas en discours.
La question biélorusse
Deux mille deux cents militaires
La Biélorussie a servi de tremplin en 2022. La question revient donc chaque printemps.
L’iSANS compte les Russes présents sur ce territoire. 2 200 militaires au 1er juillet 2026. Le chiffre ne bouge pas.
Le groupement biélorusse posté face à l’Ukraine, lui, compte environ mille hommes. Surtout pour de la garde.
L’institut relève aussi huit mille neuf cent soixante-douze convocations à l’instruction militaire jusqu’à la mi-2026, plus un exercice de mobilisation près de Grodno, du 17 au 26 juin, avec jusqu’à cinq cents réservistes.
Deux mille deux cents hommes n’ouvrent pas un front.
Soixante wagons près de Gomel
L’ISW relève autre chose le 26 août 2026. Une voie d’accès neuve, dimensionnée pour soixante wagons. Et une plateforme de chargement, du côté de Gomel.
La 37e brigade d’assaut aéroporté biélorusse achève sa formation. À une quarantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne.
Une voie ferrée ne tire pas. Elle décharge.
Loukachenko, lui, déclare le 6 juillet 2026, dans une académie militaire, que personne n’enverra ces soldats à la boucherie.
Son vice-ministre des Affaires étrangères énonce la condition inverse. Igor Sekreta prévient. Que quelqu’un franchisse la frontière biélorusse, et Minsk répondra.
Syrsky juge la chose peu probable. Minsk ne prêterait pas son sol.
Un quai de chargement vide reste un quai vide.
Le printemps 2022
Quarante jours
Tchernihiv connaît déjà le scénario. Une poussée venue d’en haut. Le dossier n’en garde qu’une notice encyclopédique ; les chiffres qui suivent sont les siens.
La ville tient assiégée du 24 février au 4 avril 2022. Un mois, une semaine, quatre jours.
Elle comptait près de trois cent mille habitants. Plus de la moitié est partie.
Le maire estime le nombre de civils morts. De 350 à 400.
Environ soixante-dix pour cent de la ville est endommagée.
Le pont sur la Desna
Le 25 mars 2022, les forces russes détruisent le pont routier sur la Desna. Au sud de la ville.
Un pont de moins, c’est une file d’attente de plus.
Le 31 mars, l’armée ukrainienne reprend la route principale entre Kyiv et Tchernihiv.
Le 5 avril 2022, les Russes achèvent de quitter l’oblast.
Depuis, la frontière n’a jamais dormi. Les tirs transfrontaliers reprennent dès le 29 mars 2022, et le décompte ukrainien monte jusqu’à cinquante-cinq explosions pour la seule journée du 26 juillet de cette même année.
Quarante jours. Une route. Un pont.
Ceux qui refont aujourd’hui leurs valises à Prybyn le font dans un oblast que l’armée russe a déjà traversé une fois.
Une valise se refait plus vite qu’un pont.
Ce que la carte compte
Quatre-vingt-dix virgule trente-cinq
Pendant que le nord se discute, l’est se paie.
En août 2026, l’ISW crédite la Russie de 90,35 kilomètres carrés. Soit 2,91 par jour.
Le même institut crédite les Ukrainiens d’au moins 129,81 kilomètres carrés repris.
Et il relaie le compte de l’état-major ukrainien : 42 020 pertes russes sur le mois. Deuxième mois de suite au-dessus de quarante mille.
Une armée qui perd quarante mille hommes par mois ne se refabrique pas un front nordique en octobre.
Rien à signaler
Le nord existe pourtant. Il tire.
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, la Russie lance, selon l’ISW, 218 drones de type Shahed, plus des Iskander et des Kalibr. Une partie décolle des oblasts de Briansk et de Koursk.
Pour le mois entier, l’institut compte plus de deux mille huit cents drones à réaction.
Sur la Biélorussie, l’ISW écrit la même ligne les 1er et 3 septembre. Rien à signaler.
Du côté de Kyiv et de Tchernihiv, il ne relève que des frappes. Aucune opération terrestre.
Des missiles au nord, des mètres carrés à l’est.
Deux comptes tiennent le même mois, à deux endroits différents.
La narration d'avant
Le communiqué du 3 septembre
Une offensive commence souvent par une phrase.
Le 3 septembre 2026, des responsables russes font savoir par TASS que les forces ukrainiennes multiplient la reconnaissance au-dessus de la zone frontalière de Tchernihiv. Avec des drones occidentaux, précise l’agence.
Le dossier n’en montre aucune image.
L’ISW relève l’usage possible d’une telle affirmation. Justifier un renforcement militaire le long de la frontière avec la Biélorussie. Justifier une attaque sur l’oblast de Tchernihiv. Justifier des rappels de réservistes par vagues.
Un motif prêt d’avance, le 3 septembre
Puis l’institut referme la porte qu’il vient d’entrouvrir. Il n’observe aucune preuve d’une attaque imminente dans ce secteur.
Les deux phrases marchent ensemble. Une narration se prépare plus vite qu’une armée.
Loukachenko, de son côté, affirme le 31 mai que la Biélorussie tient une cible majeure en Ukraine. L’Ukraine, elle, a répertorié cinq cents cibles possibles en Biélorussie.
Le 22 juin, l’opposition biélorusse en exil remet à Zelensky une liste d’avertissements.
Les deux présidents ne se sont pas parlé depuis octobre 2019.
Des mots circulent. Des divisions, pas encore.
On arme d’abord un prétexte, parce qu’il coûte moins cher.
La dette
Ce que le dossier ne dit pas
Le dossier ne dit pas si Moscou attaquera au nord.
Il dit ce qui lui manque. Les hommes. Les trains chargés. Le groupement de choc.
Il dit aussi ce qu’elle possède déjà. Un plan sur une table, une agence de presse et une frontière très longue.
Aucune source ouverte ne montre de redéploiement vers la Biélorussie, dit Tetiana Tratch, de l’Institute for the Study of War.
Le major Serhii Dibrov le formule à hauteur d’homme. Il sert à la 21e brigade mécanisée séparée. Rien d’inhabituel dans sa zone.
La liste et les gens dessus
Reste la liste du 24 juin. Et les mille personnes dessus.
Combien de fois demande-t-on à quelqu’un de quitter la même maison avant que la maison cesse d’être une maison ?
Les gardes-frontières comptent des mouvements. Les instituts comptent des kilomètres carrés. À Kamianska Sloboda, ce qu’il reste à compter tient dans des cartons.
Le préavis, lui, est déjà tombé. Il porte une date. Et douze noms de village.
Ceux qui l’ont reçu ne sauront qu’après s’ils sont partis pour rien.
Le nord reste une hypothèse, les valises non.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
ISW, allégation de TASS sur la reconnaissance à Tchernihiv, 3 septembre 2026
ISW, bilan territorial et pertes russes d’août, 1er septembre 2026
ISW, infrastructure militaire biélorusse près de la frontière, 26 août 2026
ISW, offensive russe dans l’oblast de Soumy, 21 août 2026
iSANS, revue de l’activité militaire biélorusse en juin, 12 juillet 2026
Ukrinform, bilan des fortifications présenté par Chmyhal, 21 décembre 2025
Ukrinform, renforcement des fortifications à la frontière biélorusse
Ukrinform, absence de renforcement de troupes selon les gardes-frontières
Sources Secondaires :
Kyiv Independent, scénarios russes d’invasion par le nord, 3 septembre 2026
Kyiv Independent, planification russe d’une opération au nord, 29 août 2026
United24 Media, scénarios russes visant Kyiv et Tchernihiv, 29 août 2026
RBC-Ukraine, effectifs et pertes russes selon Skibitsky, 18 août 2026
Euromaidan Press, hypothèse d’un front nord en février, 18 août 2026
Euromaidan Press, cinq scénarios nordiques selon Zelensky, 20 mai 2026
Euromaidan Press, évacuation de la frontière nord, 6 janvier 2026
Interfax-Ukraine, évacuation de douze localités frontalières, 24 juin 2026
Kyiv Post, renforcement de la frontière avec la Biélorussie, 28 mai 2026
Kyiv Post, fortifications de la région de Tchernihiv, 29 juin 2026
Kyiv Post, refus de Loukachenko d’envoyer des troupes, 6 juillet 2026
Censor.NET, frontière calme mais menace persistante, 19 mai 2026
Mezha, absence de renforcement observé en Biélorussie, 12 juin 2026
Novyny.live, absence de groupement de choc biélorusse, 12 juillet 2026
Liga.net, scénario d’offensive depuis Briansk selon Syrsky, 30 juin 2026
Kyiv Independent, terrains d’entraînement biélorusses avec la Russie, 4 mai 2026
UNN, conditions d’une offensive nommées par Zelensky, 23 août 2026
UA.News, terrain informationnel pour une offensive selon l’ISW, 4 septembre 2026
Wikipédia, siège de Tchernihiv en 2022, consultée le 4 septembre 2026
Wikipédia, offensive de Soumy en 2025, consultée le 4 septembre 2026
Wikipédia, escarmouches frontalières dans le nord, consultée le 4 septembre 2026
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