Décembre 2014, les Affaires étrangères
Cesar Coello l’a dit à Reuters à sa manière : Delcy Rodríguez n’est pas apparue le jour du raid. Elle accompagne le chavisme depuis plus de vingt ans, selon lui.
Les dates, elles, viennent du Trésor américain.
Elle a été ministre des Affaires étrangères, nommée en décembre 2014.
Elle a été présidente de la nouvelle Assemblée nationale constituante, élue le 4 août 2017.
Elle a été vice-présidente exécutive, à partir du 14 juin 2018.
Elle a été ministre du Pétrole aussi, depuis 2024, selon les registres européens de sanctions.
Elle a été, en somme, partout où le pouvoir se gardait.
Le palais, pas la marge
Ce parcours n’est pas celui d’une technicienne de passage. C’est celui d’une héritière. Une initiée. Une pièce du système.
Et pourtant, c’est elle que Washington a choisie. Pas une autre. Elle.
Elle n’arrive pas d’ailleurs. Elle arrive du palais.
Sur la liste du Trésor
Septembre 2018, le cercle rapproché
En septembre 2018, le Trésor américain l’inscrit sur sa liste de sanctions, avec son frère Jorge, Cilia Flores et le ministre de la Défense Vladimir Padrino López. Le département d’État date l’annonce du 25.
Le motif est écrit noir sur blanc. Selon le Trésor, Maduro lui avait confié des postes de haut rang pour l’aider à garder le pouvoir et à consolider un régime autoritaire.
Avoirs bloqués. Transactions interdites. Porte fermée.
Le même communiqué portait une phrase qu’on relit autrement aujourd’hui. Les sanctions ne sont pas permanentes, écrivait le Trésor; elles visent un changement de comportement. Une levée restait possible pour qui rétablit l’ordre démocratique, refuse les abus et combat la corruption.
Bruxelles, trois mois plus tôt
L’Union européenne avait déjà agi. Trois mois plus tôt. Le Conseil l’inscrit le 25 juin 2018 sur sa propre liste.
Le reproche européen vise la Constituante : comme présidente, elle aurait miné la démocratie et l’État de droit en usurpant les pouvoirs de l’Assemblée nationale élue.
Deux capitales. Deux listes. Un même dossier : la démocratie vénézuélienne, et ceux que deux listes accusent de l’avoir vidée.
Retenez la condition. Rétablir l’ordre démocratique.
Le 3 janvier
Avant Caracas, les bateaux
La bascule a un avant. De septembre à décembre 2025, les frappes américaines contre des embarcations accusées de transporter de la drogue se succèdent.
Trente-cinq frappes connues avant la capture. Au moins 115 morts, selon les annonces de l’administration compilées par l’Associated Press.
Le 31 octobre, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, réclame une enquête. Son bureau demande à Washington de prévenir des exécutions extrajudiciaires.
Puis le 3 janvier 2026. La nuit. Des frappes sur Caracas. Maduro et Cilia Flores capturés, transférés à New York, poursuivis pour trafic de drogue et d’armes, résume le Service de recherche du Congrès.
Une condition dictée de Washington
Trump annonce alors que les États-Unis dirigeront le Venezuela jusqu’à une transition. La vice-présidente, ajoute-t-il, semble prête à faire ce que Washington juge nécessaire. Sinon, prévient-il, elle pourrait payer un très gros prix.
Le 5 janvier, elle prête serment comme présidente par intérim, avec l’appui de l’armée, du parti au pouvoir et de Washington, rapporte Al Jazeera.
Des experts en droit ont largement jugé l’attaque illégale au regard du droit international, selon Al Jazeera. Au Sénat, le 8 janvier, une résolution sur les pouvoirs de guerre franchit une première étape, note le Service de recherche du Congrès.
Je le dis net. Voici d’où j’écris. Ce texte est du côté des Vénézuéliens qui veulent voter, contre le choix de Washington de payer la stabilité en barils plutôt qu’en calendrier, parce qu’un pétrole sans urne rachète un appareil au lieu de le remplacer.
Elle n’a pas pris le pouvoir. On le lui a confié.
Regardez ce qu'elle a signé
Janvier, le pétrole ouvert
Dès janvier, elle promulgue une loi qui ouvre les immenses réserves pétrolières du pays à l’investissement privé, rapporte Al Jazeera. En mars, un projet semblable pour les mines passe un premier vote.
Trump annonce aussi que Caracas remettra du pétrole sous sanctions, d’une valeur d’environ 3 milliards de dollars américains, selon le Service de recherche du Congrès.
Ce n’est pas une rupture idéologique. C’est une conversion d’usage. Rapide. Rentable.
Février, 379 noms
Le 19 février, l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité une loi d’amnistie. Le lendemain, le député Jorge Arreaza annonce 379 prisonniers politiques amnistiés, selon Al Jazeera.
Des centaines avaient déjà obtenu une libération conditionnelle. Sous condition. Avant l’annonce, l’ONG Foro Penal comptait environ 650 détenus politiques.
Et pourtant, la loi porte des exclusions. Elle ne couvre pas ceux qu’on poursuit pour avoir favorisé des actions armées étrangères contre le pays. Or c’est précisément ce que Rodríguez reproche à María Corina Machado.
Des portes s’ouvrent. Une reste fermée. Elle porte un nom.
Elle libère des prisonniers. Elle garde la clé de Machado.
Le 1er avril, la liste s'efface
Sept ans et demi
Le 1er avril 2026, le Trésor retire Delcy Rodríguez de sa liste de ressortissants spécialement désignés, rapporte Al Jazeera.
Sept ans et demi après son inscription. Sans scrutin. Sans date.
Elle salue un pas important vers la normalisation. Elle réclame aussitôt la levée des autres sanctions qui visent son pays.
La condition de 2018 disait : rétablir l’ordre démocratique. En avril 2026, aucune élection n’a eu lieu. La liste s’efface quand même. Qui a rétabli quoi ? Et quand ?
Une ambassade rouverte
L’avant-veille, lundi, le département d’État avait indiqué, selon Al Jazeera, que l’ambassade américaine à Caracas a repris officiellement ses activités après sept ans de fermeture.
En février, Madrid avait demandé au Conseil européen d’amorcer la levée des sanctions européennes qui la visent, selon le ministère espagnol des Affaires étrangères. Les pages que j’ai lues ne disent pas si Bruxelles a tranché.
Les Nations unies, elles, constatent que les violations des droits de la personne se poursuivent au Venezuela malgré le changement de présidente, toujours selon Al Jazeera.
On a levé la sanction avant la condition.
Soixante-cinq milliards de barils
Dix-sept champs, cent ans
À la fin de l’été, le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, se rend au Venezuela pour la signature d’un accord pétrolier, rapporte NBC 6.
Une coentreprise soutenue par Washington obtient le droit de développer 17 champs pétroliers. Réserves estimées : 65 milliards de barils. Bail : 100 ans.
Chevron annonce plus de 7 milliards de dollars américains d’investissement sur cinq ans.
Cent ans. Un siècle. Plus longtemps que la vie de n’importe quel signataire.
Le butin, à la tribune
Le 22 septembre au matin, à la tribune de l’ONU, Trump présente l’accord comme la plus grosse affaire peut-être jamais conclue. Il reprend le vieil adage selon lequel le butin revient au vainqueur. Il vise 100 milliards de dollars d’investissement dans le pétrole vénézuélien, selon Reuters.
La délégation de Rodríguez veut rendre le pays investissable, disent deux proches à Reuters. Le patron de la Banque interaméricaine de développement cherche à faire approuver un prêt de 2,5 milliards de dollars, malgré des réticences au conseil.
Rodríguez défend l’argument économique : plus de production, plus de revenus, de meilleurs salaires, de meilleurs services publics, selon NBC 6.
Un bail de cent ans. Aucune élection datée.
Ce que vous appelez stabilité
Pas prêts, dit Trump
Début septembre, on demande à Trump pourquoi Washington ne presse pas Caracas de fixer une date d’élection. Selon NBC 6, il répond que le pays n’est pas encore prêt, que tout est très nouveau.
Puis il complimente. Il ajoute que Rodríguez fait un très bon travail. Qu’elle veut des élections, elle aussi. Mais pas maintenant.
Pas de date. Pas de fourchette. Pas de calendrier.
L’objection Rubio
La meilleure réponse du camp adverse vient de Marco Rubio. Une élection ne suffit pas, dit-il en substance à NBC 6 : il faut qu’elle mène à une république durable, avec des scrutins réguliers ensuite.
L’argument n’est pas creux. Je le concède. Dès janvier, le Service de recherche du Congrès le notait : pour Rubio, la démocratie reste un objectif à long terme, et l’urgence immédiate s’appelle sécurité, migration, énergie.
Et pourtant, la république qu’il décrit commence par un premier bulletin. Sans lui, rien ne démarre. Rien. Le bail pétrolier a trouvé sa durée : cent ans. Le scrutin n’a pas trouvé son mois.
Une stabilité sans date, c’est un statu quo signé.
Le frère l'avait annoncé
Une chaîne américaine, en février
En février, Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim, l’a dit à Newsmax : pas d’élection pendant la période immédiate de stabilisation, rapporte Al Jazeera.
Il parle de réinstitutionnalisation. Un mot long. Une attente longue. Il refuse de qualifier d’illégitime le scrutin de 2024.
Or ce scrutin, le Service de recherche du Congrès le résume sans détour : Maduro s’est maintenu malgré des résultats suggérant la victoire d’Edmundo González.
Guanipa, moins de douze heures
La même semaine, l’ancien député Juan Pablo Guanipa sort de détention après plus de huit mois. Il est de nouveau arrêté moins de douze heures plus tard, après avoir parlé aux médias, selon Al Jazeera.
Assigné à résidence. Puis déclaré libre. Après la loi d’amnistie.
Libéré. Repris. Libéré encore.
Une porte qui tourne n’est pas une porte ouverte.
Trois tentatives en vingt-quatre heures
Machado, depuis le Panama
Pendant que la photo se prenait à New York, María Corina Machado cherchait à rentrer chez elle.
Elle n’a pas réussi.
Selon Bloomberg, elle a tenté trois fois en vingt-quatre heures de regagner le Venezuela depuis le Panama. Par bateau. Par Aruba. Par Curaçao, puis la mer. Trajet inachevé.
Machado a quitté le pays en décembre 2025 pour recevoir le prix Nobel de la paix, rappelle le Service de recherche du Congrès. Elle avait soutenu les actions militaires américaines contre Maduro.
Trump, lui, a jugé en janvier qu’elle n’avait pas les appuis pour diriger le pays. Qui décide qui rentre ?
González, en Espagne depuis 2024
Edmundo González vit en exil en Espagne depuis septembre 2024. Il était devenu candidat parce que des responsables alignés sur Maduro avaient bloqué la candidature de Machado.
Voilà le paradoxe de mardi. Il est cruel. La femme qui a appuyé l’opération américaine ne peut pas rentrer. La femme qui a servi Maduro pose à côté de Trump.
Celle qui voulait l’opération reste dehors. L’autre est dans le cadre.
Ceux qui chantaient dehors
Plus de cinquante voix
Ils étaient plus de cinquante devant l’ONU. Ce n’est pas une foule. C’est une diaspora. Elle se déplace.
Près de 8 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays sous la présidence Maduro, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés cité par le Congrès.
Huit millions de départs. Des valises bouclées la nuit. Des grands-parents qu’on appelle le dimanche, la voix qui se casse avant la fin de l’appel. Des enfants qui parlent maintenant une autre langue à la récréation.
Leurs pancartes posaient une condition simple : pas de vote, pas de pétrole. Une autre disait que le visage avait changé, pas le régime.
Brooklyn, de l’autre côté de l’eau
Ils chantaient l’hymne, le tissu des drapeaux dans les poings. Puis un slogan qui promettait à Rodríguez la prison fédérale de Brooklyn, où Maduro attend son procès, juste de l’autre côté de l’East River, selon Reuters.
Et pourtant, même là, la colère n’était pas simple. Miguel Eduardo Martinez, 34 ans, arrivé de Caracas en 2017, a dit à Reuters deux choses à la fois : c’est choquant de voir une partie du régime reçue ici, et ce gouvernement américain les a rapprochés de la liberté.
Je ne sais pas trancher à sa place. Personne ne devrait. Je l’avoue.
Le peuple vénézuélien n’est pas l’adversaire de ce texte. Il en est la mesure.
Ils ne demandaient pas une photo. Ils demandaient un bulletin.
Le bon coup, le mauvais coup
Ce qui s’inscrit au crédit
Trump, acte par acte, donc. Sans génuflexion. Sans mépris.
Bon coup : des centaines de prisonniers politiques libérés depuis janvier, qu’il a lui-même mis en avant à l’ONU mardi, selon Reuters. Une ambassade rouverte. Un accusé qui attend son procès à Brooklyn au lieu de gouverner Caracas.
Bon coup encore : un pays qui revient dans les instances multilatérales, ce que Rodríguez a salué après la rencontre. Elle a aussi remercié Washington pour son aide après le séisme du 24 juin, rapporte le New York Post.
Ce qui se paie en différé
Mauvais coup : un calendrier électoral remplacé par un bail. Un Congrès qui n’a été ni consulté ni prévenu, reprochent plusieurs élus cités par le Service de recherche du Congrès. Une opération que des experts en droit jugent illégale, selon Al Jazeera.
Mauvais coup aussi : une opposition qui a parié sur Washington et qui reste à la frontière. Une interlocutrice sanctionnée pour avoir aidé à consolider un régime autoritaire, rayée de la liste sans avoir rendu le vote.
Deux colonnes. Elles ne s’annulent pas. Elles s’additionnent.
Libérer des prisonniers ne remplace pas libérer le vote.
Le bulletin qui manque
Mercredi, la tribune
Delcy Rodríguez doit parler devant l’Assemblée générale mercredi après-midi, selon Reuters. Sa première tribune onusienne. Comme présidente par intérim.
Elle a déjà écrit son récit sur X, repris par le New York Post : une rencontre historique, l’énergie, les mines, la sécurité, une diplomatie au service de l’intérêt national.
Le mot élection n’apparaît pas dans ce qu’en rapporte le journal.
Pas une fois.
Ce que la photo attend
La photo du Lotte Palace restera. La pancarte orange aussi. Quelque part. Dans un téléphone.
Quand vous verrez ce cadre partagé, qu’applaudirez-vous au juste : un pétrole qui coule enfin, ou un peuple à qui personne n’a encore rendu le droit de choisir qui pose sur la photo ?
Huit mois et demi après la capture de Maduro, la réponse ne se trouve dans aucun communiqué.
Elle tient dans un mois que personne n’a encore écrit.
La photo est prise. Le bulletin manque encore.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Reuters — rencontre Trump–Rodríguez et manifestation devant l’ONU, 22 septembre 2026
Service de recherche du Congrès — capture de Maduro, enjeux pour le Congrès, 12 janvier 2026
Sources Secondaires :
New York Post — le récit de Delcy Rodríguez sur la rencontre, 23 septembre 2026
Al Jazeera — Washington lève les sanctions contre Delcy Rodríguez, 1er avril 2026
NBC 6 South Florida — élections repoussées et accord pétrolier, 2 septembre 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.