Ce que Bruxelles a dit à Euronews
Le 23 septembre 2026, Euronews rapporte que la Commission européenne ne repoussera pas sa date butoir du 1er novembre.
À partir de ce jour-là, les projets d’énergie financés par l’Union, raccordés ou en voie de l’être, devront exclure les fournisseurs d’onduleurs jugés à haut risque, ou basculer progressivement vers d’autres. En clair : Huawei et les fabricants chinois sortent des projets payés avec l’argent européen.
Des groupes industriels et des investisseurs institutionnels espéraient un report. Ils invoquaient le coût et la disponibilité des solutions de rechange. Des responsables européens ont répondu non.
Ce qui ne bouge pas
Selon Euronews, les services de la Commission étaient divisés au départ. Le Secrétariat général poussait la ligne dure. La direction des partenariats internationaux freinait. L’écart s’est refermé.
La Commission soutient qu’une offre de rechange existe déjà, et que le prix de la sécurité du réseau reste modeste.
Je le dis sans détour. Ce texte est du côté de la Commission qui garde sa date, contre le pouvoir de Pékin qui exige qu’on le croie sans vérifier, parce qu’un réseau électrique ne se protège pas sur parole.
Une date qui tient vaut mieux qu’une promesse qui recule.
Le cerveau du réseau
Un onduleur, en trois gestes
Un onduleur convertit. Il règle. Il décide quand l’électricité du toit entre dans le réseau, et à quelle tension.
Un onduleur, c’est le cerveau de l’installation. Sans lui, un parc solaire est une surface noire au soleil.
Un onduleur, c’est aussi une oreille. Branché à Internet, il accepte des instructions venues d’ailleurs.
Le 4 mai 2026, en point de presse à Bruxelles, une porte-parole de la Commission a résumé les évaluations de risque. Manipulation des paramètres de production. Perturbation de la production. Accès non autorisé aux données d’exploitation. En pratique, a-t-elle dit, un arrêt à distance des réseaux des États membres et des pannes à l’échelle d’un pays.
3 à 4 gigawatts
Combien faut-il de boîtiers pour faire vaciller l’Europe ?
Des experts cités par Reuters en mai 2025 avançaient un ordre de grandeur : prendre le contrôle de 3 à 4 gigawatts suffirait à perturber largement l’approvisionnement.
Le Conseil européen des fabricants solaires estimait, lui, que plus de 200 gigawatts de capacité solaire européenne étaient reliés à des onduleurs fabriqués en Chine.
Trois ou quatre d’un côté. Deux cents de l’autre.
On ne mesure pas une menace au prix du boîtier.
Mai 2025, les pièces sans nom
Des radios que la notice ne mentionne pas
Le 14 mai 2025, Reuters publie une enquête. Deux sources au fait du dossier racontent la même chose.
Des experts américains, qui démontent l’équipement branché au réseau pour en vérifier la sécurité, ont trouvé dans certains onduleurs chinois des dispositifs de communication absents des documents du produit.
Sur neuf mois, selon l’une des sources, des radios cellulaires non déclarées ont aussi été découvertes dans des batteries de plusieurs fournisseurs chinois.
Ces composants, disaient les deux sources, ouvrent des canaux de communication supplémentaires, capables de contourner les pare-feu à distance. L’une d’elles parlait d’une façon intégrée de détruire physiquement le réseau.
Ce que Reuters n’a pas pu compter
L’agence l’écrit elle-même. Elle n’a pas pu établir combien d’onduleurs et de batteries avaient été examinés. Les deux sources n’ont nommé aucun fabricant.
C’est une limite. Je la publie.
Le département américain de l’Énergie répondait alors que ces fonctions n’avaient peut-être pas d’intention malveillante, mais que l’acheteur devait connaître toutes les capacités de ce qu’il reçoit.
Connaître ce qu’on branche. Voilà toute l’affaire.
Une pièce sans nom, c’est une question sans réponse.
L'objection la plus forte
Trente onduleurs, deux écarts
Voici l’argument que Pékin et ses fabricants signeraient des deux mains, et il est sérieux.
En janvier 2026, pv magazine rapporte une analyse du département américain de l’Énergie. Ses laboratoires nationaux ont inspecté environ 30 onduleurs. Ils ont trouvé deux cas où les communications observées différaient de la documentation officielle.
Deux cas jugés non malveillants. Non intentionnels. Aucune preuve définitive de fonction sans fil malveillante, selon le rapport.
Au Danemark, l’association Green Power Denmark a elle aussi écarté tout lien entre des composants suspects trouvés localement et les onduleurs visés aux États-Unis.
Ce que Washington a aussi écrit
Et pourtant, le même rapport ne s’arrête pas là.
Il écrit qu’un seul onduleur compromis aurait peu de chances d’ébranler tout un réseau. Il écrit aussi qu’une manipulation coordonnée sur plusieurs sites pourrait avoir des effets plus larges, même si elle serait plus difficile à mener.
Il recommande une approche par paliers pour les appareils fabriqués dans des pays jugés préoccupants. Il recommande l’analyse du micrologiciel. Il recommande de confier l’entretien à des entreprises américaines.
On ne recommande pas ça pour un grille-pain.
L’absence de preuve d’une intention n’est pas la preuve d’une absence de capacité.
Pas de piège trouvé ne veut pas dire pas de porte.
Novembre 2024, l'interrupteur a servi
Des onduleurs éteints depuis la Chine
Il y a un fait, dans l’enquête de Reuters, qui pèse plus lourd que toutes les pièces sans nom.
En novembre 2024, selon trois personnes au fait du dossier, des onduleurs solaires aux États-Unis et ailleurs ont été désactivés depuis la Chine.
Pas un scénario de laboratoire, disent ces sources. Des appareils en service. Éteints de loin.
Reuters n’a pas pu établir combien. Ni l’ampleur des perturbations. Le département de l’Énergie a refusé de commenter.
Un litige commercial, une démonstration
L’origine était banale. Un différend commercial entre deux fournisseurs, Sol-Ark et Deye, selon les mêmes sources. Sol-Ark précisait n’avoir aucun contrôle sur des onduleurs qui ne portaient pas sa marque, comme dans la situation de novembre 2024.
Banal, justement.
Si une chicane de contrat suffit à éteindre des onduleurs chez des clients qui n’ont rien demandé, que peut faire une décision d’État ?
Je ne connais pas la réponse. Personne ne la connaît. C’est exactement pour ça qu’on ne laisse pas la question ouverte sur 200 gigawatts de toits et de parcs.
Quelque part, ce jour-là, des panneaux ont continué de capter le soleil. Pour rien.
L’interrupteur existe. Il a déjà été tourné.
Qui peut l'éteindre
Un soir de janvier, un réseau
Qui peut l’éteindre ? La famille qui l’a payé, avec le disjoncteur.
Qui peut l’éteindre ? Le fabricant, par la mise à jour. C’est prévu. C’est écrit.
Qui peut l’éteindre, et qui peut forcer le fabricant à le faire ?
Un soir de grand froid, en Europe, le réseau tient à peu de chose. Une fréquence. Un équilibre entre ce qui entre et ce qui sort. Des milliers de toits qui décrochent en même temps, c’est une chute brutale de production au pire moment. Dans les maisons, le chauffage coupe, la lumière du corridor s’éteint, l’enfant demande pourquoi.
La loi qui oblige à répondre
Les entreprises chinoises sont tenues par la loi de coopérer avec les services de renseignement de leur pays, selon des experts cités par Reuters. Ce qui donnerait au gouvernement un contrôle potentiel sur les onduleurs branchés aux réseaux étrangers.
Le mot est « potentiel ». Je le garde.
Mais un fabricant qui ne peut pas dire non à son propre État n’est pas un fournisseur comme un autre. Il est un relais.
Et si l’ordre, un jour, ne venait plus d’une chicane de contrat, mais d’un…
Le relais, ici, est dans le garage.
Le disjoncteur est à vous. La mise à jour ne l’est pas.
Pékin dit que
Le 7 mai, le ministère du Commerce
Trois jours après le point de presse de Bruxelles, le ministère chinois du Commerce a répondu. L’agence Xinhua a relayé la déclaration le 8 mai 2026.
Pékin dit que l’Union a agi « sans aucune preuve concrète ».
Pékin dit que l’Europe, pour la première fois, a désigné la Chine comme « pays à haut risque », et que c’est une stigmatisation.
Pékin dit que la mesure menace la confiance, le commerce et les chaînes d’approvisionnement, jusqu’au découplage.
Pékin dit que l’Europe se fera du tort à elle-même, dans sa transition verte et sa sécurité énergétique.
Pékin dit que des « mesures nécessaires » seront prises pour protéger ses entreprises.
Ce que Pékin ne dit pas
Rien, dans cette déclaration, sur l’accès à distance. Rien sur la loi qui oblige les entreprises à coopérer. Rien sur novembre 2024.
Un pouvoir établit ce qu’il dit. Il n’établit pas le fait.
Le vocabulaire, lui, trahit l’humeur. Stigmatisation. Discrimination. Première fois. Tout indique un pouvoir qui réagit d’abord à l’étiquette, à l’affront de rang, avant de répondre sur le fond. Et une menace de représailles glissée à la fin, polie, vague, bien réelle.
En mai 2025 déjà, l’ambassade de Chine à Washington dénonçait devant Reuters une généralisation de la notion de sécurité nationale. Même réflexe. Même absence de réponse technique.
Pékin demande la confiance. Pékin garde la clé.
Qui paie la sortie
20 à 40 % de plus
Maintenant, la facture. Elle existe, et elle ne tombe pas sur Pékin.
Selon des données de l’industrie reprises par Reuters le 11 juin 2026, les onduleurs fabriqués en Europe coûtent de 20 à 40 % de plus que les pièces chinoises. Sur l’ensemble d’une installation, environ 2 % de plus. Assez pour écraser des marges déjà minces.
Selon les calculs de Reuters, la mesure touche au moins 14 gigawatts de nouvelle capacité solaire, plus de 20 % des installations annuelles de l’Union.
Celui qui paie, c’est d’abord le développeur, qui refait ses budgets, garanties et entretien compris, écrit Euronews.
Celui qui paie, c’est ensuite l’installateur, qui perd un fournisseur rodé, avec son service dans la langue locale.
Les Baltes et les petits toits
Celui qui paie, au bout, c’est le ménage.
En Lettonie et en Estonie, 70 % des installations solaires résidentielles reçoivent une forme de soutien européen, selon Reuters. Des marchés sensibles au prix, disait un analyste de Wood Mackenzie.
L’Association solaire tchèque, dont Huawei est membre, prévoit une chute d’au moins deux tiers des installations sur un à trois ans. C’est une partie intéressée. Elle établit sa crainte, pas l’avenir.
Et pourtant, la crainte a un fond. Un couple qui hésitait déjà entre la thermopompe et les panneaux hésitera un peu plus.
La sécurité a un prix. Il ne faut pas le cacher.
Qui encaisse la commande
Kassel ouvre une usine
Une sortie a des perdants. Elle a aussi des gagnants, et il faut les nommer.
L’allemand SMA Solar s’est dit « bien placé » pour une hausse des commandes, auprès de Reuters. Il annonçait une nouvelle usine de plusieurs gigawatts sur son site de Niestetal, près de Kassel, prévue pour septembre 2026.
L’autrichien Fronius affirmait que les fabricants occidentaux pourraient couvrir la demande européenne en un an.
Fronius veut plus qu’une date
Fronius ajoutait une condition. Pour embaucher et produire davantage, il faudrait des restrictions plus fortes. Sa dirigeante, Elisabeth Engelbrechtsmüller-Strauss, voulait que ces composants ne puissent plus du tout se raccorder au réseau public.
C’est une partie intéressée, elle aussi. Elle vend ce que la mesure fait acheter.
Je ne le cache pas. La sécurité et la politique industrielle marchent ici côte à côte. La Commission jure que sa mesure relève de la sécurité économique, pas de la politique industrielle : le Japon et la Corée du Sud restent admissibles, rapportait Euronews le 4 mai.
Deux intérêts peuvent pointer dans la même direction. Ça ne rend pas le risque faux.
Le vendeur a intérêt. Le risque, lui, n’a pas d’actionnaire.
Les 200 gigawatts déjà posés
La mesure ne touche pas un toit existant
Voici ce que notre camp doit encaisser.
La décision du 1er novembre ne vise que les projets neufs ou en cours, financés par l’Union. Elle laisse en place plus de 200 gigawatts de capacité reliée à des onduleurs chinois déjà intégrés au réseau européen, selon Reuters.
Les toits de 2019. Les parcs de 2022. Les batteries de l’an dernier. Tout ça reste branché.
Des responsables l’ont reconnu en mai, selon Euronews : ce n’est qu’une « première étape ». Le règlement européen sur la cybersécurité pourrait, à moyen terme, permettre d’interdire ces onduleurs sur tout le marché, a dit la porte-parole de la Commission le 4 mai.
Vilnius a pris de l’avance
La Lituanie n’a pas attendu. En novembre 2024, son gouvernement a fait adopter une loi qui bloque l’accès à distance chinois aux installations solaires, éoliennes et de stockage de plus de 100 kilowatts, selon Reuters.
Son ministre de l’Énergie, Žygimantas Vaičiūnas, disait vouloir étendre la règle aux petits toits. En 2026, il réclamait des mesures pour les pièces chinoises déjà installées.
La Pologne évalue ses options. Son secrétaire d’État à l’Énergie parlait d’une interdiction totale si la menace se confirme.
Un petit pays balte a vu avant Bruxelles. Bruxelles suit, avec un an et demi de retard.
Le 1er novembre ferme la porte d’entrée. Pas les fenêtres.
La dette qu'on a laissée monter
70 % du marché, sans débat
Les fabricants chinois, Huawei et Sungrow en tête, ont fourni environ 70 % des onduleurs européens ces dernières années, selon Reuters.
Huawei, à lui seul, représentait 29 % des livraisons mondiales en 2022, selon Wood Mackenzie.
Personne n’a signé cette dépendance en une nuit. Elle s’est posée toit par toit, subvention par subvention, appel d’offres par appel d’offres, au plus bas prix.
Le patron de l’entreprise allemande 1Komma5 le résumait en 2025 : il y a dix ans, couper les onduleurs chinois n’aurait rien changé de dramatique aux réseaux européens. Aujourd’hui, la masse critique est bien plus grande.
Le prix d’avoir attendu
C’est ça, la concession la plus lourde. Le coût d’aujourd’hui n’est pas le coût de la mesure. C’est le coût du retard.
Les petites installations domestiques restent sous les seuils où les obligations de sécurité s’appliquent d’habitude, notaient des analystes cités par Reuters. Et pourtant, elles pèsent désormais lourd sur plusieurs réseaux occidentaux.
On a sécurisé la centrale. On a oublié le garage.
La transition énergétique ralentira un peu. Je l’écris sans plaisir. Mais une transition qui dépend du bon vouloir d’un seul pouvoir étranger n’est pas une transition. C’est un transfert.
On n’a pas choisi la dépendance. On l’a laissée faire.
Une date qui ne glisse pas
Du 1er novembre à avril 2027
Le calendrier est connu. Le 1er novembre, les projets déjà avancés pourront être tenus d’ajouter des mesures de cybersécurité, ou d’exclure les fournisseurs à haut risque.
À partir d’avril 2027, selon un responsable européen cité par Euronews en mai, les nouveaux contrats intégreront entièrement les restrictions. Des dérogations limitées resteront possibles, pour des raisons politiques ou de sécurité.
Certains acteurs espèrent encore des dérogations au cas par cas, quand un retard vient d’un permis bloqué, rapporte Euronews.
Ce qu’une date protège
Une date qui glisse une fois glisse deux fois. Les fabricants le savent. Pékin le sait.
Un report aurait dit une chose simple : que l’argument du coût pèse plus lourd que l’argument du réseau. Que la menace de représailles du 7 mai avait porté.
Tenir la date, c’est refuser ce message.
Un responsable européen le disait à Reuters en juin : la suite dépendra d’abord du comportement chinois.
La balle est dans le camp de ceux qui ont la clé.
Reporter, c’était répondre à Pékin. Tenir, c’est répondre au réseau.
À qui répond le boîtier
La lumière verte, encore
Revenons au garage. Le boîtier ronronne. La petite lumière verte clignote.
Elle clignotait déjà en novembre 2024, quand des onduleurs se sont éteints de loin.
Elle clignotait déjà en mai 2025, quand Reuters a parlé des pièces sans nom.
Elle clignotera le 1er novembre.
Rien, sur ce boîtier, n’a changé. Ce qui a changé, c’est ce qu’on sait de lui.
On sait maintenant qu’il reçoit des ordres à distance.
On sait maintenant qu’un litige commercial a déjà suffi à en éteindre.
On sait maintenant que son fabricant ne peut pas refuser grand-chose à son État, si les experts cités par Reuters ont raison.
La question du toit
Bruxelles a choisi de payer un peu plus pour savoir à qui parle la lumière. Pour les projets qu’elle finance. Pas encore pour les autres.
Quand le prochain panneau montera sur votre toit, ou sur celui de l’école du quartier, qui aura vérifié à qui répond le boîtier qui le relie au réseau ?
Le soleil ne demande rien. Le boîtier, si.
Et le jour où quelqu’un, très loin, décidera de tourner l’interrupteur, il sera trop tard pour lire la notice.
Le 1er novembre tient. L’interrupteur reste à reprendre.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Reuters — dispositifs de communication non déclarés dans des onduleurs chinois, 14 mai 2025
Sources Secondaires :
Reuters — coûts, capacité touchée et fabricants européens face aux restrictions, 11 juin 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.