Une carrière bâtie contre la guerre
Avant d’être ce président, il était ce candidat.
Celui qui appelait la guerre irakienne une erreur.
Celui qui traitait la guerre afghane comme un gouffre sans fond.
The New Republic le rappelle. Donald Trump a construit une bonne partie de sa carrière politique sur cette dénonciation précise.
Deux guerres. Deux échecs qu’il pointait du doigt.
Pour se distinguer de ceux qui l’avaient précédé. À la Maison‑Blanche.
Ce n’était pas une position marginale. Pas dans son propre camp.
Beaucoup, à droite comme à gauche, partageaient ce constat sur l’Irak.
Ce n’était pas un détail de campagne parmi d’autres.
C’était l’os de la promesse. Le noyau du personnage.
Un homme qui promettait d’arrêter d’envoyer des soldats mourir. Pour des sables lointains.
Le mot qu’il répétait
Jamais, disait le candidat, une autre guerre choisie au Moyen‑Orient.
Jamais, répétait‑il, l’argent des contribuables pour rebâtir des pays qui nous détestent.
Jamais, tranchait‑il, l’Amérique reconstructrice du monde entier.
Jamais, promettait‑il, l’erreur irakienne recommencée.
Jamais, jurait‑il encore, l’Afghanistan une deuxième fois.
Cinq fois le même mot. Une seule promesse.
Cinq fois, pas une de plus.
Un mot répété cinq fois n’est plus un réflexe, c’est une doctrine.
Le président qui reprend la doctrine
Le serment répété
Le 11 septembre 2026, au Pentagone, Donald Trump a renouvelé un serment.
Celui prêté un quart de siècle plus tôt, selon le compte rendu officiel : ne jamais oublier.
Il a dit que le pays n’avait pas le choix.
Que le combat continuait. Qu’il ne pouvait y avoir qu’une victoire. Rapporte Newsweek.
Ce n’est pas la phrase d’un isolationniste.
C’est la phrase d’un président qui reprend le vocabulaire qu’il attaquait comme candidat. Dans l’esprit, sinon mot pour mot.
Et pourtant, c’est bien le même homme.
À vingt‑cinq ans d’écart de sa première promesse.
L’Iran, encore une fois nommé
Il a nommé l’Iran. La République islamique, premier parrain de la violence extrémiste dans le monde.
Il a juré qu’elle n’obtiendrait jamais l’arme nucléaire. Selon le ministère de la Guerre et Newsweek.
Le mot « jamais » a changé de camp.
Il ne protège plus une promesse de retrait.
Il couvre, maintenant, une guerre déjà commencée.
Un mot. Deux fonctions. Une seule bouche.
Les deux hommes ont choisi le même angle. Le président et son secrétaire.
Présenter l’Iran comme la suite logique de 2001, pas comme un choix distinct de 2026.
Le même mot, mais il ne garde plus la même maison.
Ce qu'Hegseth a promis au micro
Un pour cent qui monte la garde
Pete Hegseth a pris le micro après le président.
Il a rappelé que seulement 1 % des Américains portent l’uniforme.
Et que ce 1 % monte la garde pour les 99 % restants. Selon le ministère.
Une arithmétique simple.
Un fardeau. Qui ne se partage pas également.
Qui monte la garde pour ce un pour cent, quand ses propres généraux improvisent une doctrine en cours de route ?
Les pétroliers et le détroit
Hegseth a averti. Les forces américaines continuaient d’envoyer les combattants extrémistes là où ils méritaient d’aller.
Et de couler les pétroliers qui financent leurs réseaux. Rapporte Stars and Stripes.
La pression économique contre Téhéran se resserre. A‑t‑il ajouté.
Les forces américaines contrôlent le détroit d’Ormuz.
Un détroit. Un blocus. Une facture qui grimpe. Ailleurs qu’au front.
Un pétrolier coulé ne fait pas de bruit. À Washington. Il en fait beaucoup à la pompe.
Monter la garde, ce n’est pas la même chose que gagner.
La guerre qu'on n'a pas nommée ainsi
28 février, l’opération lancée
Elle porte un nom : Opération Epic Fury.
Elle a commencé le 28 février 2026. Selon le Jerusalem Post.
Personne, au Pentagone, ne l’a appelée « guerre » ce jour de commémoration.
Elle l’est pourtant, depuis six mois.
Six mois, jour pour jour, à quelques dates près.
Un nom de code se choisit en communication. Une guerre, elle, se déclare autrement. Devant le Congrès, dans le texte que la Constitution prévoit d’ordinaire.
Candidat, il dénonçait Bagdad. Président, il défend Téhéran comme cible légitime.
Six mois d’usure
Contrairement aux interventions de George W. Bush. Cette guerre s’appuie surtout sur la puissance aérienne et navale.
Pas sur des troupes au sol.
Après six mois, les États‑Unis sont enlisés dans une bataille d’usure. Écrit le Jerusalem Post.
Pas de gouvernement renversé. Pas de retrait annoncé non plus.
Une guerre qui ne ressemble à aucune des deux qu’il critiquait.
Et qui leur ressemble pourtant sur l’essentiel : elle ne finit pas.
Six mois sans nom de guerre, c’est déjà un aveu.
Le prix que personne ne chante
18 noms, 800 blessures
18 militaires américains sont morts dans cette guerre.
Plus de 800 ont été blessés, selon Stars and Stripes.
The New Republic ajoute un autre chiffre, plus lourd encore.
Jusqu’à 8 000 civils morts au Moyen‑Orient. Depuis le début du conflit.
Des cessez‑le‑feu se signent. Ils s’effondrent aussi.
Aucun chiffre définitif. Seulement une direction.
Et elle ne redescend pas.
Le litre qui a grimpé
Le blocus a perturbé les livraisons mondiales de pétrole.
L’essence est montée à environ 4,30 $ US le gallon à la mi‑septembre. Rapporte Stars and Stripes.
Une guerre se paie aussi à la pompe. Loin du front.
Le carburant qui coûte plus cher se sent avant de se lire. Sur un graphique.
Personne ne vote pour une facture d’essence. Tout le monde la paie quand même.
Une hausse à la pompe touche d’abord les régions. Qui n’ont pas voté pour cette guerre non plus.
Et pourtant, personne au Pentagone ne s’excuse pour la facture.
Le prix à la pompe ne fait pas de cérémonie.
Une contrainte que Washington avait
Ce que Bush avait cherché
George W. Bush, après 2001, avait cherché des alliés.
Un vote au Congrès. Une coalition, même imparfaite.
Donald Trump a frappé en février 2026. Avec peu de consultation internationale, selon le Jerusalem Post.
Pas de traumatisme national pour souder le pays. Derrière lui, cette fois.
Pas de tours qui s’effondrent en direct.
Une guerre choisie. Pas une guerre subie.
Le mot d’un chercheur
Sina Toossi, du Center for International Policy. L’a résumé sobrement.
Trump a rompu une contrainte importante. Washington se l’imposait depuis longtemps sur les grandes guerres au Moyen‑Orient.
Une digue politique. Elle a tenu vingt‑cinq ans, à peu près.
Une guerre que d’autres analystes appellent, sobrement, une « guerre de choix ».
Jamais, disaient tacitement les présidents précédents. Sans un minimum de consensus.
Trump, lui, l’a fait sans ce minimum.
Je doute qu’un serment tienne encore longtemps. Quand la moitié du pays cesse d’y croire.
Une digue qui cède ne fait pas de bruit avant la première vague.
Ce que la guerre sans fin enseigne
L’avion et le navire, pas la botte
Pas de milliers de soldats au sol, cette fois.
Des avions. Des navires. Un détroit sous contrôle.
Une guerre plus légère à montrer, plus lourde à finir. Selon l’analyse du Jerusalem Post.
Sans occupation, il n’y a pas de drapeau planté. Pour dire que c’est fini.
Rien à signer. Rien à célébrer non plus.
Une guerre aérienne coûte moins de vies américaines. Elle ne coûte pas moins de temps.
La leçon non retenue
Le gouvernement Bush avait répondu aux attentats de 2001 par des guerres qui ont duré une décennie.
Au nom de la lutte contre la violence extrémiste.
Avec des conséquences majeures, rappelle The New Republic.
Les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont duré des années. Après leur premier mois.
Leur coût politique s’est payé longtemps. Après le dernier coup de feu.
Trump n’a pas retenu cette leçon. Écrit le Jerusalem Post.
Il répète la structure qu’il critiquait. Sans jamais la nommer ainsi.
La plupart des Américains s’opposaient à cette guerre dès son premier jour. Selon la même analyse.
Autrement dit, la popularité n’a jamais validé la décision. Seule la fonction l’a permise.
Une leçon non retenue se repaie toujours, avec intérêt.
L'objection que Trump signerait
Gouverner n’est pas promettre
Voici l’objection la plus forte. Elle mérite d’être posée sans caricature.
Un candidat parle à un micro. Un président répond à un dossier classifié.
Personne ne gouverne exactement comme il a fait campagne, disent ses défenseurs.
Les faits changent, ajoutent‑ils.
Un chef d’État qui s’adapte à une menace réelle. N’est pas un menteur.
Il est peut‑être seulement responsable.
Le doute n’est pas une insulte à la fonction. C’est ce qui reste quand une promesse et un acte ne racontent plus la même histoire.
Ce que la fonction exige
La fonction de commandant en chef n’a jamais promis la constance des slogans de campagne. Poursuit l’argument.
Si Téhéran avance vers l’arme nucléaire. Un président a le devoir d’agir.
Quitte à ressembler à ceux qu’il critiquait hier.
Un président peut‑il vraiment gouverner contre sa propre promesse sans jamais le reconnaître devant son électorat ?
L’objection tient, jusqu’à un certain point. Elle explique un virage.
Elle n’explique pas une guerre sans stratégie de sortie visible. Six mois plus tard.
L’objection explique un virage. Elle n’explique pas une guerre sans fin.
Ce que l'Iran menace vraiment
Un parrain nommé par le Pentagone lui-même
Voici ce qu’on concède, parce que c’est vrai.
La République islamique d’Iran est nommée par le président. Et par son propre ministère.
Premier parrain de la violence extrémiste dans le monde.
Ce n’est pas une invention de communication.
C’est une menace documentée. Répétée depuis des années.
Bien avant 2026.
La menace qu’on ne peut pas nier
Nier la menace serait aussi malhonnête. Que d’excuser la guerre qui prétend y répondre.
Le problème n’est pas que le danger soit inventé.
Rien à redire là‑dessus.
Aucun média sérieux, à gauche comme à droite. Ne conteste réellement cette part du dossier.
Le problème, c’est l’habit qu’on lui a taillé. Le 11 septembre 2026.
Celui d’une mémoire sacrée. Cousu sur une guerre qui n’a pas de fin annoncée.
Une menace réelle ne rend pas une guerre sans fin nécessaire.
Les électeurs n'ont pas de plan non plus
70 % d’incertitude
Plus de 70 % des Américains le disent. Donald Trump n’a pas de plan pour cette guerre.
Selon des sondages Fox News et CNN cités par CNN.
Ce n’est pas un chiffre isolé.
67 % estiment qu’il ne pèse pas soigneusement ses décisions importantes.
71 % ne le jugent pas tempéré.
Il dit qu’il a un plan. Sept Américains sur dix disent le contraire.
Un tempérament jugé sévèrement
Un président de guerre qui perd la confiance sur sa capacité à décider. Ce n’est pas un détail de sondage.
C’est une fissure.
Entre le serment prononcé au Pentagone. Et la confiance qu’il réclame pour le tenir.
Un pays qui doute de son commandant en chef pendant qu’il combat. N’est pas un pays uni derrière sa guerre.
Et pourtant, la cote de confiance ne suit pas la fermeté du ton employé ce jour‑là.
Le 20 septembre 2026, à neuf jours de la cérémonie, cette fissure s’élargissait encore, selon l’analyse de CNN.
Un serment sans confiance n’est plus qu’une formule.
Les frasques d'un président en campagne
12 jours, une liste qui s’allonge
Il a offert 5 000 $ à chaque adulte américain. Si les républicains gardaient le Congrès.
66 % des électeurs ont désapprouvé, contre 18 %, selon CNN.
Il a plaisanté sur l’aide fédérale aux sinistrés d’un État. S’il n’élisait pas un sénateur républicain.
Il a menacé de bloquer tout le commerce extérieur.
Il a fermé l’accès de la Maison‑Blanche à trois salles de presse. Les 18 et 19 septembre 2026.
Il a évoqué, sans preuve, un complot démocrate. Contre sa propre vie.
En rappelant l’attentat de 2024 en Pennsylvanie. Dont l’auteur était pourtant un républicain inscrit.
Il a aussi tenté de forcer les tribunaux. À autoriser son nom sur le Kennedy Center, selon la même analyse.
Il a critiqué les juges de la Cour suprême qu’il avait lui‑même nommés. Il a aussi mis en doute les protocoles de politique étrangère concernant l’Irlande.
L’anniversaire recyclé en argument
Avant le 25e anniversaire du 11 septembre, il a raconté une histoire non confirmée.
Des pompiers qui l’auraient évacué près de Ground Zero. Une histoire qualifiée de trompeuse par CNN.
Douze jours. Une liste qui s’allonge, pas qui se referme.
Le serment du Pentagone est venu se glisser au milieu de cette liste.
Pas au‑dessus.
Douze jours de campagne, un seul serment solennel. La proportion dit déjà quelque chose.
Un anniversaire sacré ne devrait pas avoir besoin d’un calendrier électoral.
Ce qui reste du serment
La question qui reste
Un quart de siècle après les tours, six mois après l’Iran. Le même mot revient : jamais.
Jamais oublier, a dit le président.
Jamais l’arme nucléaire pour Téhéran, a‑t‑il ajouté.
Mais un autre jamais dort dans ses propres discours de campagne.
Celui d’une guerre choisie de plus au Moyen‑Orient.
Combien de fois encore un serment peut‑il changer de guerre sans qu’on lui demande des comptes ?
Le serment et la facture
18 morts. Jusqu’à 8 000 de plus, ailleurs.
Une essence à 4,30 $. Une confiance sous les 30 %.
Voilà ce que vaut, pour l’instant. La doctrine qu’il a reprise.
La cour du Pentagone se remplira encore l’an prochain. Le serment sera le même.
La guerre, elle, n’aura peut‑être pas de date pour finir.
Une cour qui se remplit fait du bruit. Une guerre sans fin, elle, n’en fait pas.
Le 11 septembre n’appartient à aucun parti. Il ne devrait appartenir à aucune campagne non plus.
Ce qu’il dénonçait, il le porte maintenant.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Département de la Guerre (DoD News), compte rendu de la cérémonie du Pentagone, 11 septembre 2026
Newsweek, discours de Trump au Pentagone, transcription, 11 septembre 2026
Stars and Stripes, cérémonie du 11 septembre et propos de Hegseth, 11 septembre 2026
Sources Secondaires :
The New Republic, l’usage du 11 septembre pour justifier la guerre en Iran, 11 septembre 2026
The Jerusalem Post, la campagne iranienne de Trump et les guerres sans fin, 10 septembre 2026
CNN (Aaron Blake), les frasques électorales de Trump avant les mi-mandats, 20 septembre 2026
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