Le chiffre que le PQ a lui-même écrit
Le 15 septembre, Nicolas Marceau a présenté le cadre financier du Parti québécois. Un chiffre y domine. 1,9 %. C’est la croissance annuelle des dépenses prévue sur cinq ans.
Radio-Canada a soumis ce chiffre au fiscaliste Luc Godbout, de l’Université de Sherbrooke.
Sa réponse est sèche. Du jamais vu. Pas depuis la Loi sur l’équilibre budgétaire, en 1996.
Le plancher historique sur cinq ans était de 2,5 %, de 2011-2012 à 2016-2017. Des années Charest, Marois et Couillard.
Autrement dit, le PQ promet de dépenser moins vite que tous ces gouvernements. Le sien compris.
Seize mille, par déduction
Le cadre vise 1,6 milliard d’économies par année. La méthode : 2,5 % de moins sur la masse salariale de l’État. Un poste à temps complet, selon le PQ, coûte 100 000 $. Cotisations comprises.
Radio-Canada en a tiré la déduction : environ 16 000 postes. Le chef et son candidat ont refusé de chiffrer. Ils parlent d’attrition.
Attrition, c’est un départ à la retraite qu’on ne remplace pas. C’est une chaise qui reste vide au guichet. C’est plus doux qu’une mise à pied. Ce n’est pas rien.
Sur ce point précis, Fréchette ne ment pas. Le mot est dur. Le chiffre le porte à moitié.
1,9 %, c’est sous le plancher de Marois et de Couillard.
Le 2,4 % d'en face
Le chiffre que la CAQ oublie de dire
Et pourtant, l’accusation a un angle mort. Il porte le logo de la CAQ.
La même vérification de Radio-Canada classe les cinq cadres financiers. Le Parti conservateur prévoit 0,7 %. Le Parti libéral, 2,2 %. La CAQ, 2,4 %.
2,4 %, c’est aussi sous le plancher historique de 2,5 %. Pas de beaucoup. Mais dessous.
Le Vérificateur général du Québec avait déjà sonné une cloche. Le rapport préélectoral des Finances anticipait 2,2 % sur quatre ans. Le VGQ y voyait un risque. Pour les services à la population. Ou pour la présence de l’État dans certains secteurs.
Ce risque ne vise pas un parti. Il vise quatre cadres sur cinq.
Une alliance que personne n’a signée
Reste l’autre moitié du slogan. L’alliance.
Aucune entente n’existe entre le PQ et le PCQ. Le chef péquiste l’a niée le 21 septembre. Éric Duhaime se dit prêt à collaborer sur tout. Sauf un troisième référendum.
Deux partis qui dépensent peu ne forment pas une coalition. Ils forment une ressemblance.
Verdict sur l’alliance : non démontrée. Verdict sur les compressions : plausible pour le PQ. Pas étranger à la CAQ.
On ne reproche pas une pente qu’on emprunte soi-même.
Deux points de trop
Le 24 % de Paul St-Pierre Plamondon
Le chef péquiste justifie ses coupes par un bilan. La CAQ aurait gonflé la bureaucratie de 24 %. Il l’a dit la semaine du débat de Noovo.
Verdict : inexact. C’est 22 %, entre 2018 et 2025.
Deux points. Ça paraît mince. Le mécanisme, lui, ne l’est pas.
Le Conseil du trésor publie deux façons de mesurer l’effectif de l’État. Une large. Une étroite. Elle exclut entre autres le réseau de l’Université du Québec. Et Investissement Québec.
Pour 2018-2019, le PQ a pris la mesure étroite : 499 074. Pour 2024-2025, il a pris la large : 624 711. La mesure étroite donnait 608 793.
Des pommes au départ, des oranges à l’arrivée
Comparer deux mesures différentes, c’est gonfler la croissance sans inventer un seul chiffre.
Chaque nombre est vrai. C’est la soustraction qui ment.
Le lecteur péquiste peut dire que 22 %, c’est déjà énorme. Il aura raison. L’appareil a bel et bien grossi sous la CAQ. Le Trésor le dit lui-même.
Mais un chef qui veut couper 2,5 % de la masse salariale doit savoir de combien elle a monté. Au point près. Pas à deux.
Deux points, c’est un arrondi qui a choisi son camp.
Tout est dans le cadre
La santé épargnée, sans chiffre
Le PQ promet que la santé serait épargnée. Mieux, qu’elle recevrait davantage.
De combien ? Tout est dans notre cadre financier, a répondu le chef à Radio-Canada.
Verdict : faux. Le cadre ne ventile pas les dépenses par ministère.
Nicolas Marceau l’a confirmé lui-même le jour de la présentation. Les ordres de grandeur y sont. La répartition, non. Ce seront des choix faits au gouvernement.
Seul Charles Milliard a chiffré la croissance en santé : 5 % par année.
Le trou entre deux promesses
Voici ce que ça veut dire, concrètement.
L’enveloppe totale monte de 1,9 %. La santé en avale la plus grosse part. Si elle monte davantage, quelqu’un d’autre monte moins. Beaucoup moins.
L’école. Les routes. Les organismes communautaires. Le PQ leur promet 400 millions en quatre ans, selon La Presse. Moins du tiers de leur demande.
Le cadre ne dit pas qui. C’est précisément la ligne qu’un électeur voudrait lire.
Une promesse sans ventilation est une facture sans destinataire.
Soixante-dix, pas soixante-treize
Le chiffre de Duhaime, mardi
Mardi 22 septembre. Un grand drapeau du Québec. Éric Duhaime lance un appel aux souverainistes « pragmatiques ».
Son argument tient en un nombre. En cas de référendum, 73 % des Québécois voteraient non, affirme-t-il.
Verdict : non retracé, probablement gonflé de trois points.
Le dernier chiffre Léger que j’ai pu lire en entier date du 7 septembre 2026. Après répartition des indécis : 30 % pour la souveraineté, 70 % contre.
Sans répartition, c’était 27 % de oui. Et 62 % de non. Le Devoir le rapportait le 11 septembre.
Ce que je n’ai pas trouvé
Léger a publié un nouveau sondage le 22 septembre, mené du 18 au 21. Sa page de faits saillants ne donne aucun chiffre sur la souveraineté. Le rapport complet, je ne l’ai pas eu sous les yeux.
Je l’écris donc tel quel. Si ce rapport affiche 73 %, Duhaime a cité juste. Ce verdict tombe.
Sinon, trois points de trop. Pas un mensonge. Un arrondi vers le haut, du côté qui sert l’argument.
Le fond, lui, ne bouge pas. Qu’on prenne 70 ou 73, le non domine de loin.
Trois points ne changent pas le camp. Ils changent la crédibilité.
Jamais sous 30 %
La phrase historique de Duhaime
Le même jour, Duhaime a ajouté une affirmation plus lourde. On n’aurait jamais vu, dans l’histoire du Québec, un parti incapable d’obtenir 30 % prendre le pouvoir.
Verdict : exact, avec une réserve de calendrier.
Les résultats officiels d’Élections Québec le confirment. Le plus faible score gagnant récent date du 4 septembre 2012. Le PQ de Pauline Marois. 31,95 %. 54 sièges. Minoritaire.
La plus faible majorité récente ? La CAQ, le 1er octobre 2018. 37,42 %. 74 sièges.
Un PQ majoritaire à 29 % pulvériserait les deux marques.
Une projection n’est pas un résultat
La réserve est simple. Le 29 % du PQ est une intention de vote. Léger l’a mesurée du 18 au 21 septembre. Ce n’est pas un bulletin.
Duhaime parle d’un pouvoir obtenu par accident. Il concède lui-même que ce serait démocratiquement légitime. Nos règles fonctionnent ainsi, a-t-il dit.
Le mode de scrutin a déjà produit des écarts. En 1998, le PQ a gagné 76 sièges avec 42,87 %. La machine récompense la concentration, pas la somme.
Le lecteur fédéraliste peut garder l’argument. Le lecteur souverainiste peut répliquer. Duhaime réclame la balance du pouvoir. Il la devrait au même scrutin.
Le record n’existe pas encore. Il existe peut-être le 5 octobre.
Le raccourci de 1982
Ce que Duhaime a dit
Duhaime a ensuite convoqué l’histoire. Après 1980, dit-il, Ottawa a imposé au Québec un rapatriement unilatéral de la Constitution.
Verdict : exact sur le fond, inexact sur un mot.
Le fond d’abord. La Loi constitutionnelle de 1982 est signée le 17 avril 1982, à Ottawa. Sans l’accord du gouvernement du Québec. Radio-Canada en a publié la chronologie.
Le mot ensuite. Unilatéral. Pierre Elliott Trudeau avait bien présenté un plan unilatéral en 1980. Mais la Cour suprême a tranché en septembre 1981. Six juges sur neuf : un tel geste irait contre une convention constitutionnelle.
Ottawa a alors cherché les provinces. Nuit du 4 au 5 novembre 1981. Neuf s’entendent. La délégation du Québec est absente.
Neuf contre un, ce n’est pas un seul
Unilatéral veut dire un seul. Il y en avait dix. Moins un.
Et pourtant, vue de Québec, la différence est mince. Exclu par dix ou par un. La porte reste fermée.
Je l’avoue sans détour. Cette nuit-là pèse encore sur moi. C’est une plaie que les chiffres de campagne ne referment pas.
Mais un fact-check ne juge pas la plaie. Il juge le mot. Et le mot exact, c’est sans le Québec. Pas seul contre le Québec.
Sans le Québec, oui. Seul, non. La nuance a quarante-quatre ans.
Un lendemain de quatre ans
La Loi sur la clarté
Même mécanique pour 1995. Au lendemain du référendum, selon Duhaime, est venue la Loi sur la clarté.
Verdict : l’enchaînement est vrai, le lendemain ne l’est pas.
Le référendum a eu lieu le 30 octobre 1995. La loi fédérale a été sanctionnée le 29 juin 2000. Plus de quatre ans et demi plus tard.
Entre les deux, il y a la Cour suprême. Le Renvoi sur la sécession du Québec. 1998. Le préambule de la loi s’y réfère ligne après ligne.
La loi confie un pouvoir à la Chambre des communes. Juger si une question référendaire est claire. Juger si une majorité l’est aussi. Aucun seuil n’est inscrit dans le texte.
Ce que reculer veut dire
Le lien entre la défaite de 1995 et cette loi existe. Il est dans le titre même, qui nomme le Québec.
Le reste relève de l’opinion. Dire que les deux référendums nous ont fait reculer, c’est une thèse. Elle se défend. Elle ne se vérifie pas comme une date.
Un souverainiste répondra que le recul vient d’Ottawa, pas du vote. Un fédéraliste répondra que sans vote, pas de loi.
Les deux ont un document à brandir. Aucun des deux n’a une preuve de causalité.
Un lendemain qui dure quatre ans, c’est déjà une autre histoire.
La viabilité déjà concédée
Fréchette, le 4 septembre
Cette querelle a un précédent, et il faut le dater. 4 septembre. Saint-Eustache, puis Gatineau. Christine Fréchette doute qu’un Québec indépendant soit viable.
Un référendum ne se ferait pas sans frais, disait-elle. Surtout en pleine guerre tarifaire.
Et pourtant, Le Devoir a ajouté un détail gênant. Dans une version corrigée de son article. Jean Charest, Philippe Couillard et François Legault ont tous reconnu, par le passé, qu’un Québec souverain serait financièrement viable.
Le ministre des Finances sortant, Eric Girard, avait même jugé plausible le budget de l’an 1 du PQ. C’était en 2023. Il s’inquiétait quand même de l’incertitude après un oui.
Même Charles Milliard a concédé que c’était possible, mais largement non souhaitable.
La gratuité, personne ne l’a promise
Verdict. Pas sans frais : exact. Difficilement viable : contredit par trois anciens premiers ministres. Dont François Legault, à qui elle a succédé.
Personne ne prétend qu’une rupture se fait gratuitement. Le PQ lui-même chiffre son référendum. La vraie question n’a jamais été le coût zéro. C’est le coût net. Personne ne l’a publié dans cette campagne.
Viable et souhaitable, ce sont deux questions. La première se calcule. La seconde se vote.
Les confondre, c’est arrondir une opinion en fait.
Viable se calcule. Souhaitable se vote.
Le prix d'un référendum
130 millions contre 220
11 septembre. Le PQ chiffre son référendum à 130 millions de dollars, selon Le Devoir. Vingt millions pour des études et consultations dans les deux premières années. Cent dix pour le scrutin, en 2029-2030.
Québec solidaire sort son propre chiffre. 220 millions. Quatre-vingt-dix de plus.
Fréchette a répondu que ces 130 millions pourraient être investis ailleurs. Milliard a jugé la somme peu élevée pour une démarche de cette ampleur.
Verdict : invérifiable à ce jour. Aucune estimation indépendante n’a été publiée.
Deux partis souverainistes, deux factures, un écart de 69 %. Ce seul écart dit l’incertitude.
La comparaison qui ne prouve rien
Paul St-Pierre Plamondon a comparé cette facture aux milliards engloutis par Ottawa dans Phénix ou l’affaire WE Charity.
C’est une rhétorique, pas une preuve. Un gaspillage ailleurs ne rend pas une dépense ici plus juste. Ni plus fausse.
Il invoque aussi le référendum albertain de cet automne, qui coûterait selon lui du même ordre. Ce chiffre, je ne l’ai pas vérifié. Il reste à son compte.
Le prix de la démocratie, dit-il. Ses adversaires disent le prix d’une obsession. Le montant, lui, n’est encore connu de personne.
Une facture qu’on ne peut pas vérifier reste une promesse.
Ce que chaque camp peut garder
Pour le lecteur fédéraliste
Le lecteur fédéraliste repart avec des munitions solides.
Le chiffre dit que 70 % des répondants de Léger voteraient contre la souveraineté, le 7 septembre.
Le chiffre dit que le PQ propose la croissance des dépenses la plus lente depuis 1996.
Le chiffre dit que le chef péquiste a gonflé de deux points la croissance de la bureaucratie.
Le chiffre dit que son cadre ne ventile pas la santé qu’il promet d’épargner.
Pour le lecteur souverainiste
Le chiffre dit aussi, pour l’autre rive, que trois anciens premiers ministres ont reconnu la viabilité financière d’un Québec souverain.
Il dit que la CAQ prévoit elle-même une croissance sous le plancher historique, à 2,4 %.
Il dit que la Constitution de 1982 a été signée sans l’accord du Québec.
Il dit que la Loi sur la clarté est venue quatre ans et demi après 1995. Pas le lendemain.
Chacun sort d’ici avec de quoi répondre à l’autre. C’est le but. Rien de plus.
Deux camps, un même tableau, aucun arrondi permis.
Ce qui changerait le verdict
Trois documents qui manquent
Un fact-check honnête finit sur ce qu’il ignore.
Il manque le rapport complet de Léger du 22 septembre. S’il affiche 73 % de non, Duhaime passe d’arrondi à exact.
Il manque le détail par ministère du cadre péquiste. Si la santé y reçoit un chiffre, le verdict « faux » devient caduc.
Il manque le chiffre indépendant. Le coût d’un référendum. Surtout le coût net d’une souveraineté en 2026.
Il manque le débat de ce soir. Mercredi 23 septembre, 20 h, à Radio-Canada. Cinq chefs. D’autres pourcentages.
Le 5 octobre
Ce soir, quand un chef lancera un pourcentage pour vous faire peur ou vous rassurer, lequel prendrez-vous la peine de vérifier avant de le répéter ?
Deux points chez l’un. Trois chez l’autre. Un mot de trop chez la troisième.
Aucun n’a inventé de toutes pièces. Tous ont limé du même côté, le leur.
Le bulletin, lui, ne connaît pas l’arrondi. Un X, c’est un X.
Trois chefs, trois arrondis, et un seul bulletin qui ne pardonne rien.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Léger — rapport d’intentions de vote et appui à la souveraineté, 7 septembre 2026
Élections Québec — résultats officiels des élections générales, consultés le 23 septembre 2026
Justice Canada — Loi sur la clarté (L.C. 2000, ch. 26), sanctionnée le 29 juin 2000
Sources Secondaires :
Radio-Canada — La Vérif sur la bureaucratie et le cadre financier du PQ, septembre 2026
La Presse — Éric Duhaime et les souverainistes « pragmatiques », 22 septembre 2026
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