Treize février
Le 13 février 2026, Charles Milliard devient chef.
Chef du Parti libéral du Québec.
Personne n’a voté.
Son seul rival potentiel s’appelle Mario Roy. Un agriculteur de la Beauce.
Il n’a pas réussi à remplir les conditions pour être candidat, rapporte La Presse.
Le candidat qui n’a pas pu
Il fallait 750 signatures de membres en règle. Et un dépôt de 30 000 $, précise Radio-Canada.
Roy n’avait ni l’un ni l’autre, en quantité suffisante.
Alors le parti a fait ce que ses propres règles permettent. Il a couronné.
Pas de vote. Pas de débat entre candidats. Pas de tournée des régions.
Aucun bulletin imprimé.
Les libéraux se réunissent quand même, le dimanche suivant, à Trois-Rivières. Six cents militants, rapportent Les as de l’info.
« Servir notre parti comme chef est un immense privilège », déclare Milliard, par communiqué, selon La Presse.
Un couronnement, ça va vite. Ça ne prouve rien.
Deuxième en juin, seul en février
Cinquante-deux virgule trois
Ce n’est pourtant pas un inconnu.
Ce n’est pas un accident de parcours.
En juin 2025, Charles Milliard avait déjà tenté sa chance.
Pablo Rodriguez l’avait emporté. 52,3 % des voix, contre 47,7 %, au deuxième tour, selon Radio-Canada.
Un écart de moins de cinq points. Une vraie course, celle-là.
Les trois autres candidats avaient été éliminés au premier tour. Karl Blackburn, Marc Bélanger, Mario Roy, précise Radio-Canada.
Cinq noms sur un bulletin. Un vrai dépouillement. Une vraie soirée d’élection.
Un score qui ne s’efface pas
Milliard avait donc déjà convaincu près de la moitié des militants. Une fois.
Ce n’est pas rien, 47,7 %.
Ce n’est pas non plus un mandat.
Entre les deux scores, il manque exactement ceci à un chef de février 2026.
Un vote perdu, contre un vote qui n’a jamais eu lieu.
Personne n’a voté contre lui non plus, cette fois. Il n’y avait personne à qui dire non.
Un chiffre qui tient encore.
Un score de deuxième place n’est pas un couronnement.
La chute de Pablo Rodriguez
Un congédiement, puis une crise
Pour comprendre l’absence de course en 2026, il faut retourner en arrière.
Pablo Rodriguez avait traversé la rivière des Outaouais en 2024.
Député fédéral de longue date, devenu candidat provincial. L’homme de l’expérience, disait-on, selon Radio-Canada.
Le 17 novembre 2025, tout bascule.
La députée Marwah Rizqy congédie sa directrice de cabinet, Geneviève Hinse. Sans en parler d’abord à Rodriguez.
C’est ce renvoi qui expose la crise, rapporte Le Soleil.
Puis les révélations s’accumulent.
Des textos évoquent des « brownies ». Vocabulaire de fortune pour de l’argent versé, afin d’inciter à voter pour Rodriguez pendant la course à la chefferie.
Six mois de règne
Le coup de grâce tombe un mardi.
Une vingtaine de donateurs. Des enveloppes de 500 $, pour se faire rembourser leur contribution. Allègue Le Journal de Montréal, cité par Le Soleil.
Une pratique contraire à la Loi électorale, si elle se confirme. Une allégation, pas encore un verdict.
L’Unité permanente anticorruption ouvre une enquête. La commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale aussi, selon Radio-Canada. Les conclusions se font toujours attendre.
Rodriguez plaide l’ignorance.
Il tombe quand même. Après six mois à la tête du parti.
Six mois, et le patient retourne déjà en chirurgie.
Ce que le corps a dû couper
Le côté qu’on choisit
Voici où ce texte se place.
Du côté de qui doit voter avant d’être gouverné.
Contre un parti qui a préféré la vitesse au test.
Parce qu’un chef qu’on n’a jamais eu à convaincre n’a encore rien prouvé à personne d’autre que lui-même.
Le reste de cette chronique suit cette ligne-là.
Deux députées écartées
Le 2 décembre, Rodriguez expulse Marwah Rizqy du caucus. « Manque de loyauté », dit-il, selon Le Soleil.
Deux jours plus tard, le 4 décembre, une deuxième députée tombe. Sona Lakhoyan Olivier, exclue à son tour. Le temps qu’une enquête éthique fasse son travail.
Un caucus de dix-huit élus. Deux voix perdues en une semaine.
Ce n’est pas une chirurgie mineure.
L’Assemblée nationale ne prend pas de chance. Elle adopte une loi. Rendre illégal l’achat de votes dans une course à la direction, rapporte Le Soleil.
Un avocat avait aussi été mandaté par le parti pour dénoncer certains faits à l’UPAC et au Directeur général des élections, selon Radio-Canada.
Une loi qui porte le nom d’une crise qu’elle n’a pas pu prévenir.
Marc Tanguay, lui, assure l’intérim. En attendant un successeur, selon Radio-Canada.
On ampute pour arrêter le saignement, pas pour guérir la cause.
Ce que l'exécutif a évité
L’objection la plus forte
Il existe une bonne objection à tout ça. Elle mérite sa vraie force, avant d’être retournée.
Une course de plusieurs semaines, en pleine enquête de l’UPAC, aurait étalé le scandale sur tout l’hiver.
Chaque semaine, un nouveau texto. Une nouvelle enveloppe. Un nouveau titre.
Une manchette de plus, une raison de moins d’y croire.
Le PLQ n’avait pas les moyens d’une nouvelle saison de manchettes. Pas à sept mois du vote.
Le 22 décembre 2025, le Conseil exécutif du PLQ tranche. Il adopte les règles d’une course courte, rapporte Radio-Canada.
Sept cent cinquante signatures. Trente mille dollars.
Couronner vite, c’était refermer la plaie avant l’élection. Un parti exsangue n’a pas toujours le luxe du débat.
Le même exécutif avait pourtant prévu un vote préférentiel à deux tours. Pensé pour donner plus de poids aux jeunes et aux régions, selon Radio-Canada.
Un mécanisme conçu. Jamais utilisé.
Un choix rationnel, sur papier.
Ce qu’elle ne dit pas
Je le dis avec l’inconfort de qui a déjà vu ce scénario ailleurs.
Une victoire sans adversaire ressemble à une paix sans négociation.
Ça tient. Jusqu’à ce que ça ne tienne plus.
Et pourtant, la vitesse n’a pas acheté la force. Elle a acheté du temps. Rien d’autre.
Sept mois plus tard, le 7 septembre, un sondage tombe.
Pallas Data place le PLQ au troisième rang, selon La Presse.
La plaie est refermée. Le patient, lui, ne court toujours pas.
Gagner du temps n’est pas la même chose que guérir.
Vingt pour cent
Le sondage Pallas
Vingt pour cent.
C’est le score du PLQ. Sondage Pallas Data, 5 septembre 2026.
1100 répondants, rapporte La Presse.
Le Parti québécois arrive premier. 29 %.
La Coalition avenir Québec suit. 24 %.
Le Parti conservateur du Québec talonne. 15 %.
Québec solidaire ferme la marche. 11 %.
Troisième, encore
Vingt pour cent, en 2026, place le PLQ derrière deux autres partis.
Marge d’erreur : 3,0 %, dix-neuf fois sur vingt, précise La Presse.
Un chef couronné sans opposant devait, en théorie, unir vite et frapper fort.
Il unit. Il ne frappe pas encore.
Vingt pour cent, sept mois après le couronnement. Pas vingt-cinq. Pas trente.
Le chiffre ne bouge pas dans le sens qu’un couronnement est censé produire.
Un chiffre froid. Un chiffre têtu.
Vingt pour cent, ce n’est pas une base. C’est un plancher qu’on espère.
Un chef sans siège
Aucune circonscription
Il y a un détail que peu de gens répètent assez souvent.
Charles Milliard n’a jamais été député. Ni à Québec, ni à Ottawa. Contrairement à Pablo Rodriguez, note La Presse.
Il mène une campagne provinciale sans siège à l’Assemblée nationale.
Aucune tribune de la période de questions à son actif.
Aucun vote parlementaire à défendre. Mais aucun non plus à montrer.
Sans mandat électif, il doit aussi reconquérir les francophones et les régions qui l’ont boudé, note La Presse.
Deux terrains où un chef sans circonscription part derrière.
Dix-huit élus dans son caucus. Zéro siège pour le chef lui-même.
Les débats comme seule scène
Personne n’a voté pour un chef sans siège non plus.
Ça ne s’était jamais présenté sur un bulletin, avant lui.
Il lui reste les débats télévisés. Trois, avant le vote, rappelle-t-il lui-même, selon La Presse.
Trois soirs pour se présenter à des électeurs qui, souvent, ne l’ont jamais vu à l’œuvre.
Trois soirs pour faire, en direct, ce que sept mois de couronnement n’ont pas fait.
Trois débats, ce n’est pas beaucoup de temps pour se faire connaître.
Jamais avec la CAQ
Les pyromanes
Retour à Laval, devant l’hôpital.
« Je suis venu en politique pour les tasser », lance Milliard. À propos de la CAQ, selon La Presse.
Il ne se coalisera pas avec elle. Même pour bloquer un référendum, dit-il.
Une CAQ qui a « détruit les finances publiques ». Qui a « désuni les Québécois », dans les huit dernières années.
La question n’était pas anodine.
Le sondage Pallas venait de confirmer, le même jour, la troisième place du PLQ, rapporte La Presse.
Un changement de ton
Le même jour, il bouscule son propre horaire.
Il annule une visite dans les Basses-Laurentides. Pour enregistrer, devant cinq fleurdelisés, un message à ses militants, rapporte La Presse.
Huit minutes.
« On va devoir communiquer différemment, communiquer davantage », admet-il.
Un chef qui change de ton à trois semaines du vote n’est pas en train de savourer une avance.
Un ton plus dur. Une ligne plus nette.
On ne change pas de ton quand on gagne déjà.
Ce qui plaide pour lui
Le pharmacien de la FCCQ
Voici le fait qui dérange la thèse de ce texte. Et il compte.
Charles Milliard n’est pas un inconnu qu’on a sorti d’un chapeau.
Avant la politique, il dirigeait la Fédération des chambres de commerce du Québec, précise La Presse.
Un pharmacien devenu porte-voix du milieu des affaires. Puis deuxième dans une vraie course, en 2025.
Ce parcours n’a rien d’accidentel.
Né à Lévis, en 1979. Il habite désormais en Estrie, selon Les as de l’info.
Un profil de gestionnaire. Pas de vedette improvisée.
Ça ne fait pas un couronnement légitime. Ça fait un candidat sérieux.
Cent mille logements
Il arrive aussi avec des chiffres à défendre. Pas seulement une couronne.
Cent mille logements par année, promet-il. Pour loger autant les jeunes acheteurs que les itinérants, selon La Presse.
Un discours de rigueur budgétaire. Sans chèque ni crédit d’impôt électoraliste, dans une campagne qui en regorge.
Il veut aussi plafonner le loyer des résidences privées pour aînés. Selon un mécanisme qui reste à définir, rapporte La Presse.
Une plateforme numérique de télésanté, sans rendez-vous, comme nouvelle porte d’entrée dans le réseau public, promet-il aussi.
Un vrai bilan. Pas un slogan.
Et pourtant, aucun de ces atouts n’a été soumis à un vote face à un adversaire.
Un adversaire honnête doit l’admettre. Ce n’est pas rien, pour un chef qu’on dit fragile.
Ce n’est pas suffisant non plus.
Un mauvais couronnement peut quand même tomber sur le bon candidat.
Le parti qui monte à côté
Vingt-neuf pour cent
Pendant que le PLQ soigne ses points de suture, un autre parti avance.
Sans avoir eu à traverser ce que le PLQ vient de traverser.
Le Parti québécois, à 29 % selon Pallas Data, mène la course depuis des mois.
Ce n’est pas la faute de Charles Milliard.
Il n’était même pas chef quand cette avance a commencé à se creuser.
Ce n’est pas non plus sans conséquence pour lui.
Un autre chronomètre. Une autre course.
Un référendum promis
Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, répète qu’il tiendra un référendum. Dans un premier mandat, même si le Oui ne rallie pas une majorité, rapporte La Presse.
Ce n’est pas à cette chronique de juger cette promesse.
C’est à elle de constater qu’elle change le calcul.
Un chef libéral fragile n’affronte pas seulement un adversaire électoral. Mais un enjeu constitutionnel relancé.
Vingt pour cent, dans ce contexte, pèse plus lourd qu’un chiffre de sondage ordinaire.
Le contexte change le poids d’un chiffre.
Sur la pointe des pieds
Un jugement d’éditorialiste
Le 15 septembre, Charles Milliard se présente à la table éditoriale de La Presse.
Il y défend une « dose de réalisme financier ».
La Presse avait invité les cinq chefs de parti à cet exercice. Un à la fois, au gré de leur agenda.
Le compte rendu de cette rencontre le dit sans détour.
Il est « entré dans la course sur la pointe des pieds », selon La Presse.
Quinze jours, dit le calendrier
Trois semaines avant le vote, La Presse résumait ainsi la situation.
« Il devra faire des pas de géant pour rattraper le temps perdu. »
Trois semaines, c’était il y a cinq jours.
Il en reste quinze.
Les pas de géant, pour l’instant, ressemblent encore à des pas de convalescent.
Encore du temps. Plus beaucoup.
Et si quinze jours ne suffisaient pas…
La pointe des pieds n’a jamais gagné une course.
Combien de temps un couronnement tient
La question que le parti évite
Le moment est venu.
Force ou faiblesse, il faut trancher.
La force, ce sont ces sept mois sans guerre intestine. Un candidat déjà connu. Un programme déposé. Une ligne budgétaire claire.
Sept mois pour se refaire une légitimité. Plutôt que sept mois à se déchirer en public.
La faiblesse, c’est vingt pour cent.
Un troisième rang. Un chef que ni son caucus ni ses membres n’ont eu à départager.
Et qui doit maintenant convaincre tout le monde en quinze jours.
Ce que le 5 octobre tranchera
Un couronnement n’est pas un mandat.
Un mandat ne s’improvise pas en trois débats télévisés.
Sept mois pour se refaire une légitimité. Quinze jours pour la prouver devant tout le monde, pas seulement devant un exécutif de parti.
Le 5 octobre 2026, les Québécois voteront. Pour de vrai, cette fois.
Combien de temps un chef peut-il gouverner un parti que son propre caucus n’a jamais départagé, si les électeurs ne le départagent pas non plus ?
Le compte à rebours ne s’arrête pas pour laisser un patient récupérer.
Il n’a jamais attendu personne. Il n’attendra pas un chef couronné en février pour se remettre à courir en octobre.
Milliard mène un parti qui n’est pas encore sorti de l’hôpital.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
La Presse Canadienne, Charles Milliard confirmé chef du PLQ par acclamation, 13 février 2026
La Presse, Milliard rejette catégoriquement une coalition avec la CAQ, 7 septembre 2026
Le Soleil (La Presse Canadienne), Pablo Rodriguez démissionne, 17 décembre 2025
Sources Secondaires :
Radio-Canada, Pablo Rodriguez démissionne, chronique de la crise, 17 décembre 2025
Radio-Canada, le calendrier et les règles de la succession au PLQ, 23 décembre 2025
Les as de l’info, portrait du nouveau chef Charles Milliard, 16 février 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.