Le calcul à trente crédits
Divisez par deux. Le crédit tombe à 51,96 $.
L’année de trente crédits passe à 1 558,80 $. L’économie est la même : 1 558,80 $.
À douze crédits par session, l’économie serait de 623,52 $ par session. Moins de cours, moins de rabais.
C’est réel. C’est concret. Ce n’est pas le chiffre du parti.
Le 2 000 $ du communiqué
Alejandra Zaga Mendez est députée sortante de Verdun. Dans le communiqué de QS, elle chiffre l’économie à 2 000 $ par année.
Entre les deux, il reste 441,20 $. Ce n’est pas une virgule mal placée. C’est une question.
D’où vient l’écart ? Statistique Canada a publié une moyenne. Pour 2025-2026, les droits du premier cycle au Québec y sont estimés à 3 963 $. Cette moyenne mêle les Québécois et les Canadiens des autres provinces. Ces derniers paient plus cher. Sa moitié frôle 2 000 $.
Tout indique que le parti parle de cette moyenne. Pas de la facture d’un résident québécois. Je ne connais pas le calcul exact du parti. Je sais compter trente crédits.
Votre facture ne parle pas la langue du communiqué.
Ce que QS a signé le 22 septembre
Montréal, jour 27
Le communiqué est daté de Montréal. Trois engagements. Pas un de plus.
Un : réduire de 50 % les droits de scolarité à l’université. Les frais d’inscription au cégep aussi. Le tout dans un premier mandat.
Deux : viser la gratuité complète à moyen terme. Trois : rémunérer tous les stages obligatoires.
On a beaucoup résumé la mesure à l’université. Le texte vise aussi le cégep. Il ne donne pourtant ni le montant actuel des frais d’inscription collégiaux, ni ce que la baisse en retirerait.
Le coût tient en une ligne : 350 millions $ par année en 2030-2031.
Sans la cheffe au micro
Ruba Ghazal n’était pas au micro. Selon Le Devoir, elle préparait le débat des chefs de ce mercredi. Zaga Mendez a présenté la mesure. Anne Latendresse, candidate dans Maurice-Richard, était là. Alexandre Boulerice aussi, candidat dans Gouin.
La cheffe a répondu plus tard aux questions de La Presse. Son parti, dit-elle, serait le seul à « aller chercher l’argent là où il est ».
Les adversaires n’ont pas répliqué avec des chiffres ce jour-là. Du moins, rien de tel dans les comptes rendus. Selon Radio-Canada, la CAQ de Christine Fréchette avait mis sa campagne en pause. Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon aussi, avant le débat. Charles Milliard promettait une voie de plus sur l’autoroute 30. Éric Duhaime présentait sa vision autonomiste.
Le chiffre est là. L’adresse, non.
Un escalier, pas une porte
170 millions la première année
Le Droit détaille la montée. 170 millions $ la première année. 350 millions la quatrième.
Le mot qui compte vient de Zaga Mendez. La Presse le rapporte : graduellement.
Pourquoi ? Pour assurer le financement des établissements, dit-elle. Ils ont manqué d’argent sous la CAQ et sous les libéraux.
Le Droit ajoute une nuance. La gratuité n’est pas abandonnée, selon le parti. Elle est étalée, faute de marge budgétaire.
Autrement dit, la moitié n’arrive pas le premier matin. Le coût double entre l’an un et l’an quatre. Tout laisse penser que la baisse suit la même pente.
La cohorte qui entre en 2027
L’escalier a quatre marches. Le communiqué ne donne pas la hauteur de chacune. Seulement le palier du haut.
L’escalier a aussi un sens. Un baccalauréat commencé à l’automne 2027 pourrait se terminer avant la dernière marche.
Quatre ans. Un mandat complet. Une autre élection au bout.
Une moitié pleine en 2030-2031 tombe en fin de mandat. Presque au moment de la campagne suivante. Le calendrier de la baisse et celui du vote se croisent.
Ce texte dit que cette promesse est d’abord un escalier. La moitié, oui, au sommet. Et une facture publique qui n’a pas encore d’adresse.
On annonce la porte. On livre l’escalier.
Qui paie la moitié qui manque
Le trésor, par définition
Une université ne fait pas de rabais par bonté. Si l’étudiant paie moins, quelqu’un comble. Ici, c’est l’État.
Donc vous.
Le contribuable. Celui qui n’a jamais mis les pieds dans un amphithéâtre. Il paie quand même. La retraitée. Le plombier. La serveuse du quart de nuit.
Le partage se dit en deux phrases. L’étudiant paie la moitié. Le contribuable paie le reste, en plus de ce qu’il finance déjà.
Ghazal parle d’aller chercher l’argent là où il est. Le mot « où » reste sans suite dans le document.
Cinq silences
Le communiqué ne nomme aucun impôt nouveau. Aucune taxe. Aucune coupe en face des 350 millions.
Le communiqué ne dit pas si les universités seront compensées au dollar près.
Le communiqué ne dit pas si les étudiants des autres provinces sont inclus.
Le communiqué ne dit pas un mot des frais afférents.
Le communiqué ne chiffre pas la gratuité. La Presse, elle, cite l’IRIS : au bas mot 1,2 milliard $ par année.
Cinq silences. Un chiffre.
Une moitié retirée à l’un s’inscrit au compte d’un autre.
Les universités au bout de la ligne
Une compensation dite, pas chiffrée
Couper les droits sans compenser, c’est couper le budget d’une université. Zaga Mendez le sait. C’est sa raison du rythme graduel.
Le document ne fait pas le partage. Ce qui va à l’étudiant d’un côté. Ce qui revient aux établissements de l’autre.
Les 350 millions couvrent-ils toute la perte des universités ?
Personne, ce jour-là, n’a posé ce chiffre sur la table. Aucun recteur n’est cité dans les comptes rendus du 22 septembre.
Le budget qui décide du reste
Une université compensée à temps ne perd rien. Une université compensée en retard gèlerait des postes. Elle repousserait des travaux. Elle chercherait ailleurs.
Une université, ce n’est pas une abstraction. Ce sont des chargés de cours, des bibliothèques, des laboratoires. Un trou de revenus s’y lirait en sections fermées.
Et pourtant, le parti le dit lui-même. Ces établissements ont manqué d’argent sous deux gouvernements. Il promet de les renflouer en leur retirant une part de leurs revenus propres.
Les deux phrases peuvent tenir ensemble. À une condition : que la compensation arrive avant la baisse. Si elle arrive après…
Une université compensée en retard paie la promesse à crédit.
Vous n'êtes pas tous d'ici
324,35 $ le crédit
Prenez un Canadien d’une autre province. Il s’inscrit dans un programme francophone de l’Université de Montréal. En 2026-2027, il paie 324,35 $ le crédit.
C’est la base, plus un supplément de 220,43 $. Dans un programme d’une autre langue, le supplément grimpe à 328,93 $.
Si la baisse ne touche que la base, il économise 51,96 $ par crédit. Il en paie encore 272,39 $.
Son voisin de classe, résident du Québec, passerait de 103,92 $ à 51,96 $. Même cours. Même salle. Deux moitiés qui ne se ressemblent pas.
1 025,76 $ pour l’étudiant étranger
L’étudiant international paie 1 025,76 $ le crédit au premier cycle. Toujours à l’Université de Montréal. Une année de trente crédits : 30 772,80 $.
Rien dans la promesse ne le vise nommément. Rien dans la promesse ne l’exclut non plus.
Statistique Canada donne l’échelle du pays. En 2025-2026, les internationaux du premier cycle paieraient plus de 5,0 fois le tarif des Canadiens.
Selon l’IRIS, les droits payés par les étudiants non québécois totalisaient 529,3 millions en 2020-2021. Ces étudiants pèsent peu dans une campagne. Ils pèsent lourd dans les caisses.
Une promesse aux étudiants ne dit pas encore lesquels.
Les frais qui ne bougent pas
Le reste du relevé
Les droits de scolarité ne font pas toute la facture.
Regardez une session de quinze crédits à l’Université Laval. Frais administratifs : 120 $. Frais auxiliaires : 184,92 $. Frais technologiques : 104,55 $. Laissez-passer de transport : 159,76 $.
La session complète : 2 128,03 $.
Ces frais-là, la promesse ne les nomme pas. Elle vise les droits de scolarité et les frais d’inscription au cégep.
Ce que vous verrez sur papier
Faites le calcul sur cette session. Les droits de base pèsent 1 558,80 $. Leur moitié : 779,40 $. La session passerait à 1 348,63 $, si rien d’autre ne bouge.
Une vraie baisse. Un peu plus du tiers du relevé. Pas la moitié.
Pour celle qui paie tout, l’écart entre un tiers et une moitié n’est pas une affaire de vocabulaire. C’est une épicerie ou deux.
Le relevé ne ment pas. Il additionne.
Si des établissements compensaient en haussant ces frais, la baisse fondrait. Le communiqué ne prévoit aucun plafond.
La moitié des droits n’est pas la moitié du relevé.
Qui gagne, concrètement
Celle qui paie seule
L’étudiante qui paie elle-même ses droits gagne le plus. Elle travaille pendant la session. Elle compte ses heures au comptoir comme d’autres comptent leurs crédits.
Le communiqué avance deux chiffres. Plus de 44 % des étudiants vivraient de l’insécurité alimentaire. Une personne sur cinq recourrait chaque mois à l’aide alimentaire, selon Zaga Mendez.
Ce sont les chiffres du parti. Le communiqué n’en donne pas la source.
Les stagiaires gagneraient deux fois. Des droits réduits. Un stage enfin payé.
Pour elle, 779,40 $ par session, ce sont des semaines d’épicerie. Zaga Mendez parle d’une « véritable bouffée d’air » pour le loyer et l’épicerie.
Celui dont les parents paient
L’étudiant dont la famille règle la facture gagne la même somme. Exactement la même. Une baisse uniforme ne regarde pas le revenu.
L’enfant du notaire économise 51,96 $ par crédit. La fille de la caissière aussi.
C’est la meilleure objection contre la mesure. Elle est sérieuse.
Elle a son revers. Une aide ciblée exige des formulaires, des seuils, des refus. Un rabais universel n’en exige aucun. Personne n’a à prouver sa pauvreté au guichet.
QS répond sur un autre terrain. Anne Latendresse, citée par Radio-Canada, parle d’équité entre générations. Issue d’une famille ouvrière, elle dit avoir étudié jusqu’au doctorat. Dans un système quasi gratuit.
Un rabais universel ne demande pas qui a faim.
Qui perd, ou qui attend
Le contribuable sans diplôme
Celui qui n’étudiera jamais à l’université paie sa part des 350 millions. C’est vrai de tout service public.
C’est seulement plus visible ici. Le bénéfice va à ceux qui étudient. La facture va à tout le monde.
Personne ne tient de conférence de presse pour eux.
Il y a aussi ceux qui ont déjà fini. La promesse ne dit rien des prêts qu’ils remboursent encore.
Les stages, l’autre facture
Le communiqué ajoute la rémunération de tous les stages obligatoires. Le Droit chiffre cet engagement. 250 millions $ au départ. 500 millions en quatre ans.
Additionnés, les deux engagements atteindraient 850 millions par année. Au bout du mandat. Selon ces chiffres.
Et pourtant, le communiqué n’affiche que le premier.
Qui perd encore ? Peut-être personne, si la compensation suit. Les universités, si elle traîne.
Qui attend, alors ? Les étudiants déjà au milieu de leur parcours. Ceux qui recevront leur diplôme avant la dernière marche.
Un escalier oublie ceux qui sortent avant le haut.
2012 ne dort pas
1 625 $ sur cinq ans
En 2012, le gouvernement libéral voulait hausser les droits. De 1 625 $, sur cinq ans.
Zaga Mendez le rappelle dans le communiqué. Elle s’était mobilisée contre cette hausse. Elle savait, dit-elle, ce qu’un tel montant pesait pour les familles modestes.
Le printemps a été long. Le carré rouge. Les casseroles le soir. Un bruit de cuisine devenu un bruit politique.
La hausse n’a pas survécu à l’élection de septembre 2012.
Quatorze ans plus tard
Quatorze ans plus tard, le crédit coûte 103,92 $. Il a monté depuis, sans casseroles.
Quatorze ans plus tard, la génération du carré rouge a des enfants au secondaire. Elle fait ses propres calculs.
Je l’avoue, ce chapitre me serre la gorge plus que les autres. Pas par nostalgie. Parce qu’une promesse de 2026 se mesure à ce qu’on criait en 2012.
En 2012, la colère visait une hausse. En 2026, la promesse vise une baisse. Le sens a changé. La question, non. Qui paie l’université ?
Et pourtant, le mot de 2012 était la gratuité. Le mot de 2026 est la moitié.
2012 criait gratuité. 2026 chuchote moitié.
Le Québec, déjà le moins cher
3 963 $ contre 7 734 $
Statistique Canada a publié ses chiffres le 10 septembre 2025. Au Canada, les étudiants canadiens du premier cycle paieraient 7 734 $ en 2025-2026. Au Québec : 3 963 $.
Seule Terre-Neuve-et-Labrador fait mieux, à 3 746 $. Au Nouveau-Brunswick, en Saskatchewan et en Nouvelle-Écosse, on approche les 10 000 $.
C’est le fait qui dérange les partisans de la baisse. Le Québec est déjà l’endroit où l’université coûte le moins cher à l’étudiant. La raison, selon l’agence fédérale : l’État québécois y met l’un des soutiens provinciaux les plus élevés.
Moins cher n’est pas gratuit
Moins cher qu’ailleurs ne dit rien du loyer d’ici.
Moins cher qu’ailleurs ne remplit pas un frigo en fin de session.
Moins cher qu’ailleurs, c’est encore 3 963 $ à trouver.
Le Québec a déjà fait ce choix, en partie. Il subventionne plus que les autres provinces. La promesse de QS pousse ce choix plus loin. Avec l’argent des mêmes contribuables.
Statistique Canada présente ces chiffres comme provisoires. En dollars constants de juin 2025. Une photo d’avant, pas l’état de cet automne.
Le moins cher au pays reste une facture chez vous.
De la gratuité à la moitié
2018, 2022, 2026
La Presse retrace le parcours. En 2018, QS promettait la gratuité complète dès un premier mandat. En 2022, une baisse de 25 %. En 2026, 50 %. La gratuité viendrait dans un second mandat.
Radio-Canada note la rupture. La promesse historique allait de la maternelle au doctorat.
Le Devoir, lui, rappelle que l’élimination des droits figurait au programme de QS en 2018 comme en 2022. Le programme du parti n’a pas bougé. La plateforme électorale, si. C’est cet écart qui se vote le 5 octobre.
Vingt-cinq. Cinquante. Cent, plus tard.
Le pourcentage grimpe. L’horizon recule d’un mandat.
Une promesse qui apprend à compter
On peut y lire un recul. On peut y lire un apprentissage. Zaga Mendez parle d’une mesure responsable. Ghazal assure que l’objectif n’a pas changé à long terme.
Les deux lectures tiennent sur le même fait. Le parti a mis un prix sur la première marche. Il n’en a pas mis sur la dernière.
Une promesse qui rétrécit ne ment pas forcément. Elle a peut-être lu le budget. Reste une seule chose à juger. La marche du haut sera-t-elle atteinte ?
Une promesse qui compte a moins de place pour rêver.
Ce que vaut un crédit le 5 octobre
51,96 $
Revenez au crédit. 103,92 $ cet automne. 51,96 $ sur l’affiche de QS, à la dernière marche.
Au début de ce texte, le crédit était une unité que personne ne regardait. Il est devenu un enjeu de campagne. Il a maintenant deux moitiés. Une seule a un payeur connu.
L’autre moitié ne disparaît pas. Elle change de payeur. Du relevé de l’étudiant, elle passe à la déclaration de revenus de tout le monde.
L’autre moitié ne choisit pas son camp. Hors Québec, elle reste peut-être sur le relevé.
L’autre moitié ne dort pas non plus. Par les frais afférents, elle peut revenir par la porte de côté.
La question du 5 octobre
Le 5 octobre 2026, vous votez.
Êtes-vous prêt à payer la moitié du crédit d’un autre sans savoir sur quelle ligne de votre impôt elle tombera ?
Le chiffre est dans le communiqué. La ligne, pas encore.
Le crédit à moitié prix, et l’autre moitié qui cherche son payeur.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Statistique Canada — Le Quotidien, droits de scolarité 2025-2026 par province, 10 septembre 2025
Sources Secondaires :
La Presse — les frais de scolarité réduits de moitié, promet QS, 22 septembre 2026
Le Devoir — jour 27 de la campagne et promesse de QS sur les droits de scolarité, 22 septembre 2026
Le Droit — les études deux fois moins chères, promet Québec solidaire, 22 septembre 2026
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